Coronavirus : Pourquoi il est difficile d'affirmer que « 60 % des contaminations ont lieu au travail, à l'école ou à l'université »

FAKE OFF Jean-Luc Mélenchon a assuré mercredi que la majorité des contaminations survenaient au travail ou dans un milieu scolaire ou universitaire. Une affirmation hasardeuse en l’absence de données sur l’ensemble des cas

Mathilde Cousin

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Un test de dépistage du Covid-19, à Toulouse, le 29 septembre.
Un test de dépistage du Covid-19, à Toulouse, le 29 septembre. — FRED SCHEIBER/SIPA
  • Réagissant à l’annonce du couvre-feu, le leader de La France insoumise a avancé que « 60 % des contaminations ont lieu au travail ou à l’école ou à l’université entre 8 h et 19 h. »
  • 55 % des clusters en cours d’investigation correspondent bien à ces catégories.
  • Toutefois, les clusters ne représentent que 5 % des cas de Covid-19 confirmés.

Où se contamine-t-on le plus au coronavirus ? La question, épineuse, est au cœur des débats après l’annonce du  couvre-feu imposé à huit métropoles et à l’Ile-de-France à partir de samedi. Réagissant aux annonces d' Emmanuel Macron mercredi soir, Jean-Luc Mélenchon, le chef de file de La France insoumise, a avancé sur Twitter que « 60 % des contaminations ont lieu au travail ou à l’école ou à l’université entre 8 h et 19 h. »

Olivier Véran, le ministre de la Santé, a rétorqué : « 60 % des clusters, ça signifie 10 % des contaminations identifiées. Vous confondez clusters et diagnostics. »

FAKE OFF

Les chiffres avancés par le député LFI ne représentent pas l’ensemble des contaminations au Covid-19. Ils représentent seulement les cas identifiés au sein des clusters. Selon le dernier rapport de Santé publique France, daté du 8 octobre, 55 % des clusters en cours d’investigation provenaient du milieu scolaire et universitaire (35 %) et des entreprises privées et publiques (20 %). Les établissements de santé ne sont pas décomptés dans les entreprises – ils représentent 11 % des clusters en cours d’investigation.

Au total, depuis le 9 mai, le plus grand nombre de clusters ont été identifiés dans les entreprises (25 %) ainsi que le milieu universitaire et scolaire (21 %). Ces clusters représentaient 34.067 cas, pour 653.509 cas confirmés de Covid-19 depuis janvier, selon les données de Santé publique France, soit 5 % des cas confirmés.

Santé publique France reconnaît que, « face à l’augmentation de la circulation virale sur l’ensemble du territoire, le nombre de clusters identifié est probablement largement sous-estimé ». Toutefois, ces données restent « pertinentes » pour « contribuer à guider les mesures de gestion » de la pandémie, souligne l’organisme, car elles permettent « d’identifier les collectivités pour lesquelles la proportion de clusters à criticité élevée est la plus importante »

Alors, où sont contaminés les autres malades du Covid ? A l’heure actuelle, les données à ce sujet sont difficiles à obtenir. « Nous n’avons l’origine des contaminations que pour les clusters », rappelle Kévin Jean, maître de conférences en épidémiologie au Cnam.

Les limites du « contact tracing »

Le « contact tracing », mis en place notamment pour prévenir les cas contact, ne remonte pas la piste des contaminations individuelles. Cette technique « permet d’identifier les lieux de contamination collectifs », souligne l’Assurance maladie auprès de 20 Minutes.

Celle-ci a ses limites, souligne sur Twitter Maxime Gignon, professeur de santé publique à l’université de Picardie : « Tracer des contacts, c’est complexe. Identifier le moment où ils ont pu se contaminer l’est encore plus : le midi au restaurant du personnel ? Le soir quand ils sont allés boire un verre ? Le week-end avec les cousins ? […] On dit souvent qu’il n’y a pas/peu de cas de contamination à l’extérieur, peut-être. Mais allez identifier lors d’un tracing, la contamination lors d’un passage dans un centre-ville densément peuplé… impossible. Ce n’est pas le tracing qui nous donnera des éléments de réponse. »

Le gouvernement avait déjà avancé que l’on a « trois fois plus de chances de se contaminer dans un bar », ou bien que les transports en commun, à l’inverse, ne représentaient qu’un nombre infime de contaminations. Des affirmations hasardeuses en l’absence de données de grande ampleur.