Rentrée : « La qualité des contenus est très inégale »… Comment se passent les cours en ligne pour les étudiants

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Beaucoup d’universités et d’écoles du supérieur ont mis en place une formule hybride, alternant cours en présentiel et à distance

Delphine Bancaud

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une étudiante devant son écran d'ordinateur pour accéder à des cours en ligne.
une étudiante devant son écran d'ordinateur pour accéder à des cours en ligne. — Pixabay
  • Matignon a annoncé dimanche que les salles des écoles du supérieur et les amphithéâtres des universités ne pourront être remplis à partir de mardi qu’à 50 % de leur capacité maximale en zone d’alerte renforcée et maximale. Ce qui contraint les établissements à réorganiser leurs enseignements, même si certains avaient déjà intensifié les cours à distance.
  • Mais les cours en ligne ne sont pas de la même qualité dans tous les établissements, ce dont témoignent nos lecteurs étudiants.
  • La ministre de l’Enseignement supérieur a lancé un appel à projets pour booster les contenus en ligne.

Un petit tour à la fac et une session de boulot sur ordi. Pour les étudiants, cette rentrée n’est définitivement pas comme les autres. En raison du rebond de l’épidémie de coronavirus, Matignon a annoncé dimanche que les salles des écoles du supérieur et les amphithéâtres des universités ne peuvent être remplis, à compter de mardi, qu’à 50 % de leur capacité maximale en zone d’alerte renforcée et maximale. Ce qui contraint les établissements à réorganiser leurs enseignements, même si certains avaient déjà intensifié les cours à distance.

Du coup, c’est la formule hybride qui prime désormais, avec des cours en présentiel (généralement des TD) et des enseignements en ligne. Une perspective qui n’emballe pas Hannah, en M2 à Sorbonne Université, qui a répondu à notre appel à témoins : « Après 3 semaines de cours en présentiel, passer en mode hybride est un peu cruel. Ça met tant de stress, surtout pour l’organisation de mes journées. J’habite loin de mes facs, et la possibilité de devoir faire des allers-retours pour faire un cours à distance et un autre en présentiel, me rend folle ». De son côté Julien, en première année de LAS majeure droit à Clermont Ferrand, expérimente le mode hybride depuis la rentrée, mais il ne s’y habitue pas : « Je n’ai que très peu de cours en présentiel. Il s’agit uniquement des travaux dirigés, 6 heures par semaine. Je trouve tout simplement cela honteux de proposer la majorité des cours en distanciel pour une filière aussi sélective que la médecine ».

« Nous suivons les TD sur une plateforme de visioconférence »

Le basculement d’une partie des cours à distance repose le problème qui s’était fait jour lors du confinement : « Selon les territoires, 10 à 25 % des étudiants n’ont pas d’ordinateur ou de connexion internet. Et aucune université n’a débloqué d’aide pour leur permettre de s’équiper », avance la présidente de l’Unef, Mélanie Luce. Une fracture numérique déconcée dont est victime Eliott, en L1 cinéma à l’université Paul-Valéry, à Montpellier : « Mes cours sont une semaine sur deux en ligne par vidéoconférence. N’ayant pas Internet, je rate une semaine de cours à chaque fois. Je suis un peu perdu et je crains de rater ma première année », s’inquiète-t-il.

Et pour ceux qui peuvent accéder à ces cours en ligne, c’est un peu la loterie : « La qualité des contenus est très inégale selon les universités », constate Mélanie Luce. Du côté des chanceux, figure Renaud, étudiant en soins infirmiers à Lyon : « Nos cours en ligne sont très bien organisés ; nous avons des capsules, c’est-à-dire des PowerPoint accompagnés d’explications d’un enseignant. Et nous suivons les TD sur une plateforme de visioconférence. Dans l’ensemble, ça fonctionne très bien ». Même enthousiasme chez Deborah, en L1 Sciences de l’éducation-Philosophie à l’université Picardie Jules-Verne : « En distanciel, nous avons des audios, des cours, des vidéos… Tout est bien expliqué ». Sarah, en L1 ST à l’université de Nice, est également assez fan des contenus virtuels : « Les vidéos sont d’une très bonne qualité et très utiles dans l’apprentissage », s’exclame-t-elle.

« Ça me permet de me concentrer encore mieux »

Une satisfaction qu’éprouve aussi Romain, en L1 à l’université de Poitiers, qui suit ses cours via une plateforme de vidéoconférence : « Ils consistent en la retransmission en direct du cours donné par le professeur. Parfois, celui-ci nous envoie directement l’audio ou le texte rédigé du cours. Pour communiquer avec les enseignants, nous utilisons une messagerie professionnelle dédiée à l’université », décrit-il. Sami, en première année de master à Montpellier Business School, a lui aussi à l’impression que ses profs restent accessibles, malgré la distance physique : « Ils restent très joignables par mail ou par le biais de Teams ». Le fait d’éviter d’aller à la fac rassure aussi certains étudiants comme Vlada, inscrite à la faculté d’économie et gestion à Aix-en- Provence : « Je préfère être chez moi pour suivre les cours qu’aller dans les amphithéâtres remplis de 500 étudiants. Ça me permet de me concentrer encore mieux qu’à côté des gens qui parlent ».

Hélas, dans d’autres universités, l’enseignement à distance semble moins abouti. Tout d’abord en raison du déficit d’installations techniques, comme le décrit Marie, en 3e année en école d’architecture à Rouen : « Actuellement, je n’ai qu’un cours magistral en vidéo pour cause de salles non performantes… » Et malgré les quelques mois qui se sont écoulés depuis le confinement, les professeurs ne semblent pas tous avoir bénéficié d’une formation afin de savoir enseigner en ligne. Résultats : « Les profs sont censés nous envoyer les cours sur la plateforme ou par mail… Mais la plupart ne savent même pas utiliser la plateforme en question. Ils ne parlent même pas de faire les cours sur Zoom, alors que dans notre licence, l’interaction avec les étudiants est primordiale pour étudier les œuvres et les auteurs », fustige Camille, étudiante à l’université de Lille.

« C’est très dur de rester concentré toute la journée seul devant un ordinateur »

Un manque de préparation que déplore aussi Léna, en L2 de sociologie à Sorbonne Paris 4 : « La plupart des enseignants n’ayant pas accès à une licence Zoom et ne disposant de caméras dans les salles, certains se retrouvent à s’enregistrer sur leur téléphone et PC et à envoyer les PowerPoint par mail. Cette situation était envisageable, elle aurait pu être anticipée, ce n’est pas normal pour une université qui prône l’excellence et le prestige », estime-t-elle. De son côté, Paul, en L1 Géographie et aménagement à l’université Lyon 2, n’est pas convaincu par le mode distanciel : « Parfois, la qualité est vraiment médiocre, ce qui complique le suivi des enseignements. Les cours en ligne sont trop morcelés pour être complets et les enseignants de plusieurs matières ne postent rien en ligne », regrette-t-il. Le mode distanciel peut aussi entraîner une perte de motivation chez certains, comme Rosa : « C’est très dur de rester concentré toute la journée seul devant un ordinateur. Beaucoup vont décrocher et vite se démotiver devant cette avalanche de cours livrés sans se soucier de savoir s’ils ont été bien compris par les étudiants ou pas ».

Conscient des progrès qu’il reste à faire pour proposer des contenus plus attrayants aux étudiants, le ministère de l’Enseignement supérieur a lancé début juin un appel à projet sur l’hybridation des formations, prioritairement au niveau licence, pour créer des ressources pédagogiques accessibles à distance et partagées entre plusieurs établissements d’enseignement supérieur. « Les projets de 34 établissements ont été retenus. Les 15 initiatives les plus mûres bénéficieront de subventions allant de 900.000 à 3 millions d’euros et les 19 autres, d’un fonds d’amorçage qui leur permettra de lancer dès maintenant la création de contenu. Dans le cadre du plan de relance, ce seront 35 millions d’euros qui permettront aux universités d’étoffer leur offre numérique, de former leurs enseignants, de recruter des ingénieurs pédagogiques, d’acheter des équipements, de créer des cours en ligne… », a précisé la ministre, Frédérique Vidal, lors de sa conférence de presse de rentrée.