Couvre-feu : « On ne peut pas arrêter les apéros, ce serait trop dur moralement », nos internautes témoignent

VOUS TEMOIGNEZ Avec l’interdiction de sortir entre 21h et 6h dans plusieurs métropoles, les Français s’organisent pour conserver du lien social

Pierre Cloix

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Trinquera? Trinquera pas?
Trinquera? Trinquera pas? — Canva/20 Minutes
  • De 21h à 6h, les habitants d’Ile-de-France et des métropoles de Lyon, Lille, Toulouse, Montpellier, Saint-Etienne, Aix Marseille, Rouen et Grenoble ne peuvent plus sortir.
  • L’apéro (et plus largement la vie sociale) est nécessairement impacté.
  • Nous avons demandé à nos internautes comment ils comptaient s’organiser.

Quatre jours. Quatre jours qu’à 21h, les rideaux métalliques sont baissés et que les lumières des appartements sont toutes allumées. Le couvre-feu est désormais bien installé en Ile-de-France et huit grandes métropoles françaises, et, forcément, ça change la donne côté relations humaines.

En effet, s’il y a bien une chose sur laquelle les Français peuvent être intransigeants, c’est bien l’apéro. Nous avons donc demandé à nos lecteurs, comment ils comptaient s’organiser, alors que le nombre de nouveaux cas de coronavirus continue d’augmenter et que le confinement nocturne est de mise.

« On a besoin de relations humaines malgré tout ! »

Avec le couvre-feu, contrairement à un confinement strict, la vie sociale peut avoir lieu, pour peu que l’on fasse preuve d’agilité. La gymnastique de Marion, par exemple, est déjà bien rodée : « Quitter plus tôt le travail, pour profiter ! Histoire de ne pas faire que métro-boulot-dodo, on avance les apéros, on sort le dimanche après-midi ou on fait des soirées appartement jusqu’au petit matin. Ce qui me tue c’est de devoir prendre le métro, manger avec mes collègues, faire des réunions à dix avec des clients, toucher mutuellement nos ordinateurs, les imprimantes… On nous enlève la partie la plus fun de notre journée et il faudrait accepter la journée de travail de 10 heures et rentrer chez soi. Non ! »

Une intransigeance que l’on retrouve dans le témoignage d’Estelle : « Pour ma part, je n’arrêterai pas les apéros. On ne peut pas arrêter les apéros, ce serait trop dur moralement ! Ce couvre-feu est déjà dur à entendre, alors qu’à 21h on commence à dîner pour certains. Mes amis et moi avons donc décidé de continuer les apéros les uns chez les autres et de dormir sur place. Nous continuerons à faire en sorte de ne pas être trop nombreux dans nos appartements, mais nous nous retrouverons le soir après le boulot, pour continuer de se raconter nos journées et garder le moral, car il faudra tenir jusqu’au bout avec ce virus, même s’il nous paraît invincible. »

Parmi tous vos témoignages, ce « besoin moral » de se retrouver prévaut. L’apéro en tant que tel n’est, bien souvent, qu’un prétexte : « Nous proposons maintenant à nos amis de rester dormir, systématiquement. Cela règle non seulement le problème du couvre-feu mais celui du risque de conduite en ayant consommé de l’alcool. On conserve une vie sociale qui est précieuse dans une période difficile au plan économique et sanitaire. On a besoin de relations humaines malgré tout ! », affirme Greg.

Pas question de faire « n’importe quoi », non plus

Apéro certes, mais pas question pour autant d’oublier les mesures barrières et précautions en tout genre. « J’ai prévu une soirée Halloween comme chaque année. Étant personne à risque, j’avais déjà prévu des mesures et averti les invités : chacun son siège, distanciation dans le salon, toute boisson dont on a perdu le propriétaire sera jetée… Avec les nouvelles mesures, on sera moins de six. Et les invités resteront dormir sur place », détaille Lorie.

Une stratégie du compromis qui permet aussi à Marc, pour l’heure, de conserver ces précieux moments de convivialité : « Nous faisons l’apéro le plus intelligemment possible : à quatre ou six. Nous appliquons des gestes faciles : On s’espace un peu plus dans le salon, à table nous utilisons la rallonge pour accroître les distances, et les membres de chaque couple s’assoient face à face. Parfois nous entrouvrons une fenêtre. Ce ne sont pas énormément de choses mais nous sommes convaincus que ces 2-3 petites précautions qui ne nous coûtent rien peuvent faire la différence ! »

Parmi les personnes ayant témoigné, quelques-unes ont toutefois décidé de faire l’impasse sur leur vie sociale, un mal pour un bien si l’on en croit Flavie : « Pour nous, c’est un quasi-couvre-feu qui s’est instauré depuis six mois, nous y laisserons des amitiés et nombre de relations, mais nous vivons plus sereins à l’idée de participer à la solution qu’au problème. Les vrais amis nous attendront, la plupart ont adopté une attitude similaire. Nous sommes tristes d’en être arrivés là, mais encore plus désolés chaque jour des discours égoïstes sur nos libertés volées. »