Couvre-feu : « D’accord à 100 % », « Boulot-dodo, non merci ! »… Les Français entre résignation et ras-le-bol

TEMOIGNAGES Les lecteurs de « 20 Minutes » sont loin d’être tous convaincus par la mise en place du couvre-feu

Delphine Bancaud

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Une rue de Nice lors du couvre feu en avril dernier.
Une rue de Nice lors du couvre feu en avril dernier. — SYSPEO/SIPA
  • Emmanuel Macron a annoncé mercredi la mise en place dès samedi d’un couvre-feu entre 21h et 6h, pour au moins quatre semaines, en Ile-de-France et dans 8 autres métropoles, pour lutter contre l’épidémie de coronavirus.
  • Si certains lecteurs de 20 Minutes acceptent cette décision avec philosophie, d’autres la fustigent, car ils doutent de son efficacité ou ne supportent pas la restriction de leur champ de liberté.
  • Ceux qui travaillent habituellement la nuit vivent encore plus douloureusement cette mesure.

On s’était préparé à cette hypothèse. C’est désormais une réalité. Emmanuel Macron a annoncé mercredi la mise en place dès samedi d’un couvre-feu entre 21h et 6h, pour au moins quatre semaines, en Ile-de-France et dans 8 autres métropoles (Grenoble, Lille, Aix-Marseille, Lyon, Montpellier, Saint-Etienne, Toulouse et Rouen) afin d’endiguer la deuxième vague de l’épidémie de coronavirus.

Une décision bien acceptée par certains de nos lecteurs qui ont répondu à notre appel à témoins : « D’accord à 100 % avec cette mesure. Il faut considérer cette épidémie comme un ennemi très dangereux et que chacun mette son bon sens et sa bonne volonté pour le combattre », commente ainsi Caroline. Patrick, lui aussi, trouve légitime la décision : « Toute mesure qui permettra de réduire la propagation du virus est bonne à prendre. Ceux qui la rejettent ou la critiquent n’ont pas d’alternatives ».

« C’est mieux qu’un reconfinement »

Certains, à l’instar d’Annie, font contre mauvaise fortune bon cœur : « On restera tranquillement à la maison. Dans la vie, il faut savoir faire des sacrifices si on veut que la vie reprenne comme avant et tout nous semblera plus beau ». Même esprit philosophe chez Maria : « C’est mieux qu’un reconfinement ».

Mais beaucoup de nos lecteurs ne comprennent pas la mise en œuvre de ce couvre-feu, qu’ils ne trouvent pas cohérente avec les autres mesures sanitaires. « Les regroupements privés de 6 personnes sont autorisés, mais on ne peut pas être en dehors de chez nous au-delà de 21h ? Une fois de plus, ce sont des restrictions n’ont ni queue, ni tête ! », fulmine ainsi Alphonsine. Tout comme Audrey : « Je ne comprends pas cette mesure qui va peut-être empêcher les étudiants de faire des soirées, mais qui ne va rien changer au fait que nous croisons énormément de personnes sur les lieux de travail ou dans les établissements scolaires ». Géraldine réagit, elle, avec une ironie mordante : « La propagation du virus est plus importante dans la sphère privée, mais être entassés comme dans une boîte à sardines dans le métro et les transports en commun, si c’est pour aller travailler et continuer à payer nos impôts, pas de problème ! Le virus se contrôle pendant les heures de bureau ! ». Idem pour Nicolas : « Je doute que le Covid-19 soit un mogwai se transformant en gremlin passé minuit ». Brigitte ne croit pas non plus à l’efficacité du couvre-feu : « La densité de la population sera augmentée les heures ouvrables (transports, lieux publics…) et les plus acharnés s’entasseront dans des appartements la nuit ».

« Merci Emmanuel Macron de supprimer ma dernière bouffée d’oxygène »

Pour ceux qui travaillent habituellement la nuit, la pilule est encore plus difficile à avaler : « Je suis dans la restauration, déjà en chômage partiel. Je suis assez énervée car encore une fois, la restauration, l’hôtellerie et le milieu de la nuit se retrouvent sur la touche », déplore Laura. Et certains de nos lecteurs ont même la dent dure contre le gouvernement : « Étant artiste dans l’événementiel, j’appelle ça un crime envers notre profession. C’est déjà très compliqué pour nous depuis le mois de mars… Je ne vis pas, je survis… Et jusqu’à quand ? Le gouvernement est en train de nous tuer à petit feu, lentement et sûrement, nous laissant le temps de souffrir de plus en plus chaque jour », s’alarme Victoria. Et les espoirs d’un regain d’activité pour certaines professions sont douchés, comme en témoigne Stéphanie : « Mon compagnon est chauffeur de taxi. Ça commençait à aller mieux et son chiffre se faisait aux alentours de 22h30. Notamment grâce aux restaurants. Nous repartons de zéro ».

C’est aussi la restriction de leur champ de liberté qui fait bondir certains. Notamment Dylan, 23 ans : « Travaillant 6 jours sur 7, je n’ai que les soirées de dispo. Boulot-dodo ! Non merci. Mesure très dure à encaisser ! », s’offusque-t-il. « Que l’on m’empêche de voir ceux que j’aime me crispe », confie aussi Maryse. « On est pris pour des vaches à lait ! On a le droit de s’entasser dans les transports pour aller travailler. En revanche, il vaut mieux éviter de se divertir, de décompresser autour d’un café avec ses amis, de fêter nos anniversaires… Vive la dépression ! », tempête Stéphanie « Nous avons tous fait beaucoup de sacrifices. Merci Emmanuel Macron de supprimer ma dernière bouffée d’oxygène », ajoute Cécile.

« Je vais me passer des amis pour les protéger et me protéger »

La vie sociale des uns et des autres va donc en prendre un coup. Et si cette perspective ne fait plaisir à personne, il y a ceux qui jouent la carte de la patience, comme Florence : « Je vais me passer des amis pour les protéger et me protéger pendant encore quelques mois ». Même prudence chez Geneviève : « Je n’irai plus chez mes enfants, pour y passer la soirée ou garder les petits le soir. Je ne les recevrai pas, je n’ai pas un appartement assez grand pour qu’ils puissent y dormir ». Et il y a ceux qui vont réorganiser leur vie familiale ou amicale avec ces nouvelles contraintes, comme Allessandra : « Je vais privilégier les fins d’après-midi pour me promener avec des amis ». Elodie compte aussi voir ses proches : « On va aller au parc, manger au restaurant, bref, faire ce qu’on ne peut pas le soir, la journée ! », prévient-elle. Cécile pense avoir trouvé la solution pour continuer à entretenir les liens. « C’est le grand retour des soirées pyjama ! Et pour tous les âges, s’il vous plaît », annonce-t-elle. Stéphanie est sur la même longueur d’onde : « pour ne pas déprimer, une soirée entre copines à la maison et on s’héberge à tour de rôle ! ». Autre solution pour ne pas être trop seule, selon Fabienne : « Je vais partir en vacances dans une ville sans couvre-feu. J’ai envie de vivre, pas de survivre », explique-t-elle.

Mais certains de nos lecteurs, même s’ils sont rares, préviennent qu’ils ne vont pas respecter le couvre-feu. Alors même qu’en cas d’infraction à cette règle, une amende de 135 euros sera en effet appliquée. Et que s’il y a récidive, elle s’élèvera à 1.500 euros. « Je préfère payer plutôt qu' être esclave, car ma liberté vaut tout l’or du monde. J’obéirai lorsque l’on me dira qu’aller travailler, c’est aussi trop dangereux et qu’on confinera tout le pays. Si bosser n’est pas dangereux, alors sortir voir des amis non plus », explique Sarah. « Je ne compte pas respecter cette mesure. Ils ne peuvent pas contrôler ce qui se passe à l’intérieur de mon domicile, ni mettre un policier derrière chaque Français », juge aussi Géraldine. Et Nicolas de conclure : couvre-feu ou pas, « Il y aura toujours un moyen de gruger ».