Chevaux mutilés : En Occitanie, ils patrouillent bénévolement pour soutenir les propriétaires épuisés

CRUAUTE ANIMAUX En Occitanie, des bénévoles fanas de 4x4 et des nomades proposent aux propriétaires de chevaux de les aider à faire des rondes pour éviter les actes de cruauté envers les animaux

Béatrice Colin

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Cédric, membre du solidarité-rando 4x4 Occitanie, patrouille bénévolement dans les centres équestres pour aider les propriétaires.
Cédric, membre du solidarité-rando 4x4 Occitanie, patrouille bénévolement dans les centres équestres pour aider les propriétaires. — B. Colin / 20 Minutes
  • Ces dernières semaines les cas de cruauté envers les équidés se sont multipliés.
  • Si les propriétaires s’organisent de leurs côtés sur les réseaux sociaux, des bénévoles, adeptes de randonnée en 4x4, leur proposent de les aider à faire des rondes sur les centres équestres.
  • Un système D bénévole et solidaire qui vient compléter les dispositifs de prévention lancés par la gendarmerie.

Lampes à la main, emmitouflés dans leur polaire, Ludovic et Cédric font le tour des six hectares pour vérifier que la douzaine de chevaux du centre de loisirs à vocation équestre se porte bien. Ce soir-là, ils sont à pied, mais il arrive souvent que cette mission, ils la remplissent au volant d'un véhicule tout-terrain, dans lequel ils peuvent passer la nuit pour l’occasion. « On les compte, on vérifie qu’ils vont bien et n’ont pas de plaies », raconte Cédric, membre du collectif « Solidarité-Rando 4x4 Occitanie », plus habitué à sillonner les chemins escarpés au volant de son engin à moteur qu’à chevaucher les plaines sur un pur-sang.

Ce n’est pas par passion des écuries que cet habitant de Muret est venu prêter main-forte aux propriétaires de ce club du secteur de Villefranche-de-Lauragais, au sud est de Toulouse, mais par solidarité. Il y a encore quelques semaines, il ne connaissait ni Emilie, la monitrice, ni Alexandra, la présidente du centre. Pour éviter que les animaux soient les victimes de rôdeurs malintentionnés, les soirs de semaines, ils se retrouvent sur le terrain, parfois autour d’un repas pris sur le pouce, à plaisanter de tout et de rien. A se rappeler aussi cette Golf grise suspecte qu’ils ont repéré à plusieurs reprises et qui les a poussés à porter plainte.

Emilie ne le cache pas. Depuis un bon mois, l’ambiance n’est pas vraiment la même chez les propriétaires de chevaux. Sans être dans la psychose, elle craint pour les 17 chevaux qui continuent à déguster leur foin loin de toute l’agitation qui a gagné le monde équestre français depuis que les mutilations d’équidés se sont intensifiées. « Au tout début des cas, on faisait plus de rondes. Et puis il y en a eu un signalé à 5 minutes d’ici et un cas à Revel. On est alors venu toutes les nuits, avec un camping-car pour assurer une présence », raconte cette passionnée.

Renfort de jeunes « nomades »

La fatigue s’est vite accumulée chez les propriétaires qui venaient se relayer. Alors, lorsque la présidente de l’association a entendu parler d’un groupe de passionnés de 4x4 proposant d’assurer des rondes de surveillance gratuitement, elle a sauté sur l’occasion.

« Au départ, notre groupe est plutôt tourné sur les bivouacs, mais aussi sur l’entraide entre propriétaires de 4x4. Alors quand on a vu ce qui se passait, on s’est dit qu’on pouvait apporter notre aide. Depuis, on a énormément de demandes. Dès qu’on peut, sur nos temps libres, on y va pour relayer les propriétaires souvent épuisés. On regarde tout, les mangeoires aussi parce qu’il y a eu des empoisonnements dans le Tarn », raconte Charlotte, membre du collectif qui se déplace pour l’instant sur six sites de Midi-Pyrénées.

A Villefranche, en semaine, ils ont reçu le renfort de Claire, Jonathan et Cédric. Ces trois jeunes « nomades » ont installé leurs deux camions sur le club depuis deux semaines. « On amène la sécurité par notre présence, et de notre côté, on peut se poser. Tout le monde est gagnant et les enfants qui viennent au club sont aussi contents. C’est aussi très valorisant, ça redonne une bonne image des gens qui vivent en camions », plaident-ils. Comme eux, de nombreux autres nomades se sont installés dans des centres équestres.

Déclarés en gendarmerie

Comme les rondes du collectif rando solidarité 4x4, ils ont signalé leur présence à la gendarmerie, histoire que personne ne se trompe de cible. « Nous ne sommes pas des cow-boys, nous sommes là pour faire fuir, pas pour se mettre en danger. A chaque fois que nous intervenons sur site, nous le disons à la gendarmerie et nous donnons les identités et plaques d’immatriculation », poursuit Charlotte qui a reçu des demandes de toute la France.

Une action bénévole qui prend forme sur les réseaux sociaux. Parallèlement à celle de la gendarmerie qui depuis plusieurs semaines a pris attache avec les centres équestres de la région. « Nous avons d’abord fait un recensement des professionnels et particuliers. Nous essayons aussi de passer systématiquement pour leur distribuer les informations afin de faire de la prévention et leur communiquer l’adresse pour joindre le bureau spécialisé. Lorsque des propriétaires sont inquiets, le commandant de brigade peut organiser des réunions. C’est l’occasion pour les gens de communiquer entre eux », explique le Colonel Xavier Wargnier, conseiller pour les affaires métropolitaines à la région de gendarmerie.

En Haute-Garonne et dans les départements limitrophes, des cas ont déjà été signalés ces comportements suspects, à chaque fois vérifiés dans le cadre d’une procédure.

Vers la création d’une brigade de protection animale à titre expérimental ?

Des chevaux mutilés, des chiens maltraités… Les cas de cruauté envers les animaux sont nombreux. Pour traiter ces cas, rarement judiciarisés, la députée de la 3e circonscription de Haute-Garonne, Corinne Vignon, propose de créer à titre expérimental une brigade de protection animale. Elle serait composée de policiers municipaux, nationaux et de gendarmes chargés de centraliser tous les signalements pour l’ensemble du département au sein d’un même service. Une proposition soumise au préfet dans les semaines à venir. « Composée de six personnes, elle se déplacerait sur signalement ou lors de contrôles spontanés et sera référente », indique une assistante de la députée.