Coronavirus : Oui, l’épidémie a bien provoqué une surmortalité en France

FAKE OFF Des chiffres de l’Insee sont relayés (et mal interprétés) sur Facebook pour tenter de prouver que l’épidémie de Covid-19 n’a pas causé plus de morts que ceux enregistrés en France au cours des dernières années

Alexis Orsini

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Des cercueils à Mulhouse, le 5 avril 2020, pendant le confinement. (illustration)
Des cercueils à Mulhouse, le 5 avril 2020, pendant le confinement. (illustration) — SEBASTIEN BOZON / AFP
  • Et si l’épidémie de Covid-19 n’avait finalement pas entraîné plus de morts que lors d’une année « normale » en France ?
  • C’est ce qu’affirme un post Facebook en s’appuyant sur des statistiques de mortalité de l’Insee, très semblables, en 2020, à celles de ces dernières années.
  • Mais les chiffres en question et la méthode de comparaison utilisée ne sont pas appropriés, comme l’explique à 20 Minutes Sylvie Le Minez, responsable de l’unité des études démographiques et sociales de l’Insee

« Où est la pandémie Covid ? » Sur Facebook, un tableau comparant le nombre de décès en France sur les huit premiers mois des années 2017, 2018, 2019 et 2020 prétend prouver, chiffres à l’appui, que l’épidémie de coronavirus n’aurait pas causé de surmortalité cette année.

A en croire ce comparatif, qui affirme s’appuyer sur les chiffres de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), le nombre cumulé de morts sur la période janvier-août serait quasi-identique d’une année sur l’autre : 424.053 en 2017, 435.270 en 2018, 433.567 en 2019 et enfin 437.727 en 2020.

Les chiffres de la mortalité en 2020 et au cours des dernières années en France
Les chiffres de la mortalité en 2020 et au cours des dernières années en France - Capture d'écran

« Ce sont les chiffres Insee, les seuls irréfutables, alimentés par les mairies où sont déclarés les morts. N’importe qui peut les consulter sur Internet, et l’Etat ne peut les falsifier », ajoute la publication Facebook.

Sauf que les chiffres en question, s’ils sont bien tirés de l’Insee, ne sont pas ceux auxquels il convient de se référer pour ce type de comparaison.

FAKE OFF

Contactée par 20 Minutes, Sylvie Le Minez, responsable de l’unité des études démographiques et sociales de l’Insee, explique ainsi : « Nous mettons deux types de fichiers sur les décès à disposition. La personne qui a réalisé le tableau ne s’est pas basée sur le bon, puisqu’elle a recouru au fichier nominatif des personnes décédées ». Ce fichier à vocation administrative « sert avant tout à rechercher des personnes décédées. Les chiffres d’août 2020 y sont par exemple très bas car les données ne sont pas encore remontées totalement et doivent être complétées. Les décès du mois d’août 2020 enregistrés en septembre apparaîtront ainsi dans le fichier de septembre. »

« De plus, les dates contenues dans le fichier sont celles de l’enregistrement du décès, mais pas forcément du moment où il a eu lieu, et les personnes décédées à l’étranger y sont aussi comptabilisées », poursuit-elle. L’Insee prévient d’ailleurs, en gras sur son site Internet : le fichier « ne comprend pas tous les décès survenus durant le mois ».

« En se basant sur le fichier le plus complet pour établir des statistiques, qui a été mis à disposition sur le site de l’Insee ce vendredi 2 octobre, pour la période de janvier à fin août, on arrive à environ 430.000 décès survenus en France en 2020, soit 20.000 de plus qu’en 2019, il y a donc bien eu une surmortalité liée à l’épidémie de Covid-19 », poursuit Sylvie Le Minez.

« Il faudrait plutôt comparer sur la période de mars-avril »

La période retenue dans la publication Facebook n’est pas non plus la plus pertinente, souligne Sylvie Le Minez : « Dans le cadre de l’épidémie, il ne faut pas comparer janvier-août 2020 à janvier-août 2019 de manière brute, mais plutôt comparer par période, en l’occurrence en mars-avril, pendant le confinement. On constate bien qu’il y a eu environ 27.000 décès de plus que sur la même période en 2019. A l’inverse, en janvier-février, on comptait 8.000 décès de moins en 2020 qu’en 2019, car la grippe saisonnière a été beaucoup moins virulente cette année. On constate le même type de fluctuations l’été par rapport à la période de canicule, qui peut survenir entre juin et août et engendrer une mortalité saisonnière. »

Enfin, les chiffres de mortalité enregistrés par l’Insee depuis mars 2020 ne sont pas tous dus au Covid-19, loin de là, l’organisme compilant les décès, toutes causes confondues. Au 31 août, le bilan du nombre de victimes du Covid-19 établi par Santé Publique France était ainsi de 30.635 décès.

Et si le pic de décès de mars-avril est directement lié à l’épidémie, certaines de ses conséquences (comme du confinement) restent encore difficiles à évaluer, comme l’explique Sylvie Le Minez : « On voit par exemple qu’il y a eu moins de décès pour les jeunes notamment, grâce aux accidents de voiture qui ont diminué, mais en tout petit volume. Et puis il subsiste aussi des inconnues : par exemple, les patients atteints de cancer dont les soins ont été retardés à cause du confinement peuvent provoquer des décès prochainement ou en avoir déjà causé au cours de la période écoulée. »