Projet de loi sur les séparatismes : « L’amalgame entre les fondamentalistes et l’école à la maison est inadmissible », dénoncent des parents

VOUS TEMOIGNEZ Les parents pratiquant l’instruction en famille ne comprennent pas l’annonce d’Emmanuel Macron dans son plan de lutte contre les séparatismes

Charlotte Murat
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Illustration de l'école à domicile.
Illustration de l'école à domicile. — Canva/20 Minutes
  • Lors de la présentation de son plan de lutte contre les séparatismes, Emmanuel Macron a annoncé la fin prochaine de l’instruction scolaire à domicile, sauf justification médicale, pour enrayer le phénomène grandissant des déscolarisations.
  • Les parents concernés par l’instruction en famille sont en colère. Selon eux, l’école à la maison permet de préserver le rythme et l’équilibre des enfants et est nécessaire quand les enfants sont malheureux à l’école.
  • C’est aussi un choix de vie, impliquant toute la famille, qui est remis en cause.

Le discours d’Emmanuel Macron a laissé les familles pratiquant l’instruction à domicile sous le choc. En dévoilant son plan de lutte contre les séparatismes, vendredi, le président a annoncé la fin prochaine de l’instruction scolaire à domicile, sauf justification médicale, pour enrayer le phénomène grandissant des déscolarisations. « C’est une nécessité. J’ai pris une décision, sans doute l’une des plus radicales depuis les lois de 1882 et celles assurant la mixité scolaire entre garçons et filles en 1969 », a expliqué le chef de l’Etat. L'appel à témoignages que nous avons lancé après l’annonce de cette mesure, a récolté plus de 900 commentaires de familles dans l’incompréhension, voire en colère.

L’école obligatoire, c’est impensable pour les familles pratiquant l’instruction en famille (IEF). Car selon eux, il en va du bonheur et de l’équilibre de leurs enfants, notamment pour les plus petits. « Lever trop tôt, fatigue, enfants en décalage avec le groupe… L’école ne peut pas s’adapter aux particularités de chacun, et lorsque cela est trop pesant, l’instruction en famille est une solution précieuse », explique Marie, qui garde à la maison sa fille de 3 ans, après avoir fait la même chose pour son fils de 6 ans, à présent scolarisé.

« L’école ne me convenait pas »

D’autres parents mettent également en avant l’IEF comme solution à une phobie scolaire, des problèmes de harcèlement ou des troubles de l’apprentissage, comme la dyslexie. « Notre fille de 8 ans a commencé à se sentir mal en fin d’année dernière à l’idée d’aller à l’école, raconte Elodie. Maux de ventre, crises d’angoisse, terreurs nocturnes, elle pleurait tous les matins. Nous l’avons retirée de l’école, elle suit le programme scolaire grâce au Cned et elle se sent beaucoup mieux. L’école n’est pas faite pour tout le monde. C’est une aberration de vouloir la rendre obligatoire. »

A 34 ans, Margot garde un très bon souvenir de ses sept ans passés à apprendre à la maison. « De mes 7 ans à mes 14 ans, l’école ne me convenait pas, se souvient-elle. M’obliger à y aller aurait été délétère et contre-productif. J’ai réintégré le collège lorsque j’étais prête et j’ai passé une scolarité épanouie. »

« L’amalgame entre les fondamentalistes et l’école à la maison est inadmissible »

Emmanuel Macron estime à 50.000 le nombre d’enfants suivant une instruction à domicile, un chiffre qui, d’après lui, augmente chaque année. Pour Jean-Pierre Obin, inspecteur général honoraire de l’Education nationale, la décision du président est une « bonne surprise ». « Il était temps d’avoir une telle mesure de limitation, car il y a trop d’élèves dans la nature, dans des écoles clandestines », a-t-il précisé à l’AFP.

« Nous sommes contrôlés* chaque année et l’amalgame entre les fondamentalistes et l’école à la maison est inadmissible, rétorque Marie. Laissez-nous la liberté de respecter le rythme de nos enfants, dans le cadre légal. Nous ne demandons pas qu’on nous laisse faire n’importe quoi mais qu’on nous laisse choisir comment élever nos enfants. »

« Un projet de vie pour toute la famille »

Autre inquiétude des familles, voir l’organisation qu’ils avaient mise en place et leurs projets de vie voler en éclats. « Je tombe donc des nues, se désole Marie. J’ai réorganisé toute ma vie professionnelle et personnelle quand l’instruction obligatoire est passée à 3 ans afin de pratiquer l’instruction en famille. Nous avons donc vendu notre appartement et j’ai quitté mon travail afin d’avoir une activité professionnelle qui me laisse le temps d’instruire mon fils. »

« C’est un projet de vie pour toute la famille, car cela implique une organisation particulière ainsi que d’importants sacrifices économiques, de progression de carrière, etc., ajoute Josué, ex-professeur des écoles qui a arrêté de travailler pour se consacrer à l’instruction de son fils âgé de 5 ans. Se voir saccager un tel projet de vie parce que le Président de la République, au motif de quelques rares dérives, amalgame instruction en famille et fanatisme islamique nous plonge dans un mélange de profond désarroi, de colère et de perte de confiance envers des instances politiques. »

« Nous ne sommes pas une caricature »

« Nous ne sommes pas des marginaux autosuffisants, clame Auriana. Nous ne sommes pas une famille nombreuse qui déplore une baisse dramatique du niveau des petits français en dictée, et aimerait voir revenir la blouse, les leçons de morale et de choses. Nous ne voulons pas faire de nos enfants des singes savants. Nous ne sommes pas anti-vaccins. Nous ne vivons pas cloîtrés de peur de voir nos enfants se frotter à la violence du « vrai monde ». Et par-dessus tout, nous ne sommes pas sectaires… Bref, nous ne sommes pas une caricature. Nous ne sommes pas responsables des dérives d’une frange extrêmement minoritaire. »

* Les familles pratiquant l’IEF doivent se déclarer tous les ans auprès de l’Académie à laquelle ils sont rattachés et auprès de la mairie. Elles sont soumises à deux types de contrôles : une enquête à caractère sociale effectuée tous les deux ans par la mairie et un contrôle pédagogique tous les ans mené par la Direction académique des services de l’Education nationale.