« La punaise de lit est un désastre pour la santé mentale », s’alarme la députée Cathy Racon-Bouzon

INTERVIEW A la demande du gouvernement, la députée marseillaise LREM Cathy Racon-Bouzon a rédigé un rapport visant à résoudre la prolifération des punaises de lit en France

Propos recueillis par Mathilde Ceilles

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Une punaise de lit (illustration).
Une punaise de lit (illustration). — Wikimedia Commons
  • A Marseille, le sujet de la punaise de lit est « particulièrement fort », selon la députée LREM. C’est la ville où « les occurrences Google sur l’éradication sont les plus fréquentes ».
  • L’élue regrette qu’il n’y ait aujourd’hui pas de coordination entre « ceux qui font des recherches scientifiques sur ces petites bêtes, ceux qui fabriquent les produits et ceux qui les éradiquent ».
  • Pour Cathy Racon-Bouzon, la punaise de lit « est un véritable problème de santé publique ».

Comment se débarrasser définitivement des punaises de lit qui prolifèrent d’années en années à Marseille et en France ? Ce mardi, à l’issue de six mois de travail, la députée LREM marseillaise Cathy Racon-Bouzon a remis un rapport sur la question à la ministre du Logement Emmanuelle Wargon avec une série de mesures pour lutter contre ce phénomène prégnant. Elle revient pour 20 Minutes sur les enjeux d’une telle question et ses propositions pour la résoudre.

La députée LREM des Bouches-du-Rhône Cathy Racon-Bouzon

Comment expliquer le fait que les punaises de lit soit un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur ?

C’est un phénomène qui avait un peu disparu dans les années 1950 mais qui est en recrudescence un peu partout dans le monde, en particulier dans pays occidentaux où la recrudescence observée est énorme ces cinq dernières années. En France, il y a une vraie difficulté de prise en charge de la punaise de lit. Elle passe à travers tous les radars. Il n’y a pas de phénomène de surveillance de ce fléau, qui n’est pas mesuré comme d’autres sujets. Donc, on a du mal à connaître l’ampleur du phénomène de manière précise et fiable. Le constat qu’on fait, c’est une recrudescence de témoignages convergents. Par exemple, les professionnels de l’éradication font état de 200.000 interventions en 2017 et 540.000 en 2019 ! Le sujet est particulièrement fort à Marseille, là où les occurrences Google sur l’éradication sont les plus fréquentes.

Justement, cette éradication pose problème….

Le problème, c’est que tout le monde ne va pas dans le même sens. Tout se fait de manière un peu spontanée, chacun dans son coin. Les professionnels de l’éradication sont des gens qui étaient spécialisés dans la dératisation par exemple et qui, voyant qu’un besoin se crée, rajoutent une corde à leur arc. Il n’y a pas de formation au fond pour cela ou de certification. Ce qui fait qu’aujourd’hui, il y a dans la filière des gens très bien comme d’autres moins bien, des arnaques comme des gens qui pensent sincèrement bien faire ! D’un autre côté, la connaissance scientifique sur les punaises de lit se trouve entre les mains des médecins spécialistes. Et il y a une absence de coordination globale par les pouvoirs publics entre les deux. Chacun développe ses méthodes dans son coin. Il faudrait au contraire créer une doctrine d’intervention nationale validée par l’Etat, une sorte de religion, un protocole sur lequel tout le monde s’entend. Cet organe permettrait de réunir autour de la table tous les acteurs, au lieu d’avoir chacun dans son couloir ceux qui font des recherches scientifiques sur ces petites bêtes, ceux qui fabriquent les produits et ceux qui éradiquent !

Pourquoi selon vous la punaise de lit doit-elle être reconnue comme un problème de santé publique ?

Cette reconnaissance n’a pas de valeur normative mais elle permet ensuite d’inscrire la problématique de la punaise de lit dans des plans nationaux, et donne des prérogatives aux agences régionales de santé pour agir. Or, c’est un véritable problème de santé publique. La punaise de lit est un désastre pour la santé mentale, avec des troubles du sommeil, de l’anxiété, des syndromes post-traumatiques liés à la désinfection, un isolement social. Le ministère de la Santé doit aujourd’hui entériner cette donnée pour débloquer certaines situations.

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