Tempête Alex dans les Alpes-Maritimes : Les habitants inquiets face à l’arrivée de l’hiver et de la neige

VALLEES Deux semaines après la tempête Alex, qui a ravagé la vallée de la Roya et coupé tous les accès terrestres pour rejoindre Tende, les habitants se préparent à affronter l’hiver

Michel Bernouin

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Tende, ce jeudi matin.
Tende, ce jeudi matin. — Liliane Sassi
  • Les premières neiges sont tombées sur les hauteurs de Tende, commune isolée en haut de la vallée de la Roya.
  • Les habitants craignent de manquer de combustible pour chauffer leurs maisons.
  • Certains redoutent que la neige cause des dégâts supplémentaires aux maisons et infrastructures déjà fragilisées par la tempête Alex.

« Quand j’ai vu la neige sur les montagnes ce matin, je me suis dit : pourvu que le proverbe des vieux soit vrai, que 'quand il neige sur la feuille l’hiver ne gêne pas' ». A Tende (Alpes-Maritimes), commune sinistrée de la haute vallée de la Roya, où deux semaines après la tempête Alex on ne peut toujours accéder que par hélicoptère, l’arrivée précoce des premières neiges inquiète.

Alors, dès que les rayons du soleil réchauffent un peu son salon, Marie-Angèle ferme les deux radiateurs. C’est le cas ce jeudi matin. « On essaie d’économiser les réserves de fioul » confie cette dame âgée de 82 ans. Dans son immeuble, la chaudière qui fournit le chauffage collectif a fait des siennes en début de semaine et, selon ses voisins, il ne resterait dans la cuve que quinze jours de combustible.

« L’hiver va être très long ! »

« L’hiver c’est une grosse angoisse pour nous, surtout qu’on n’est encore aujourd’hui approvisionnés que par les airs, rappelle le maire, Jean-Pierre Vassalo, entre deux réunions de crise. Nous avons besoin de bois de chauffage, de pellets (des granulés pour les poêles), de fioul pour les HLM et les 190 pensionnaires du centre de convalescence qu’il faut chauffer… L’hiver va être très long ! »

« On a tous peur par rapport au chauffage, reconnaît Liliane. Pour ceux qui se chauffent avec les granulés, ça va encore. Il y a un stock dans un hangar à Saint-Dalmas, mais il faut encore arriver à les monter jusqu’à Tende… » Ce hameau, où le vieux cimetière a été dévasté, est situé à 5 km au sud. Et les réserves partent d’autant plus vite qu’il n’est pas possible pour l’instant de s’approvisionner ailleurs. « Quand il fait très froid, je brûle un sac par semaine. On nous donne cinq sacs de pellets par semaine actuellement, alors je fais attention… »

« La neige va rendre les pistes impraticables »

A l’entrée du village, la crue de la Roya a emporté le « Pont des 14 arches » mais, quelques centaines de mètres en aval, l’eau a miraculeusement épargné la station-service et son précieux stock de fioul domestique, réquisitionné depuis par la mairie. De quoi tenir là encore quelques semaines, en attendant que soit rétablie la liaison ferroviaire, par l’Italie et via Saint-Dalmas.

Mais à Tende, il n’y a pas que le chauffage qui préoccupe les habitants et leur maire. « La neige va rendre impraticables les pistes pour rejoindre le hameau de la Brigue et Limone (en Italie) par le col de Tende » anticipe Jean-Pierre Vassalo. « Si nous avons un hiver rude, le poids de la neige risque de faire effondrer les maisons dont les fondations ont été fragilisées lors de la tempête » s’inquiète Liliane.

Marie-Angèle redoute aussi que « la neige dégrade le peu qu’ils arrivent à réparer. Ça va être encore plus catastrophique ! » Et pourtant, cette octogénaire vivant seule se refuse à quitter son village. « Je suis née avant guerre alors j’en ai vu d’autres ! » Si elle reste, c’est aussi pour son fils, travailleur handicapé dans l’Esat (établissement et service d’aide par le travail) de Saint-Dalmas. Marie-Angèle espère pouvoir s’y rendre ces jours-ci, tant que la piste reste praticable, pour embrasser ce fils qu’elle n’a pas revu depuis la tempête.