Rennes : Seul à bord… Un avion charter affrété depuis Londres pour un réfugié soudanais

IMMIGRATION L’homme avait traversé la Manche à bord d’un petit bateau

Camille Allain

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L'aéroport de Rennes mène d'importants travaux de réfection de sa piste principale pour accueillir de plus gros avions.
L'aéroport de Rennes mène d'importants travaux de réfection de sa piste principale pour accueillir de plus gros avions. — C. Allain / 20 Minutes

« C’est tout simplement hallucinant ». Le 1er octobre, un homme originaire du Soudan a été rapatrié à Rennes depuis la Grande-Bretagne. Agé de 27 ans, ce réfugié était le seul à bord de cet avion charter. « Un scandale humanitaire », selon les élus écologistes rennais, qui dénoncent également « une opération très coûteuse en empreinte carbone et en argent public ». L’homme âgé de 27 ans avait été intercepté peu de temps avant par les autorités britanniques après avoir franchi la Manche sur une petite embarcation.

Six jours après son retour sur le sol français, le réfugié contestait ce mercredi son assignation à résidence dans une petite ville d’Ille-et-Vilaine. Cette mesure de privation de liberté vise à préparer le réfugié à un retour dans son pays d’origine dans le cadre d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) prononcée à son égard en 2019. « Les autorités françaises ont pris cette décision parce qu’elles le pensaient Tchadien. Mais Ismaïl est Soudanais, il le clame depuis le départ », assure l’avocat du jeune homme Me François Tuyaa-Boustug, qui suppléait Me Gaëlle Le Strat devant le tribunal administratif.

« C’est un rescapé, un héros »

Soutenu par le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), le jeune homme aurait quitté le Soudan en 2011, alors que son pays est frappé par une guerre civile. Passé par le Tchad puis la Libye, il est arrivé en Italie avant d’arriver en France, dans l’espoir d’obtenir le droit d’asile. « Il a connu les trottoirs de Paris, la jungle de Calais, il a traversé la Méditerranée et la Manche. C’est un rescapé, un héros », estime Carole Bohanne, infatigable militante du Mrap d’Ille-et-Vilaine. D’après elle, une trentaine de réfugiés devait se trouver à bord de l’avion charter. Des avocats d’outre Manche ont réussi à annuler la procédure de la plupart des migrants, sauf un. « On le traite comme un terroriste », s’agace la militante.

D’après le journaliste de Channel 4 qui était présent, l’avion affrété avait une capacité d’environ 200 places. La chaîne anglaise évalue à 30.000 livres (33.000 euros) le coût d’un tel trajet. Le charter est ensuite reparti à Londres, à vide. Interrogé par Channel 4, le Bureau intérieur (Home office) a expliqué que « ses efforts pour ramener les personnes entrées sur son sol illégalement sont très souvent perturbés par des demandes de dernière minute ». Des demandes jugées « sans fondement » par le bureau mais qui obligent les autorités à reprogrammer les vols.

La décision du tribunal administratif concernant l’assignation à résidence du réfugié a été mise en délibéré et devrait être rendue la semaine prochaine.