VIDEO. Coronavirus : Pour ne pas « être montrés du doigt », ils ont caché leurs symptômes

VOUS TEMOIGNEZ Par peur du regard des autres, de perdre de l’argent… Ils ont décidé de ne rien dire

Pierre Cloix

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Certains ont décidé de cacher leurs symptômes.
Certains ont décidé de cacher leurs symptômes. — Canva/20 Minutes
  • En France, le virus progresse de plus en plus ces dernières semaines.
  • Les symptômes sont aujourd’hui connus de tous (perte de l’odorat, fièvre, toux…).
  • Nous avons demandé à certains de nos lecteurs de nous expliquer pourquoi ils les cachaient. 

Un vrai cas de conscience. Dans le climat actuel, et avec une reprise épidémique de plus en plus tangible, le coronavirus affecte chacun d’une manière ou d’une autre. A l’heure actuelle, tout le monde connaît, à minima, « quelqu’un, qui connaît quelqu’un, qui l’a eu. » Forcément, l’inquiétude s’est faite plus forte ces dernières semaines.

A chaque quinte de toux ou épisode fiévreux, le doute d’avoir contracté le Covid s’installe. Si, dans un tel cas, le protocole sanitaire est connu de tous, en pratique certains ont fait le choix de cacher leurs symptômes.

« Je ne peux plus me le permettre… »

Parmi les nombreux témoignages que nous avons reçus, le premier paramètre ayant poussé certains de nos lecteurs à occulter leurs symptômes est d’ordre pécuniaire ou concerne leur avenir. S’ils le regrettent, ils n’ont « pas le choix » : « Je présente des symptômes du coronavirus. Je vais intégrer une formation où je toucherai plus d’argent. Je suis obligé de mentir car je suis au chômage et je ne touche que 350 euros par mois, je ne peux pas en vivre », explique Etienne*.

Même constat pragmatique pour Elise*, étudiante : « J’ai été en contact avec quelqu’un testé positif au Covid-19, je n’ai absolument plus d’odorat, cependant je n’ai rien dit à mes amis ainsi qu’à mon université car j’aurais dû rester chez moi et accumuler beaucoup de retard scolaire. Par ailleurs, plus il y a des cas au sein de mon université, et plus le risque de fermeture est grand, chose que je redoute. C’est pourquoi personne n’est au courant. » Luc*, de son côté, regrette. Mais dit, lui aussi, ne pas avoir d’autres solutions : « Dans l' éducation nationale nous avons un jour de carence alors je suis allé en classe tout de même pour ne pas perdre un jour de salaire car je ne peux plus me le permettre… »

La peur d’être considéré comme des « pestiférés »

Un autre paramètre, peut-être moins avouable, qui vous a poussé à ne pas prévenir de l’apparition de symptômes susceptiblement liés au coronavirus, c’est le jugement que peut avoir votre entourage sur vous. La peur d’être traité différemment, d’être mis à l’écart, selon Sarah* : « Je suis étudiante et j’ai commencé à ressentir certains symptômes du coronavirus peu après une soirée entre amis. C’est là que j’ai commencé à m’inquiéter. J’ai préféré au départ informer seulement mes proches. Je suis resté confinée dans ma chambre durant plusieurs jours. Je ne souhaitais cependant toujours pas en informer les personnes qui se trouvaient à la soirée à laquelle j’avais pu assister par peur de mépris ou de jugements à mon égard. »

« Je sais que cela peut paraître assez stupide dit comme ça surtout venant d’une jeune adulte mais on peut parfois avoir l’impression de faire un retour à la cour de récréation. On a peur d’être montré du doigt, ou bien qu’on rejette la faute sur nous. La seule chose qui nous vient en tête à ce moment-là c’est donc de garder le silence », confie Sarah*. Daniel, lui va encore plus loin, s’il n’a rien dit, c’est par peur du « regard de l’autre. D’être considéré comme un pestiféré en disant que j’ai été infecté par le Covid-19. »

Une autre peur, celle du test

Pour d’autres, la motivation poussant à ne pas prévenir leur entourage est davantage « pratique », et concerne l’écouvillon introduit dans le nez pour procéder au prélèvement : « Je n’ai rien dit pour pas subir le test, car tout le monde m’a dit qu’il est horrible et qu’en labo ils ne font pas attention, je préfère ne pas le passer plutôt que de subir ça, s’il y avait une autre méthode moins douloureuse ça ne me dérangerait pas », avoue Alain*. Il est rejoint par Sandrine* : « Je refuse de me soumettre à un test PCR invasif car mon nez est très sensible (saignements de nez qui durent facilement 45 minutes etc.). Donc pas de test, juste le masque et les mesures barrières. »

Au fil des témoignages, d’autres arguments ont aussi été avancés, comme la lenteur des résultats dans certains cas, les files d’attente interminables dans d’autres. Quoi qu’il en soit, on le rappelle, si vous ressentez des symptômes ou que vous avez été en contact avec une personne positive, l’isolement (septaine) et le test sont de mises.

*Les prénoms sont des prénoms d’emprunt utilisés pour préserver l’anonymat.