Airbus : Départs à la retraite, chômage partiel à rallonge… en quoi consiste le plan social d’Airbus

VERDICT Airbus devait supprimer 5.000 postes en France, ce chiffre est retombé 4.300 environ, sans licenciements secs pour l’instant. Voici comment

Hélène Ménal
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Le logo d'Airbus. Illustration
Le logo d'Airbus. Illustration — Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA
  • En attendant le PSE en mars 2021, les syndicats et la direction d’Airbus ont validé ce lundi un « Plan d’adaptation » qui entérine la suppression de plus de 4.000 postes.
  • Il fait la part belle au chômage partiel de longue durée, qui va concerner 10.000 salariés.
  • Il laisse quelques mois aux salariés volontaires pour partir d’eux-mêmes, et exclut, pour le moment, tout licenciement sec.

Les salariés d’Airbus sont abonnés à la douche écossaise depuis le déclenchement de la crise sanitaire et l’annonce d’un inévitable plan social fin juin. A l’époque, l’avionneur tablait sur 15.000 suppressions d’emplois à travers le monde, dont 5.000 en France, Toulouse, son siège, payant le plus lourd tribut avec 3.500 départs annoncés. Guillaume Faury, le grand patron du constructeur, a même évoqué un temps dans un courrier aux salariés, l’idée qu’il pourrait y avoir des licenciements secs.

Après des semaines de négociations, le « Plan d’adaptation » et un accord sur l’activité partielle de longue durée (APLD) ont été signés ce lundi entre la direction et les syndicats représentatifs, en attendant la validation d’un Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) en mars. Pour l’heure, la casse est importante mais le scénario du pire ne se vérifie pas. « On a protégé les salariés et on a protégé Airbus en cette période difficile, c’est un excellent accord », se félicite Jean-François Knepper, délégué central du syndicat majoritaire FO. « Il n’y aura pas de licenciements secs », avait assuré dès ce matin Dominique Delbouis, le coordinateur FO. Voici les principaux leviers qui ont été activés pour limiter les dégâts.

Un long, très long chômage partiel

Parmi les outils de crise proposés par le gouvernement, Airbus se saisit à pleines mains de l’activité partielle de longue durée. Pendant une durée de deux ans maximum, elle va théoriquement permettre de conserver 1.500 postes dans les effectifs. Dans les faits, ce chômage partiel va concerner 10.000 salariés ou cadres de la production, selon Jean-François Knepper. L’idée pour certains de travailler alternativement quatre jours puis cinq jours par semaine est sur la table. Et, pour l’instant, un revenu de 84 % du salaire net minimum est garanti.

Retraite ou nouvelles aventures

Quelque 700 « airbusiens » se sont renseignés sur les conditions d’un départ volontaire. « Entre 300 à 450 » ont réellement franchi le pas. La période pour se signaler a été prolongée jusqu’au 31 mars 2021 pour favoriser ces départs naturels. D’autres, dans les mêmes proportions, ont digéré l’idée d’une retraite anticipée. Enfin, plusieurs centaines de salariés veulent tenter l’aventure de la reconversion. « 250 à 300 dossiers de création d’entreprise sont déjà jugés comme réellement sérieux », assure le syndicaliste. Les futurs patrons aux autoentrepreneurs peuvent espérer cumuler la prime d’incitation au départ – six mois de salaire – et une aide à la création d’entreprise de 20.000 euros.

Bascule dans le monde de la recherche

A travers des projets subventionnés par l’Etat, comme l’avion à hydrogène, ou même sous forme de prêts de salariés à des laboratoires, quelque 700 ingénieurs d’Airbus pourraient basculer dans le monde de la recherche, pour la plupart temporairement, le temps que le trafic aérien reprenne des couleurs.

C’est grâce à l’ensemble dispositifs que les syndicats signataires de l’accord comptent éviter tout licenciement sec. La direction est plus prudente : « Des décisions seront prises en mars 2021 afin de définir la conduite à tenir dans l’hypothèse où ces mesures n’auraient pas totalement porté leurs fruits », indique-t-elle.