Coronavirus : Ce qu'il faut savoir sur le couvre-feu annoncé par Emmanuel Macron en Ile-de-France et dans huit métropoles

EPIDEMIE Le président de la République a pris la parole devant les Français sur TF1 et France 2 ce mercredi soir

O.G. avec L.C. J-L.D

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Portrait d'Emmanuel Macron le 23 juillet devant l'Elysée.
Portrait d'Emmanuel Macron le 23 juillet devant l'Elysée. — Jacques Witt/SIPA
  • Emmanuel Macron était interviewé ce mercredi soir en direct depuis l’Elysée par les journalistes Gilles Bouleau (TF1) et Anne-Sophie Lapix (France 2).
  • Le président a annoncé un couvre-feu à partir de 21h dans toute l'Ile-de-France et dans huit villes françaises à partir de ce samedi.

Ce sera donc un couvre-feu dans la région francilienne et huit autres métropoles… Après des jours d’attente et de rumeurs, Emmanuel Macron a tranché : la France comptera une région et huit villes mortes à partir de ce samedi, chaque soir de 21h à 6h du matin.

Le Président est monté au front une nouvelle fois pour expliquer aux Français les nouvelles décisions du Conseil de sécurité de ce mercredi. Devant les téléspectateurs de TF1 et France 2, Emmanuel Macron, qui n’avait pas pris la parole sur le coronavirus depuis le 14 juin, a annoncé cette nouvelle mesure drastique.

L’Ile-de-France et huit métropoles concernées

« La décision que nous avons prise, c’est un couvre-feu à la région Ile-de-France, où le virus circule activement et à huit métropoles : Grenoble, Lille, Aix-Marseille, Lyon, Montpellier, Saint-Etienne, Toulouse et Rouen », a annoncé Emmanuel Macron. Il n’y aura pas une interdiction de circuler, mais une stricte limitation aux bonnes raisons. On n’ira plus au restaurant, chez des amis, faire la fête… » Sous peine d’amende et sous contrôle policier. En cas d’infraction à cette règle, une amende de 135 euros sera en effet appliquée. En cas de récidive, elle s’élèvera à 1.500 euros.

En revanche, les habitants de ces zones en alerte pourront se déplacer pour des raisons médicales et travailler plus tard que 21h, il y aura en effet des autorisations. Et les transports en commun continueront à circuler. Il y aura également des dérogations pour les sportifs professionnels, mais les matches se dérouleront à huis-clos après 21h a précisé un peu plus tard le ministère des Sports.

Par ailleurs, les habitants de ces zones pourront partir en vacances pendant la Toussaint. « Nous n’avons pas décidé de limiter les déplacements entre les régions, a précisé Emmanuel Macron. Nous n’empêchons pas les gens de partir en vacances. »

Le couvre-feu durera pendant au moins un mois, le gouvernement prévoyant de faire un bilan pour voir s’il faut prolonger ce couvre-feu jusqu’au 1er décembre.

« Il nous faut réagir »

Pourquoi une telle mesure, aujourd’hui ? « Il nous faut réagir » face au Covid-19 car « la situation est préoccupante » avec la « deuxième vague » de contamination qui est arrivée. « Le virus est partout en France », a souligné le chef de l’Etat en précisant aussi que les soignants étaient « très fatigués » et qu’il n’y avait « pas de lits en réserve ». « On doit freiner la diffusion du virus d’abord pour protéger les autres, les plus âgés, vulnérables, précaires, a-t-il martelé. On doit protéger notre système de santé, nos soignants », a détaillé Emanuel Macron.

Pour cela la stratégie est claire : « réduire les contacts privés qui sont les plus dangereux », a reconnu le chef de l’Etat. En effet, il serait juridiquement impossible d’interdire les réunions familiales. En revanche, en imposant un couvre-feu à 21h, fini les dîners entre amis et autres réjouissances. Et on sait que les contaminations sont souvent réalisées à l’intérieur du domicile. D’ailleurs, en plus du couvre-feu, le président a enjoint les Français à limiter les réunions privées à six personnes maximum.

Nouvelles aides pour les secteurs les plus touchés

Mais cette décision, même si elle évite de paralyser tous les travailleurs -à la différence d’un confinement, même localisé - aura, évidemment, des conséquences lourdes sur les activités économiques nocturnes : théâtres, cinémas, restaurants… Des restaurants qui n’auront eu qu’un court répit… Alors que le gouvernement avait décidé le 4 octobre que finalement les restaurants pourraient rester ouverts, dans les zones d’alerte maximale, à condition d’imposer un protocole renforcé, ces établissements devront baisser le rideau à partir de 21h.

Le secteur n’a d’ailleurs pas tardé à réagir. « Force est de constater que cette décision équivaut à une refermeture de nos établissements » et est « lourde de conséquences pour le secteur (…) déjà durement frappé par cette crise », écrivent dans un communiqué commun le Syndicat de la restauration thématique (SNRTC), l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih), le Groupement des indépendants hôtellerie et restauration (GNI) et le Groupement national des chaînes hôtelières (GNC).

Le président a assuré que le chômage partiel à 100 % sera réactivé pour tous ces secteurs (culture, sport, restauration, événementiel). Par ailleurs, des dispositifs supplémentaires seront mis en place dans les métropoles où le couvre-feu est installé.

Une « efficacité discutable »

« Ce qu’on appelle le couvre-feu est une mesure pertinente, tranche le président. C’est ce qu’on a fait en Guyane et ça a été efficace. » Une mesure que nos voisins allemands expérimentent également. En effet, comme le rappelle cet article, à Berlin, Cologne et Francfort, tous les établissements (sauf les pharmacies et stations-service) sont fermés la nuit entre 22 ou 23 heures et 6 h. Est-ce la bonne réponse face à la deuxième vague qui déferle dans un grand nombre de métropoles françaises ?

L’épidémiologiste Catherine Hill n’est pas convaincue. « Ce n’est qu’une mesurette qui pourra peut-être un peu ralentir la propagation mais en aucun cas l’arrêter, regrettait-elle dans ce papier. Et ça se fait en Allemagne, qui a une incidence bien moindre que la nôtre. Fermer les bars actuellement en France, ça ne sert à rien et ça ne pèse pas lourd face à la circulation du virus en journée. »

Même scepticisme du côté de Michèle Legeas, enseignante à l’Ecole des hautes études en santé publique, interviewée par 20 Minutes dans cet article. « Aucune étude ne permet de démontrer l’efficacité du couvre-feu pour le coronavirus. L’hypothèse, qu’ont faite par exemple les Espagnols, c’est qu’en maintenant les gens dans une « bulle », avec des interactions sociales limitées à leurs très proches, on réduit les risques de transmission. (…) Le confinement total de presque toute la population, ça marche, on l’a vu en France et dans d’autres pays, mais pour les autres mesures, c’est difficile à évaluer. »

Selon la spécialiste, le cas guyanais ne peut pas non plus être érigé en modèle : « le problème, c’est qu’on ne peut établir de corrélation certaine puisque le couvre-feu n’était pas la seule mesure imposée en Guyane pour endiguer le virus. En France, le gouvernement a pris beaucoup de mesures, chaque semaine il en ajoute de nouvelles. Il est donc très difficile d’essayer de mesurer l’impact de chacune d’entre elles et de dire si telle mesure marche est plus efficace qu’une autre, prise isolément. »