Vacances : Le camping-car, grand gagnant de la crise sanitaire

TOURISME Gage de sécurité et promesse de liberté, les vans et camions aménagés ont vu leur cote exploser au déconfinement

Camille Allain

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Illustration d'un camping-car garé près d'une plage en Bretagne.
Illustration d'un camping-car garé près d'une plage en Bretagne. — Superstock / SIPA
  • Le tourisme en véhicule itinérant a été boosté par la crise sanitaire liée à l'épidémie de coronavirus.
  • Depuis le déconfinement, la demande de locations de camping-cars et camions aménagés a explosé en France.
  • A l'approche des vacances de la Toussaint, la tendance se confirme et la Bretagne s'avance comme la destination phare.

Un charmant Combi Volkswagen coiffé d’une planche de surf. Un confortable camping-car blanc assorti de deux chaises pliantes, sur lesquelles deux têtes grises se prélassent avec des mots croisés. Deux images pour un seul et même tourisme. En France, comme dans la plupart des pays européens, l’itinérance est devenue un mode de vacances de plus en plus plébiscité. La crise sanitaire a encore accéléré cette tendance. La peur d’être contaminés ou reconfinés a donné des envies d’escapades aux Français, qui se sont rués sur les vans aménagés et les camping-cars cet été. Alors que les vacances de la Toussaint arrivent, la tendance semble se confirmer, toujours portée par la crainte du Covid-19.

Souvent vu comme le jouet préféré des retraités aisés, le camping-car s’est offert une cure de jouvence au fil de cette étrange année. « Au déconfinement, les demandes ont explosé, c’était fou, tellement imprévisible », reconnaît Benoit Panel. Le fondateur de Yescapa a connu un été chargé. Sa plate-forme de réservation entre particuliers, sorte d’Airbnb du camping-car, a cruellement manqué d’offres pour faire face à l’explosion des demandes. « En juin, nous avons enregistré deux fois plus de demandes en un mois que sur les trois premières années cumulées ». Huit clients sur dix étaient des novices. « Le camping-car est vu comme une maison qui se déplace. Les gens se sentent protégés. L’image ringarde s’estompe. C’est davantage vu comme un outil de liberté qui permet d’aller où l’on veut », poursuit Benoit Panel.

Maëlle peut le confirmer. Du haut de ses 36 ans, cette habitante du sud de Nantes a parcouru la France avec un camping-car cet été. Une première pour cette jeune maman, qui a déjà bourlingué en van aménagé à travers l’immense Australie. « On a un peu hésité. Mon conjoint me disait que ça faisait vacances de vieux. Mais avec un enfant, on se voyait mal partir en van ». Après deux semaines de vacances itinérantes entre Bordeaux, le Lot et le massif des Corbières, la jeune femme le dit clairement. Elle a adoré, sa fille et son conjoint aussi. « C’est un sentiment de liberté. Et puis, on trouvait ça rassurant d’être entre nous, de ne pas avoir besoin d’utiliser des parties communes. C’était sécurisant dans le contexte sanitaire ».

La Bretagne en tête des destinations de la Toussaint

Comme Maëlle, les Français ont été nombreux à louer une maison roulante. A ce petit jeu, ce sont les régions les plus touristiques comme Provence-Alpes-Côte d’Azur et Nouvelle-Aquitaine qui ont attiré le plus grand nombre de camping-caristes. Mais pour la Toussaint, c’est la Bretagne qui gagne, selon les tendances fournies par l’entreprise Camping-Car Park. « La Bretagne est un théâtre magique qui offre une grande diversité de paysages sur un petit territoire. C’est facilement accessible et les quatre voies sont gratuites. Ce n’est pas étonnant qu’elle attire », estime Laurent Morice, fondateur de cette entreprise proposant des aires payantes.

Si son système écorne un peu l’image de liberté du camping-car, il répond en revanche à un besoin d’encadrer la pratique. Avec plus de 500.000 véhicules en circulation en France, un chiffre en constante progression, plusieurs communes très touristiques ont déclaré la guerre aux grands engins de tourisme. « Créer des aires permet aux communes d’attirer des touristes qui ne seraient pas venus chez elles. Ce sont des visiteurs qui plébiscitent les richesses locales. Ils participent au maintien des commerces », assure Laurent Morice.

La liberté, ça n’a pas de prix

L’itinérance offre un autre avantage de taille aux territoires : elle se pratique toute l’année. « Des camping-cars, j’en vois de plus en plus sur les routes. Mais surtout, je les vois toute l’année », témoigne Pascal, Rennais qui voyage ainsi depuis dix-huit ans. « Avant, en hiver, on était deux ou trois sur les aires. Maintenant, il y a tout le temps du monde ». Cet été, ce voyageur expérimenté a rencontré beaucoup de « novices ». « Souvent, ils me disaient qu’ils redécouvraient leur région et que ça leur donnait envie de revenir pour les week-ends ».

Lui change de véhicule tous les deux ans, afin d’être toujours au top de la modernité. Son dernier camping-car lui a coûté 64.000 euros. « C’est un investissement au départ mais on ne paie que 10 euros la nuitée ». Avec sa femme et son fils, il quitte la capitale bretonne tous les quinze jours pour des escapades dans l’Ouest. « C’est la liberté ». Et ça, ça n’a pas de prix.