Attentat à Conflans : Le terroriste a été un licencié d'un club de lutte toulousain pointé pour ses dérives

SOCIETE Abdoullakh Anzorov a été licencié de manière éphémère dans un club toulousain de lutte, en proie à des dérives il y a deux ans. Le jeune Tchétchène en avait été évincé à l'époque pour son manque de rigueur

Béatrice Colin

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Attentat à Conflans : Le terroriste a été licencié dans un club de lutte toulousain — 20 Minutes
  • Vendredi soir, Abdoullakh Anzorov, un Tchétchène radicalisé, a décapité un enseignant d’histoire-géographie parce qu’il avait montré en cours des caricatures de Mahomet.
  • Le terroriste de 18 ans avait été licencié dans un club de lutte toulousain il y a deux ans.
  • Ce club de lutte avait été pointé du doigt pour ses dérives dans le radicalisme, notamment autour de la communauté tchétchène.

Vendredi, Abdoullakh Anzorov, un jeune Tchétchène de 18 ans, assassinait sauvagement un professeur d’histoire-géographie à Conflans-Sainte-Honorine. Il y a deux ans, le terroriste avait fait un passage éphémère dans un club de la Ville rose, là où réside un de ses oncles selon une information révélée par Le Parisien.

Après avoir fouillé dans les fichiers du Comité régional d’Occitanie de lutte et sports associés, son président, Didier Brisot a fini par retrouver la trace de son passage au sein du Toulouse Lutte Club. « Il y a eu des erreurs dans l’orthographe de son nom, mais après vérification, ce lutteur a été licencié en 2018-2019. Quand il était au club, il avait 16-17 ans », confirme le responsable régional.

Avant de préciser que ce dernier n’est pas resté longtemps sur les tapis du Toulouse Lutte Club. « Il est resté trois séances. Pourquoi, parce qu’il n’était jamais à l’heure, l’entraîneur lui a dit si tu n’es pas à l’heure pas la peine de venir. Après, il est parti plus tôt, il trouvait des excuses, donc on a décidé de ne pas le garder. On le connaît très peu. L’entraîneur se souvenait très peu de lui », assure Didier Brisot.

Sport national en Tchétchénie, les clubs de lutte en France sont très fréquentés par les expatriés originaires de cette république russe. Parfois cela va jusqu’à 40 % des effectifs du club. Ce qui a pu poser parfois quelques problèmes dans des clubs. Comme cela a été le cas à Toulouse avec le club fréquenté par Abdoullakh Anzorov.

Dérives dans le club

Fin 2017, début 2018, il a été signalé au comité régional des dérives au sein de cette association, notamment la tenue de prières dans les vestiaires ou des prises de position vis-à-vis des tenues vestimentaires des jeunes femmes licenciées. Des faits qui avaient été pointés par un reportage de France 2 dans ce club qui se trouve en centre-ville et où se côtoient huit nationalités.

Dès le lendemain de sa diffusion, le maire de Toulouse, qui accueille le club dans ses locaux, avait saisi le préfet pour savoir si l’association était dans le viseur des autorités pour des questions de radicalisation et trois jours plus tard, hasard du calendrier, le Capitole faisait signer une charte de la laïcité à toutes ses associations sportives.

« J’ai reçu aussi le président du club et le président du comité. Ils m’ont indiqué qu’avant qu’ils reprennent le club en main il y avait eu des soucis, qu’il était désormais dans une autre dynamique et que ses nouveaux dirigeants étaient sensibles aux valeurs de la laïcité », explique l’adjointe au maire en charge des sports, Laurence Arribagé.

Ce que confirme Didier Brisot. « Quand j’ai vu qu’il y avait certains problèmes dans ce club, nous avons voulu le professionnaliser. Maintenant nous avons un entraîneur qui est Tchétchène mais qui rend des comptes au comité régional et à moi personnellement, on peut intervenir directement. Nous leur avons dit cela se passe comme ça, si vous n’êtes pas d’accord on ferme le club, ils nous ont dit que ça n’arriverait plus. Quand je passe, je vérifie à chaque fois et je passe une fois par semaine », affirme le dirigeant qui a demandé à l’époque à la direction jeunesse et sports d’intervenir sur le sujet de la radicalisation.

Peur de la stigmatisation

« Un événement comme ça ne nous sert pas et discrimine notre sport. A Toulouse, il y a eu Mohamed Merah, il jouait dans un club de foot. On a stigmatisé le club de foot alors qu’il n’y était pour rien. Les Tchétchènes sont une communauté dont la grande majorité cherche à s’intégrer », regrette le responsable qui explique que si ce club se trouve en centre-ville c’est aussi pour les sortir des quartiers. Aujourd’hui le club a un peu plus de 160 licenciés, dont 25 à 30 féminines, et la situation y serait assainie.

Impossible de dire si Abdoullakh Anzorov est venu en 2018 dans ce club pour des questions religieuses ou si c’est à Toulouse qu’il s’est radicalisé. « Ça me paraît difficile qu’il se soit radicalisé en trois séances », tranche Didier Brisot.