Coronavirus : Gare aux recommandations déformées de l’OMS sur le confinement

FAKE OFF Des publications virales affirment que l’OMS aurait reconnu l’inutilité des mesures de confinement contre le Covid-19

Alexis Orsini

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L'entrée de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), à Genève. (illustration)
L'entrée de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), à Genève. (illustration) — Fabrice COFFRINI / AFP
  • Inutile et dangereuses, les stratégies de confinement contre le Covid-19 ?
  • Sur les réseaux sociaux, plusieurs publications se réjouissent du fait que l’Organisation mondiale de la Santé ait « reconnu » les dangers et l’inutilité de cette mesure et prétendument appelé les gouvernements à l’abandonner.
  • Si l’OMS a bien déconseillé d’ériger le confinement en stratégie première contre le coronavirus, elle ne s’oppose pas pour autant formellement à une telle mesure dans certains cas.

« L’Organisation mondiale de la santé est revenue sur sa position initiale sur le Covid-19 après avoir appelé les dirigeants mondiaux à cesser de verrouiller leurs pays et leurs économies. Le Dr David Nabarro de l’OMS a lancé un appel aux dirigeants mondiaux hier, leur disant d’arrêter : "C’est une terrible, épouvantable catastrophe, en fait. Donc, nous en appelons aux leaders du monde : arrêtez d’utiliser le confinement comme principale méthode de contrôle" du coronavirus. »

Quelques mois après le confinement d’une partie du globe pour lutter contre l’épidémie de Covid-19 – et alors qu’un couvre-feu est sur le point d’être instauré entre 21 h et 6 h du matin à partir de samedi en Ile-de-France et dans les huit métropoles –, l’Organisation mondiale de la santé, l’agence de l' ONU pour la santé publique, a donc souligné l’inutilité d’une telle mesure.

Du moins si l’on en croit les différentes publications à ce propos, ainsi qu’un récent tweet de Donald Trump, fermement opposé à ce type de restriction : « L’Organisation mondiale de la santé vient de reconnaître que j’avais raison. Les confinements mettent à genoux tous les pays du monde. La solution ne peut pas être pire que le problème lui-même. »

Or, si l’OMS a bien reconnu certaines limites à la stratégie de confinement, elle n’a pas pour autant appelé à y mettre totalement fin – mais simplement à y recourir dans des circonstances bien précises.

FAKE OFF

D’où les affirmations attribuées au « docteur David Nabarro de l’OMS » proviennent-elles ? D’une interview donnée en vidéo par cet ambassadeur spécial de l’OMS sur le Covid le 8 octobre à l’hebdomadaire britannique The Spectator.

Certaines des publications virales citent d’ailleurs cette interview en source, et une partie de ses propos s’y vérifie, puisqu’à partir de 25’17, le médecin affirme en effet : « Au sein de l’OMS, nous ne recommandons pas le confinement comme méthode principale pour lutter contre le [Covid-19]. » Principalement en raison de l’impact économique d’une telle stratégie, qui « appauvrit encore plus les gens pauvres ».

Le confinement, « pertinent » pour « gagner du temps »

Mais il n’exclut pas pour autant le recours à cette méthode quand elle s’avère inévitable, comme il l’explique dans la foulée : « Le seul moment, selon nous, où un confinement s’avère pertinent, c’est pour permettre [à un pays] de gagner du temps, de se réorganiser, de se rassembler, de redéployer ses moyens et de protéger son personnel de santé épuisé, mais il est clairement préférable d’éviter d’en arriver là. »

Un peu plus tôt (à partir de 21’28), l’ambassadeur spécial de l’OMS indiquait en outre : « Nous pensons que les confinements ont un unique but : permettre de souffler un peu, en faisant "s’arrêter" le virus, ce qui permet [aux Etats] de tester plus massivement et de réaliser plus de suivi des cas contacts. Au sortir du confinement, vous avez ainsi plus de cas mais vous pouvez mieux les traiter. » Et le David Nabarro d’ajouter : « Nous n’en sommes pas encore là en Europe de l’ouest mais c’est jouable. »

Loin d’inviter les gouvernements à ne jamais recourir au confinement, le représentant de l’OMS préconise donc prioritairement une « voie intermédiaire » reposant sur le triptyque « tester/retracer les cas contacts/isoler ».

Un message répété par le médecin au lendemain de son interview dans un tweet : « Trop de restrictions nuisent aux moyens de subsistance et entraînent de la colère. Mais laisser le virus se propager mène aussi à de nombreux décès, sans parler de l’affaiblissement des jeunes touchés par des symptômes durables du Covid. D’où la nécessité d’une voie intermédiaire… »