42 % des femmes de 18 à 30 ans victimes d'agressions sexistes au prétexte de leur tenue vestimentaire au cours des douze derniers mois

INFO «20 MINUTES» Et 83 % des femmes ont subi remarques et sifflements sur leur tenue vestimentaire, selon notre dernière étude #MoiJeune « 20 Minutes » – OpinionWay

Charlotte Murat

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Les jeunes filles refusent de se voir imposer un dress code
Les jeunes filles refusent de se voir imposer un dress code — Canva/20 Minutes
  • Les femmes de 18 à 30 ans ont subi au moins une fois au cours des douze derniers mois remarques ou sifflements sur leur tenue vestimentaire et 42 % affirment avoir été victimes d’agression.
  • Ces remarques commencent dès l’adolescence. Collégiennes et lycéennes ont voulu dénoncer les remarques sexistes du corps enseignant avec leur mouvement #liberationdu14.
  • Une majorité de femmes de 18 à 30 ans soutiennent ce mouvement et sont opposées à un code vestimentaire dans les établissements scolaires.

Les femmes sont-elles libres de s’habiller comme elles veulent ? Non. 69 % des femmes de 18 à 30 ans ont renoncé au moins une fois au cours de douze derniers mois à porter un vêtement par peur des remarques ou des agressions sexistes, d’après notre dernière étude #MoiJeune 20 Minutes – OpinionWay*.

Car si les affaires récentes de Strasbourg et de Mulhouse ont largement indigné l’opinion publique, elles sont loin d’être des cas isolés. 42 % des femmes de 18 à 30 ans déclarent ainsi avoir subi une agression au prétexte d’une tenue jugée trop courte ou trop moulante au cours de ces douze derniers mois. 17 % ont même été agressées plusieurs fois. Et 83 % ont déjà subi au moins une remarque ou un sifflement sur leur tenue vestimentaire, 67 % devant endurer ces réflexions de manière régulière.

#liberationdu14

Remarques qui commencent dès l’adolescence. Avec leur mouvement #liberationdu14, collégiennes et lycéennes ont dénoncé les règlements intérieurs de leurs établissements, qu’elles considèrent comme sexistes, mais également les réflexions du corps enseignant. « On nous dit qu’un short ou une jupe au-dessus du genou pourrait déconcentrer les garçons, souligne Camille, 17 ans. Mais ce n’est pas normal, ça revient à justifier les agressions par la tenue. »

« Les règlements intérieurs posent problème, car ils invitent les filles à se couvrir les épaules ou les genoux, alors que les garçons sont libres de s’habiller comme ils veulent, ajoute Lila, 17 ans. Or si le genou d’un homme n’est pas provocant, vulgaire ou sexuel, de la même manière, le genou d’une femme n’est pas provocant, vulgaire ou sexuel. » Au lieu de règles, les ados prônent l’éducation et le respect. « Apprenez à vos fils à se contrôler plutôt que d’essayer de contrôler la tenue de vos filles », assène Lilou, 17 ans.

Dress code à l’école, liberté au bureau

Loin d’être anecdotique, le mouvement #liberationdu14 est partie prenante de la lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes. D’ailleurs, 63 % des femmes de 18 à 30 ans le soutiennent, contre 53 % des hommes de la même tranche d’âge. 57 % des femmes de 18 à 30 ans sont par ailleurs opposées à un code vestimentaire au collège ou au lycée, 37 % considérant que ces dress codes sont fondés sur des critères subjectifs, voire des a priori sexistes. Ce qui peut expliquer que 60 % des hommes de 18 à 30 ans sont eux favorables aux règlements vestimentaires au collège et au lycée.

Si hommes et femmes s’opposent sur ce point, ils se retrouvent en revanche sur la liberté de look au bureau, puisque 66 % des femmes de 18 à 30 ans et 56 % des hommes de 18 à 30 ans sont opposés à un code vestimentaire dans la vie professionnelle.

Tenue correcte exigée

En parlant de tenue, qu’est-ce qu’une tenue correcte en 2020 ? 84 % des femmes de 18 à 30 ans jugent impossible ou très compliqué d’en donner une définition. Les hommes, eux, ne sont que 62 % à penser la même chose. Un écart significatif

A 14 ans, Julie fait confiance au jugement de ses parents : « S’ils approuvent ma tenue, c’est qu’elle est correcte. » Pour Camille, 17 ans, il s’agit de « cacher les parties intimes et de respecter les lois sur l’exhibitionnisme. » Les 18-30 ans, eux, associent le terme « tenue correcte » à une tenue décente, classique, intemporelle, passe-partout, voire à un uniforme. Si aucun n’a rappelé la «tenue republicaine» vantée par Jean-Michel Blanquer, on constate que la définition reste floue et associée à la perception de chacun.

* Etude #MoiJeune 20 Minutes – OpinionWay, réalisée en ligne du 24 au 26 septembre 2020 auprès d’un échantillon représentatif de 695 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MOIJEUNE », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.