Violences sexuelles : Comment lutter contre les viols et agressions à l'université ?

FACULTE Selon une enquête, 34 % des étudiants déclarent avoir été victimes ou témoins de violences sexuelles

Lucie Bras

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Une étudiante à l'université (image d'illustration).
Une étudiante à l'université (image d'illustration). — Damien MEYER / AFP
  • Une étudiante sur vingt a déjà été victime de viol, une sur dix d’agression sexuelle, selon une enquête de l’Observatoire étudiant des violences sexistes et sexuelles dans l’Enseignement supérieur, parue ce lundi.
  • Avec ses fêtes alcoolisées et ses rassemblements d’étudiants, l’enseignement supérieur est propice aux violences, fait remarquer Iris Maréchal, présidente de l’association.
  • Des solutions existent pour aider les victimes : chaque établissement doit proposer l’accompagnement d’une cellule de veille et d’écoute, un dispositif encore méconnu.

Soirées alcoolisées, relations d’autorité… Une enquête menée sur plus de 10.000 étudiants montre l’ampleur des violences sexuelles à l’université. « On a eu 10.400 réponses. Ça montre qu’il y a un problème et que les gens ont envie d’en parler. On a aussi reçu des messages de victimes qui nous remerciaient d’ouvrir le débat », constate Iris Maréchal, présidente de l’Observatoire étudiant des violences sexuelles et sexistes dans l’Enseignement supérieur, à l’origine de l’enquête parue ce lundi. Elle rappelle qu’il existe des solutions pour les victimes, même si elles restent trop souvent méconnues.

Pourquoi les étudiants et étudiantes sont-elles autant concernées par les viols et agressions sexuelles ?

« L’hypothèse que l’on fait, c’est que les études supérieures sont propices aux violences sexuelles et sexistes : les étudiants vivent ensemble sur un campus, ils participent à des soirées alcoolisées, des week-ends d’intégration », explique Iris Maréchal. « Beaucoup de victimes n’identifient pas le viol, ne portent pas plainte et ne le signalent pas. » Selon l’enquête, 56 % des viols sont commis en soirée ou en week-end hors du campus.

Aux violences entre étudiants, qui représentent la majorité des agressions, s’ajoutent celles des encadrants : « La relation académique est une relation à risque de violence », souligne Marilyn Baldeck, déléguée générale de l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT). « Dans la relation prof-élève, il y a un risque d’assujettissement intellectuel, c’est un terreau idéal à la mise en place d’une emprise. Avec l’AVFT, nous soutenons des doctorantes, victimes de violences sexuelles par leur directeur de thèse. Souvent, il y a une immense admiration intellectuelle, et une dépendance. Le dénoncer, c’est risquer de foutre en l’air tout un plan de carrière. »

Elle constate le manque d’information des établissements sur le sujet. « A la rentrée, il devrait y avoir un module sur la définition du harcèlement sexuel, donner une information précise sur les canaux par lesquels les victimes peuvent se plaindre. Ça n’est pas fait. C’est à elles de se débrouiller quand c’est trop tard, pour savoir comment gérer tout ça », pointe Marilyn Baldeck. Des moments d’information qui pourraient également être « un message adressé aux agresseurs ».

Que faire quand on est victime d’une agression sexiste ou sexuelle ?

« Il faut directement rassembler des preuves, comme garder sa culotte dans le cas d’un viol par exemple. Ce sont des choses auxquelles les victimes ne pensent pas, car elles sont sous le choc », rappelle Iris Maréchal. « Si on en est capable, on peut en parler à des amis autour de soi. La réaction des proches est essentielle. Il ne faut jamais nier ce qui est vécu », prévient-elle. Ensuite, direction l’infirmerie ou les structures spécifiques mises en place par les universités.

Ces cellules de veille contre le harcèlement et les violences sont désormais obligatoires dans les universités et écoles d’enseignement supérieur, même si elles n’existent pas encore partout. Encore faut-il le savoir : ces dispositifs pour aider les victimes sont souvent méconnus : « Un quart des étudiants ne savent pas s’il existe quelque chose pour les aider », confirme Iris Maréchal. « On ne communique par assez sur leur existence. Parfois, il faut cliquer sur 15 onglets différents sur le site de la fac pour le trouver », regrette Marilyn Baldeck.

Comment ces cellules de veille peuvent-elle aider les victimes ?

Ces cellules sont composées de professionnels du soin (assistantes sociales, médecins du travail ou psychologues) ou de fonctionnaires volontaires et formés, chargés d’accompagner les victimes dans la suite de leur démarche, qu’il y ait un dépôt de plainte ou pas, selon le choix de la personne. Leur fonctionnement varie en fonction des établissements. Marilyn Baldeck regrette ce « manque de transparence » : « Souvent, les étudiants ne savent pas comment ça va se passer : quelle est la confidentialité des échanges ? Qui va être mis au courant ? Les victimes n’ont pas non plus la certitude de pouvoir parler sans qu’il ne passe se rien derrière, dans le respect de leur tempo », témoigne-t-elle.

Dans le doute, certains étudiants n’osent pas s’y rendre. Là aussi, des solutions existent. Ces cellules « sont indispensables », reconnaît Marilyn Baldeck, « mais ça ne remplace pas l’existence de canaux d’action déconnectés des établissements, dans le cas où le mis en cause a un pouvoir particulier. » Dans ces cas-là, les victimes peuvent alors se tourner vers une organisation syndicale ou une association externe de défense contre les violences sexuelles et sexistes.