Attentat à Conflans : Non, l’académie de Versailles ne s’apprêtait pas à « sanctionner » Samuel Paty

FAKE OFF Contrairement à ce qu’affirme une rumeur virale, Samuel Paty n’encourait pas de sanctions pour avoir montré une caricature de Mahomet à ses élèves dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression

Alexis Orsini

— 

Le collège où enseignait Samuel Paty, à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines. (illustration)
Le collège où enseignait Samuel Paty, à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines. (illustration) — ISA HARSIN/SIPA
  • Samuel Paty, le professeur d’histoire-géographie décapité à Conflans-Sainte-Honorine, vendredi 16 octobre, après avoir montré des caricatures de Mahomet en cours, encourait-il des sanctions de l’académie de Versailles ?
  • C’est ce qu’affirme une rumeur très relayée sur les réseaux sociaux s’appuyant sur l’extrait (mal interprété) d’un article du Point.
  • Aucune sanction n’était prévue contre Samuel Paty, selon les services de renseignement territorial, l’académie de Versailles et le ministre de l’Education.

Depuis l’assassinat, vendredi 16 octobre, de Samuel Paty, le professeur d’histoire-géographie décapité à Conflans Sainte-Honorine (Yvelines) après avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves lors d’un cours sur la liberté d’expression, le choc et l’effroi ne sont pas les seuls sentiments dominants sur les réseaux sociaux.

La colère y gronde en effet contre la hiérarchie de Samuel Paty, à la faveur d’un message relayé par différents internautes. « Voici Charline Avenel… macroniste pur jus. C’est la rectrice de Versailles qui s’apprêtait à sanctionner le professeur décapité… sous la pression des parents musulmans », affirme par exemple un post Facebook montrant une photo de la fonctionnaire en question, avant de rappeler les conditions de sa nomination en 2018.

« Charline Avenel, recteur de l’Académie de Versailles qui allait sanctionner Samuel Paty face à la pression des islamistes à Conflans-Sainte-Honorine », s’indigne pour sa part un utilisateur de Twitter relayant le même cliché.

Et ces réactions sont loin de s’être limitées aux réseaux sociaux puisque la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, a demandé la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire visant notamment à savoir si Samuel Paty a été « abandonné par sa hiérarchie ».

Or, malgré ce que prétend cette rumeur, aucune sanction n’était prévue contre l’enseignant pour son utilisation des caricatures en classe.

FAKE OFF

Comme l’indique une note des agents du renseignement territorial, citée par nos confrères de CheckNews, du Parisien ou encore du Point, et que 20 Minutes a également pu consulter, Samuel Paty devait seulement faire l’objet d’un « rappel » des règles de laïcité et de neutralité par un inspecteur d’évaluation de la vie scolaire (EVS) début octobre, quelques jours après son utilisation des caricatures, qui avait suscité l’indignation de certains parents d’élèves.

Une indignation entretenue par le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui – mis en garde à vue dans le cadre de l’enquête en cours​ –, présent aux côtés du père d’une collégienne lors de sa rencontre avec la principale du collège du Bois d’Aulne.

Dans la foulée, Abdelhakim Sefrioui affirmait, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux par le père de famille : « A la fin de notre entretien, on a compris qu’il n’y allait rien avoir [comme sanction] de la part de l’établissement. […] Mais elle nous a fait savoir qu’elle allait remonter l’information. Nous sommes partis de là-bas avec la ferme intention de mobiliser pour une action devant l’établissement et devant l’inspection académique. Mais dans l’après-midi, l’inspection académique a contacté le parent d’élève et lui a exprimé son étonnement de savoir que ça s’est passé comme ça dans le cours de ce voyou et qu’ils allaient sévir. »

C’est à partir de cette dernière affirmation de Abdelhakim Sefrioui, citée dans un article du Point du 17 octobre, que de nombreux internautes ont commencé à s’indigner que Samuel Paty ait encouru une sanction de sa hiérarchie.

« L’inspecteur téléphonait au professeur pour le soutenir »

Or, dans un communiqué publié dimanche 18 octobre, l’académie de Versailles, en plus de retracer le même déroulé des événements que dans la note des services de renseignement territorial, contredit les propos d’Abdelhakim Sefrioui : « M. Sefrioui dit que l’inspection académique serait prête à "sévir" contre M. Paty. C’est évidemment faux. Il serait absurde et paradoxal de donner crédit aux paroles de cette personne. L’institution a toujours été en soutien total à l’égard de M. Paty. A aucun moment, il n’a été dit ni même sous-entendu, ni pensé que l’institution allait "sévir" contre M. Paty. »

Et l’académie de Versailles de préciser que la principale du collège avait soutenu Samuel Paty dans son dépôt de plainte pour diffamation contre Abdelhakim Sefriou, mardi 13 octobre.

Un élément que n’a pas manqué de rappeler ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, lors de son passage sur Franceinfo dimanche. Tout en apportant une indication supplémentaire quant au soutien hiérarchique reçu par Samuel Paty : « Même pendant le week-end [précédant le dépôt de plainte], l’inspecteur en charge de ça […] téléphonait au professeur pour le soutenir, pour parler avec lui de ce qu’il y avait à faire. »