Toulouse : Combien manque-t-il exactement de policiers ?

SECURITE Ce vendredi Jean Castex, Gérald Darmanin, Eric Dupont-Moretti et Jean-Michel Blanquer sont à Toulouse pour signer le premier contrat de sécurité intégrée avec le maire de la ville où il manque 150 policiers… « à minima »

Béatrice Colin

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Au commissariat central de Toulouse, des policiers en tenue. (Illustration).
Au commissariat central de Toulouse, des policiers en tenue. (Illustration). — A . Gelebart / 20 Minutes
  • Ce vendredi matin, Jean Castex est à Toulouse accompagné de Gérald Darmanin, Eric Dupont-Moretti et Jean-Michel Blanquer.
  • A l’occasion de cette visite ministérielle le premier contrat de sécurité intégrée sera signé avec le maire de Toulouse.
  • Il doit prévoir notamment un rattrapage au niveau des effectifs policiers, estimé par les syndicats à 150 « à minima ».

Il y a quelques semaines, Toulouse était touché par une série de règlements de compte mortels sur fond de trafic de drogue. Un nouveau pic de violence auquel la Ville rose est désormais habituée. Mais qui a cette fois trouvé un écho auprès du gouvernement. Ce vendredi, Jean Castex, flanqué de trois de ses ministres, dont Gérald Darmanin, sera en déplacement à Toulouse pour rencontrer les policiers et signer le premier contrat de sécurité intégrée avec le maire, Jean-Luc Moudenc.

Celui-ci devrait entériner un rattrapage des effectifs, en retard comparé à d’autres métropoles françaises. Cela fait plus d’une décennie que les syndicats policiers, soutenus par le Capitole, appellent de leurs vœux à des renforts. Des effectifs nécessaires sur le terrain mais aussi dans les bureaux, pour traiter tout l’aspect judiciaire des dossiers.

Plus de faits de délinquance qu’à Marseille

« Il faut du renfort à l’investigation. J’ai un collègue du commissariat des Izards qui a plus de 300 dossiers à gérer. Si vous portez plainte, votre affaire mettra six mois à être traitée, c’est anormal. Les moyens humains, c’est le nerf de la guerre. La nuit il faudrait avoir 10 patrouilles de police secours opérationnelle en même temps, mais il y en a cinq à six et parfois moins pour toute l’agglomération. A cause de ça, on subit souvent la délinquance plus qu’on l’anticipe », déplore Didier Martinez, du syndicat Unité-SGP.

« La direction centrale nous a donné un effectif théorique de référence pour les gardiens de la paix à Toulouse, il est de 1.262 policiers. Et nous à ce jour, on en compte seulement 1.112. Si on nous annonce demain un renfort d’effectifs, ce n’est pas un cadeau que nous fait le ministre, c’est un minimum », avance de son côté Fabien Velleret, secrétaire départemental d’Alliance.

Et pour appuyer ses revendications, il n’est pas à court d’arguments. « Il suffit de comparer les faits de délinquance entre Toulouse et Marseille pour voir que l’on est sous-doté. En 2019, il y en a eu 57.000 recensés chez nous pour des faits de délinquance générale et 52.000 à Marseille, qui compte nettement plus de policiers que nous », poursuit le syndicaliste qui compte aussi aborder les questions d’indemnité de résidence ou encore de zone difficile.

Au prorata, moins de policiers qu’à Bordeaux

Des indemnités nécessaires selon les représentants au regard de l’activité quotidienne des fonctionnaires. Après Paris, Toulouse est la ville qui comptabilise le plus grand nombre de manifestations chaque année, qu’elles soient sociales ou sportives. Les règlements de compte sont nombreux ces derniers temps et la Ville rose est une plaque tournante des stupéfiants en Occitanie. Bien plus que certaines villes comme Bordeaux, qui au prorata de sa population, compte 200 policiers de plus qu’à Toulouse.

« Nous sommes confrontés à plus de violences urbaines dont on entend rarement parler là-bas, chez nous beaucoup de collègues sont blessés, on a une dizaine de faits de règlements de compte enregistrés, c’est moins prégnant à Bordeaux », compare Didier Martinez. Certes, à plusieurs reprises, des annonces de renforcement des effectifs ont été faites par les gouvernements successifs, mais sans que cela se traduise par plus de fonctionnaires sur le terrain.

« Cette année, nous avons eu en septembre 60 arrivées, mais nous avons aussi comptabilisé une trentaine de départs à la retraite et une quinzaine de départs pour des affectations ailleurs. En réalité, la bonification réelle des effectifs a été de 15 », relève le représentant d’Unité SGP. Tous s’attendent à ce que Gérald Darmanin s’engage sur l’arrivée de 150 policiers sur les quatre à cinq ans à venir, conscients qu’on ne trouve pas ces effectifs en « un claquement de doigts ».

Et cette fois-ci, le maire LR de Toulouse a obtenu un engagement écrit noir sur blanc à travers le premier contrat de sécurité intégrée. Une nuance de taille pour Jean-Luc Moudenc.

« Jusqu’à présent j’ai eu des succès divers et variés. Fin 2014, Bernard Cazeneuve avait annoncé l’arrivée de 50 policiers qui a été effacée par les départs à la retraite non compensés. Gérard Collomb nous avait dotés d’effectifs pour le Mirail, mais qui ont été démobilisés de leur secteur pour être affectés aux manifestations de "gilets jaunes" », rappelle l’édile qui était allé à Paris mi-septembre pour rencontrer le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et le Garde des Sceaux Eric Dupont-Moretti.

Cette fois-ci, pas question de revenir avec un engagement sur des renforts ponctuels. « J’ai privilégié un travail de fond plutôt que des annonces à coups de sorties médiatiques. Ce rattrapage sera progressif sur plusieurs années, l’idée est d’effacer un déficit que l’on traîne depuis longtemps, en garantissant parallèlement le remplacement des départs à la retraite », indique le maire qui en profitera pour aborder auprès de Jean Castex l’expérimentation de nouvelles prérogatives par la police municipale. Mais avant d’en obtenir, il faudra patienter encore patienter et attendre le changement de la loi.