Tempête Alex : Pourquoi ce qui est arrivé aux Alpes-Maritimes est exceptionnel ?

GROSSES GOUTTES Ce n’est pas en soi la tempête Alex qui a semé la dévastation dans le haut pays niçois, mais elle a aggravé un épisode méditerranéen violent

Propos recueillis par Rachel Garrat-Valcarcel

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Tempête Alex: Huit personnes disparues et dix autres « supposées disparues » — 20 Minutes

Trois morts en Italie, huit personnes portées disparues en France, des routes et des maisons détruites, des villages du haut pays niçois coupés du monde, et probablement pour longtemps : c’est le bilan, encore très provisoire, des intempéries qui ont frappé les Alpes-Maritimes, entre vendredi et samedi. Que s’est-il vraiment passé dans le ciel du sud-est de la France et en quoi c’est exceptionnel. 20 Minutes a voulu en savoir plus auprès de Frédéric Nathan, prévisionniste chez Météo-France.

Que s’est-il passé sur les Alpes-Maritimes entre vendredi et samedi ?

« On peut parler sans problème d’un phénomène exceptionnel », dit d’emblée Frédéric Nathan, prévisionniste à Météo-France, à 20 Minutes. Il confirme le sentiment des habitants et habitantes des Alpes-Maritimes qui, du haut de leurs 40 ou 50 ans, expliquent ne jamais avoir vu ça. Et pour cause : 500 mm d’eau se sont abattus en seulement vingt-quatre heures sur la commune de Saint-Martin-Vésubie. Soit trois mois de précipitations habituelles en cette saison dans la région. C’est un nouveau record pour le département. Ces pluies diluviennes ont provoqué des crues spectaculaires qui ont emporté des dizaines de maison et font craindre un bilan humain terrible.

Mais « il y a vraiment eu deux phénomènes différents. La tempête Alex d’une part qui s’est formée dans la nuit de jeudi à vendredi et d’autre part l’épisode méditerranéen », insiste Frédéric Nathan, le prévisionniste de Météo-France interrogé par 20 Minutes. « Tempête ne veut pas dire épisode méditerranéen, il y a plein de tempêtes sans épisode méditerranéen et réciproquement. La plupart des épisodes méditerranéens ne se passent pas avec des tempêtes », ajoute-t-il. Il faut donc détailler les deux phénomènes pour comprendre le caractère exceptionnel de l’évènement.

C’est quoi, un épisode méditerranéen ?

C’est un phénomène qu’on connaît bien sur le pourtour méditerranéen. On appelle aussi ça un épisode cévenol si cela arrive au niveau des Cévennes mais c’est le même phénomène météo. Il en arrive tous les ans, à l’automne, « entre un et huit par an », précise Frédéric Nathan. Ça arrive à l’automne car c’est un moment où la mer Méditerranée est encore très chaude et où en même temps des masses d’air frais comment à arriver « depuis le nord de l’Europe, l’Islande et la Scandinavie ». Et, on le sait depuis la primaire, quand le chaud et le froid se rencontrent, en météo, il y a de l’électricité dans l’air. Au sens propre. « Quand on a de l’air froid en altitude qui vient se positionner en Méditerranée, ça donne beaucoup d’instabilité à cause de la différence de température entre le niveau de la mer et l’altitude. Cela provoque le développement de nuages orageux, les cumulonimbus », détaille le prévisionniste.

Or, la différence de température est si grande entre cette masse d’air froid et la Méditerranée que la condensation est très forte et cela provoque des pluies phénoménales. Cela serait par exemple impossible sur la Bretagne où, à la même période de l’année, la mer, autour des 14 °C, est beaucoup plus froide. Moins de condensation, donc moins d’eau à déverser.

Que vient faire la tempête Alex là-dedans ?

La tempête Alex, qui avait déjà touché la Bretagne et la côte atlantique plus tôt, intervient ici en trois temps. D’abord, l’air froid qui a permis la formation de l’épisode méditerranéen vient de la tempête, tout simplement. Mais il a eu deux effets aggravants. Premièrement parce que ses vents ont créé un flux de sud. « L’air froid est descendu sur la Méditerranée et a commencé à donner un flux de sud du côté des Alpes-Maritimes et les orages s’y sont bloqués à partir de vendredi à la mi-journée et ont commencé à déverser des quantités d’eau qu’on a vues », note Frédéric Nathan. C’est un effet « classique ». Car un épisode méditerranéen n’a pas besoin d’une tempête pour être fort. Un vent de sud classique peut donner les mêmes effets : « A ce moment-là, les nuages orageux vont se bloquer au niveau des reliefs et se renouveler pendants des heures et des heures en donnant des orages stationnaires avec, donc, des quantités d’eau phénoménales. »

Deuxième effet aggravant : la force des vents. Si, on l’a dit, le vent n’est pas nécessaire pour la formation d’un épisode méditerranéen, quand on arrive à des vents forts ça change la donne. « On a eu des vents forts, jusqu’à 160 km/h sur les Alpes-Maritimes. Cela a favorisé le phénomène de crue puisque les eaux ne pouvaient plus s’écouler normalement vers la mer. Parce que le vent frotte sur l’eau, il fait remonter la mer au niveau des embouchures des fleuves et donc empêche l’écoulement normal des rivières », explique Frédéric Nathan. On comprend ainsi bien comment le phénomène de cru a été aggravé dans ces circonstances.