Attentat à Conflans : Qu’est-ce que le collectif Cheikh Yassine, dissous par le gouvernement ?

RADICALISME Ce groupuscule islamiste radical basé en région parisienne est dans le viseur des autorités

L. C.

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Abdelhakim Sefrioui, arrêté par la police le 29 décembre 2012, lors d'un manifestation non autorisée pour la Palestine, à Paris.
Abdelhakim Sefrioui, arrêté par la police le 29 décembre 2012, lors d'un manifestation non autorisée pour la Palestine, à Paris. — Miguel MEDINA / AFP
  • Sur décision d’Emmanuel Macron, le collectif Cheikh Yassine a été dissous ce mercredi, cinq jours après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine.
  • Ce groupe de militants islamistes radicaux était connu des autorités depuis plusieurs années pour ses coups médiatiques, ses manifestations non autorisées et ses prises de position contre des lois sur les signes religieux et le port du voile.
  • Son fondateur, Abdelhakim Sefrioui, a été déféré et est soupçonné d’être lié à l’assassinat de Samuel Paty, le professeur d’histoire-géographie ayant montré des caricatures du prophète Mahomet en classe.

C’est l’une des premières décisions d’Emmanuel Macron après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine. Cinq jours après la décapitation du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, l’exécutif a annoncé ce mercredi la dissolution du collectif Cheikh Yassine lors du Conseil des ministres. « Impliqué » dans l’attaque terroriste, ce groupe « prônait depuis bien longtemps une idéologie antirépublicaine qui diffuse la haine », a expliqué Gabriel Attal. « D’autres dissolutions seront annoncées dans les prochaines semaines, un travail juridique est en cours », a aussi précisé le porte-parole du gouvernement.

Qu’est-ce que ce collectif ?

Ce groupe est baptisé du nom de Cheikh Ahmad Yassine, cofondateur du Hamas, le mouvement islamiste palestinien. Le collectif a été créé en 2004, après la mort de cet activiste, tué par l’armée israélienne. Il se définit comme une organisation « pro-palestinienne » et « antisioniste ». Difficile de savoir combien de personnes en sont membres, mais dans un livre-enquête paru en 2011, son fondateur revendique « un noyau militant de 70 personnes, essentiellement franciliennes »*.

Sur sa page Facebook, le collectif compte un peu moins de 2.000 abonnés ce mercredi. La page arbore un drapeau palestinien flottant aux côtés de visages d’enfants et de photos de bombardements. Des appels aux dons pour la bande de Gaza et des messages anti-Israël y sont relayés.

Pourquoi le collectif est-il dans le viseur du gouvernement ?

« Le collectif a pris des positions soutenant les groupes djihadistes, il est un ensemble de personnalités liées aux attentats terroristes et son président a appuyé les menaces et intimidations à l’encontre de Samuel Paty », indique le ministère de l’Intérieur à 20 Minutes.

Le président du collectif, cité par la place Beauvau, n’est autre qu’Abdelhakim Sefrioui. Ce militant islamiste radical âgé de 61 ans a été déféré ce mercredi et fait l’objet d’une enquête pour « complicité d’assassinat terroriste » en lien avec l’assassinat du professeur des Yvelines. Connu des services de renseignement et visé par une fiche S, cet homme milite depuis la fin des années 1980 après être arrivé en France en 1982.

Le 8 octobre dernier, il a accompagné Brahim C., parent d’élève lui aussi arrêté, à un rendez-vous avec la principale du collège de Conflans-Sainte-Honorine pour se plaindre de Samuel Paty. Il se présentait alors, selon une note du renseignement territorial, comme « responsable des imams de France ». Le 12 octobre, il a publié une vidéo dans laquelle il réclamait la « suspension immédiate » du professeur, qualifié de « voyou » pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet en classe.

Quelles étaient les activités du collectif ?

Sous la houlette d’Abdelhakim Sefrioui, le collectif Cheikh Yassine s’est fait connaître pour ses actions médiatiques et parfois violentes dès les années 2000. Il organise des prières de rue en 2009 devant la Grande Mosquée de Paris pour s’opposer à son recteur Dalil Boubakeur, puis en 2011 près de l’Assemblée nationale lors d’une marche contre l’islamophobie.

La même année, Abdelhakim Sefrioui accompagne une mère et sa fille à la rencontre de la direction d’un lycée de Saint-Ouen qui veut interdire en classe l’abaya, une longue robe sombre. Il se présente alors comme un « représentant des parents d’élèves musulmans qui se sentaient stigmatisés par cette décision », et se fait passer pour l’oncle de l’élève, selon Le Point. Sur son site, le collectif Cheikh Yassine rapporte la rencontre, publie l’adresse de l’établissement, et dénonce une « hystérie islamophobe ».

En 2010, le collectif mène une offensive contre l’imam de la mosquée de Drancy, Hassen Chalghoumi, à qui il reproche d’être favorable à l'interdiction du voile intégral en France. Le collectif multiplie alors les manifestations devant le lieu de culte, et deux de ses membres écopent de deux mois de prison avec sursis pour avoir tenté de s’introduire au domicile de l’imam.

En 2012 et 2014, le collectif est aussi présent dans des manifestations pro-palestiniennes, scandant des slogans pro-Hamas et pro-djihad (la guerre sainte), et plusieurs de ses membres sont alors arrêtés.

A quoi va servir sa dissolution ?

Cette décision n’a rien de « symbolique », selon Matignon, contacté par 20 Minutes. « Le collectif n’a plus le droit de se réunir, de percevoir des fonds. Il y aura une surveillance pour ne pas qu’il y ait une reconstitution de ses membres sous un autre nom ».

Si les membres du collectif se réunissent à nouveau, « ils encourent une peine allant jusqu’à trois ans de prison et 75.000 euros d’amende », complète le ministère de l’Intérieur.

Ce mardi, Jean Castex a affirmé vouloir dissoudre « toutes les associations dont la complicité avec l’islamisme radical peut être établie ». Le Comité contre l’islamophobie en France (CCIF) et BarakaCity sont dans son viseur, et des travaux juridiques sont actuellement menés pour dissoudre ces deux organes. Au total, dix groupes sont ciblés et 28 « font l’objet d’un examen renforcé » selon Le Canard enchaîné paru ce mercredi.

* La galaxie Dieudonné, Michel Briganti, André Déchot, Jean-Paul Gautier (éditions Syllepse, 2011)