Bac : Débit trop rapide ou voix posée… Des lycéens s’entraînent au grand oral sous le regard bienveillant de leurs camarades

REPORTAGE « 20 Minutes » a assisté à une séance de préparation au grand oral du bac au lycée Montesquieu d’Herblay-sur-Seine (Val-d’Oise)

Delphine Bancaud

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Au lycée Montesquieu d'Herblay, des élèves s'exercent au grand oral du bac.
Au lycée Montesquieu d'Herblay, des élèves s'exercent au grand oral du bac. — Delphine Bancaud/20 Minutes
  • Au mois de juin, les élèves de terminale passeront un grand oral, qui fait partie des grandes nouveautés engendrées par la réforme du bac.
  • Au lycée Montesquieu d’Herblay-sur-Seine (Val-d’Oise), les élèves s’entraînent déjà à prendre la parole en public, sous l’œil attentif de leurs camarades.
  • Certains voient cette épreuve comme une chance, car ils se sentent plus à l’aise à l’oral qu’à l’écrit.

Ils ont le trac des grands jours. Ce vendredi, les élèves de terminale de la spécialité sciences économiques et sociales (SES) du lycée Montesquieu d’Herblay-sur-Seine (Val-d’Oise) doivent relever un défi : faire un exposé en groupe et se soumettre aux critiques de leurs camarades. Une première préparation au grand oral du bac qu’ils passeront au mois de juin, et qui fait partie des grandes nouveautés introduites par la réforme de l’examen. Pour mettre les élèves en conditions, ils ont droit aux honneurs de la salle de théâtre du lycée. « L’objectif aujourd’hui est que les élèves se concentrent sur leur posture, leur langage, leur respiration. Il va falloir qu’ils sortent de la récitation pour fournir une prestation habitée », prévient Djamila Soufi, la proviseure du lycée.

Ni une ni deux, un groupe d’élèves se lance dans l’arène, avec un exposé sur la taxe carbone. Debout devant une table qui leur sert de pupitre, ils ont l’air un peu tendus d’être ainsi offerts aux regards des autres. Malgré l’aspect ardu du thème, l’auditoire n’en perd pas une miette. Le propos est intéressant, les mots sont bien choisis, mais quelques défauts oratoires apparaissent vite. Une élève parle trop vite et n’articule pas assez. Un autre se perd dans son texte, au point de s’interrompre en cours de route. Quant au suivant, il a du mal à décoller les yeux de sa feuille. Mais une des élèves, au débit fluide et à la voix posée, s’en sort avec brio. A la fin de leur exposé, tous sont très applaudis par le reste de la classe.

« Jules, il se balançait un peu trop »

Place ensuite au débrief. Et il revient aux élèves de soulever quelques lièvres. « J’ai trouvé que le groupe parlait distinctement, mais qu’il y avait trop de "euh" », ose une élève. « Comment éviter cela ? », interroge Camille Beau-Marquer, enseignante de SES, qui veut impliquer ses élèves au maximum lors de cette séance. Et ça marche, car les réponses fusent. « En utilisant des mots de liaison », suggère Marwanne. « En faisant des pauses », ajoute Christelle. La posture de certains élèves est aussi critiquée : « Jules, il se balançait un peu trop », estime une élève. Théo croit avoir la solution pour éviter cet écueil : « Il aurait pu poser ses mains sur la table ».

L'enseignante de SES distille des conseils à ses élèves pour le grand oral du bac.
L'enseignante de SES distille des conseils à ses élèves pour le grand oral du bac. - Delphine Bancaud/20 Minutes

Les élèves ne sont pas non plus avares de compliments, car la bienveillance est de mise. « Le temps de parole était très bien réparti et le discours était structuré », juge ainsi Michael. « D’ailleurs, comment fait-on pour qu’une prestation soit incarnée ? », rebondit l’enseignante. « En faisant des mouvements des mains. Ça permet de capter l’attention du public », lance Manon. Preuve que beaucoup ont déjà bien réfléchi à la question….

« Il faudra regarder le jury dans les yeux »

C’est à un deuxième groupe de faire son entrée en scène, pour aborder le thème des quotas d’émissions de CO2. Les élèves en connaissent long sur le sujet et savent très bien vulgariser leur propos pour transmettre leur savoir aux autres. Mais si l’un des élèves s’exprime très distinctement et accompagne son propos par des gestes, son discours est sans relief. L’attention de ses camarades s’émousse. Un autre lit trop son texte. Mais pas évident de parler du protocole de Kyoto et de donner des chiffres sur les quotas d’émission de gaz à effet de serre sans regarder ses notes. Un autre encore parle d’une voix monocorde. Mais là encore, ils sont applaudis par leurs camarades qui leur font des retours encourageants.

Au lycée Montesquieu d'Herblay, on débriefe la prestation orale d'un groupe d'élèves.
Au lycée Montesquieu d'Herblay, on débriefe la prestation orale d'un groupe d'élèves. - Delphine Bancaud/20 Minutes

« C’est bien, Théo marquait des pauses quand il avait envie de dire "euh" », souligne une élève. « Mais la voix de Marwenn était un peu robotisée », ose une camarade. « Comment aurait-il pu être plus convaincant ? », interroge Camille Beau-Marquer. Là encore, la classe déborde de suggestions : « En jouant sur le ton », « en faisant des pauses », « en utilisant ses mains »… Le fait que certains des apprentis orateurs du jour ne se soient pas départis de leurs notes n’a pas échappé à leurs camarades : « Ça traduit un manque de confiance en eux », analyse Mickaël. « Pour convaincre le jury le jour du grand oral, il faudra le regarder dans les yeux, ne pas fermer vos bras, respirer… Car le contenu de votre discours peut être sublimé par sa forme », insiste l’enseignante.

« L’oral est vecteur d’égalité »

Le bilan de la séance est plutôt positif selon elle : « Ils ont bien maîtrisé l’exercice et ce sera de mieux en mieux au fil du temps. Je vais d’ailleurs renouveler l’exercice au moins 4 fois dans l’année », explique-t-elle. Et les élèves seront aussi entraînés à l’oral dans d’autres cours : « Toutes les disciplines sont mobilisées. En maths, en français comme en SVT, on parlera du grand oral », explique la proviseure. Les enseignants seront d’ailleurs formés à ce sujet : « Ils vont assister à un webinare académique et participeront à un séminaire où ils devront eux-mêmes faire une prestation orale », explique Djamila Soufi. Et la préparation au grand oral démarrera dès la seconde : « Les élèves devront passer un petit oral lors duquel ils feront un compte rendu de leur stage en entreprise. Et en première, ils passeront un oral intermédiaire qui traitera de leur projet d’orientation », poursuit la proviseure.

Les élèves du lycée Montesquieu écoutent avec attention la prestation de leurs camarades lors d'un exercice de préparation du grand oral du bac.
Les élèves du lycée Montesquieu écoutent avec attention la prestation de leurs camarades lors d'un exercice de préparation du grand oral du bac. - Delphine Bancaud/20 Minutes

S’ils ont encore huit mois pour peaufiner leurs techniques oratoires, certains élèves redoutent quand même le grand oral : « Je crains un peu cette épreuve, car on n’a pas eu beaucoup d’explications sur son contenu. C’est encore très flou pour moi », déclare Lucas. « J’ai peur d’être stressé et de perdre mes moyens », confie aussi Michael. Mais d’autres, à l’instar de Naëlle, perçoivent cette épreuve comme une chance : « Cet oral portera sur nos deux spécialités, on pourra ainsi s’exprimer sur des sujets qui nous tiennent à cœur, ainsi que sur notre projet professionnel. Ce qui nous permettra d’être convaincants ». Ou comme Christelle : « A l’écrit, je ne suis pas à l’aise pour exprimer ce que je pense. A l’oral, c’est plus facile ». Même enthousiaste chez Manel : « Je suis très motivée par cette épreuve. C’est intéressant d’avoir une discussion avec le jury. Et puis, c’est important de bien savoir parler dans la vie ». Et le grand oral pourrait même être profitable à des élèves en difficulté, selon Charline Avenel, la rectrice de l’académie de Versailles : « L’oral est plus désinhibiteur pour eux que l’écrit. En cela, il est vecteur d’égalité ».