Attentat à Conflans : Enseignant « engagé » et « homme de dialogue », qui était Samuel Paty, le professeur décapité ?

TERRORISME Le professeur d'histoire-géographie tué vendredi à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines, était apprécié de ses élèves

N.C.

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Des habitants de Conflans-Saint-Honorine se sont regroupés devant le collège du bois d'aulne, où a été assassiné un enseignant le 16 octobre 2020.
Des habitants de Conflans-Saint-Honorine se sont regroupés devant le collège du bois d'aulne, où a été assassiné un enseignant le 16 octobre 2020. — Bertrand GUAY / AFP
  • Un professeur d’histoire-géographie a été décapité vendredi à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), vers 17 heures, près du collège où il enseignait.
  • Samuel Paty, 47 ans et père de famille, était un enseignant apprécié de ses élèves et des parents.
  • Il a été assassiné pour un cours sur la liberté d’expression, au cours duquel il avait montré des caricatures de Mahomet.

Depuis l’annonce de la terrible nouvelle, les mêmes mots reviennent pour rendre hommage à ce professeur « engagé », qui aimait lancer des débats pour que ses élèves réfléchissent et s’expriment. C’est ce qui lui a coûté la vie.

Samuel Paty, 47 ans, a été assassiné vendredi ​dans une rue proche du collège du Bois d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, où il enseignait l’histoire-géographie. Arrivé il y a quelques années de Créteil pour suivre sa femme, mutée pour son travail, il a été décapité par un Russe tchétchène de 18 ans pour avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves de quatrième, dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression.

Une exposition sur le thème « Liberté, Egalité, Fraternité »

« Il était à fond dans son métier », qu’il « aimait beaucoup », confie à l’AFP Martial, 16 ans, aujourd’hui au lycée mais qui se souvient très bien de ce professeur qu’il a eu il y a deux ans. « Il voulait vraiment nous apprendre des choses. De temps en temps, on faisait des débats, on parlait », ajoute-t-il.

Samuel Paty, père de famille aux cheveux bruns coupés court, était connu pour son investissement auprès de ses élèves. Décrit comme quelqu’un de discret et de bienveillant, il était « très apprécié » par ses élèves, assure notamment Armelle, dont le fils de 13 ans fréquente le collège. L’année dernière, il avait mis en place une exposition au collège avec une série de dessins sur le thème « Liberté, Egalité, Fraternité ». On peut en trouver le résultat sur le site de l’établissement.

L’hommage de Jean-Michel Blanquer

Diplômé de l’Université Lyon 2, il est dépeint comme « un étudiant brillant, un super enseignant et un homme de dialogue » par un ancien camarade de promo, qui a exprimé son émotion sur Twitter. « Je citerai ton nom et ton exemple camarade pour tous ceux qui voudront bien encore faire ce beau métier », écrit ce dernier, aujourd’hui maître de conférences en histoire contemporaine.

Samedi matin, après une nuit passée à Conflans-Sainte-Honorine, Jean-Michel Blanquer a également rendu hommage au professeur. « Samuel Paty incarnait la République dans ce qu’elle a de plus noble : son école », a déclaré le ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports. « Il a été assassiné à cause de ce qu’il incarnait, le savoir au service de l’esprit critique. C’est-à-dire au service de la construction de citoyens libres et éclairés, a salué le ministre. Il a été assassiné car il avait donné un cours sur un des piliers de la démocratie, la liberté d’expression. »

« Un cours normal »

Pour ce cours, qu’il donnait depuis trois ans et qui a eu lieu le 5 octobre dernier, l’enseignant avait reçu de nombreuses menaces. Un parent d’élève, notamment, s’était particulièrement plaint et avait porté plainte. Le nom et l’adresse de Samuel Paty avaient ensuite été divulgués. De source proche du dossier, c’est cette personne qui a été placée en garde à vue samedi.

« C’était un cours normal. C’était au programme. Il n’y a jamais eu de problèmes, explique Jean-Baptiste, un de ses anciens élèves, au Point. M. Paty demandait de sortir aux élèves qui pouvaient être choqués de voir le prophète dessiné. Mais ils n’obligeaient personne ni dans un sens ni dans un autre. »

Ces derniers jours, l’enseignant « n’était pas dans son assiette », avait observé Myriam, une collégienne de 13 ans. « Il n’a pas fait ça pour créer des polémiques ou pour manquer de respect aux petits ou pour faire de la discrimination », affirme de son côté Nordine Chaouadi, dont le fils de 13 ans entamait sa deuxième année de cours avec lui. « Il me dit « mais il était super gentil ce monsieur » », ajoute le père.

Samedi matin, l’Elysée a annoncé qu’un hommage national serait rendu au professeur. Il sera « organisé en coordination avec la famille », a précisé l’entourage du président Emmanuel Macron. Sa date reste à déterminer.