Coronavirus à Paris : La capitale va-t-elle passer en « alerte maximale » comme Marseille ?

SANTE Si le coronavirus continue de progresser au rythme actuel, l’agence régionale de santé d’Ile-de-France prévoit que d’ici un mois, 60 % des 1.200 lits de réanimation que compte la région seront occupés

Caroline Politi

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Un test pour détecter le Covid-19, à Marseille le 5 août 2020.
Un test pour détecter le Covid-19, à Marseille le 5 août 2020. — SOPA Images / SIPA/SIPA
  • A Paris, l’incidence du coronavirus est de 216 et atteint même 436 chez les vingtenaires.
  • Près de 30 % des lits de réanimation sont occupés par des patients « Covid + ».
  • La région Ile-de-France est désormais classée en « alerte renforcée ».

Au milieu de toutes ces nouvelles « rouge », « super-rouge » et « écarlate », on a cru, un instant, tenir entre nos mains une bonne nouvelle, un signe que la reprise épidémique était moins forte qu’escomptée en Ile-de-France. En une semaine, entre le jeudi 18 septembre et le 24 septembre, le nombre de patients hospitalisés après avoir contracté le coronavirus est passé de 2.502 à 1.843. Six cent-cinquante-neuf de moins. Un espoir rapidement douché par l’agence régionale de santé. « Il s’agit en réalité d’une actualisation des données. On s’est rendu compte que certains établissements n’étaient pas du tout à jour dans leurs déclarations. Or, nous avons besoin de suivre, au lit près la situation pour pouvoir anticiper les semaines à venir. » L’augmentation, sur la même période, du nombre de patients en réanimation aurait dû nous mettre la puce à l’oreille : +57. Ils étaient 317 jeudi dernier, contre 260 le jeudi précédant.

La région Ile-de-France est désormais classée en « alerte renforcée » et les chiffres parisiens sont à deux doigts d’envoyer la capitale rejoindre Marseille et la Guadeloupe en « alerte maximale ». Pour qu’une région passe à l’écarlate, trois critères sont observés : le taux d’incidence doit être supérieur à 250 cas pour 100.000 habitants, chez les plus de 60 ans, il doit être supérieur à 100 cas pour 100.000 et les services de réanimation doivent compter 30 % ou plus de patients « Covid + ». Dans la capitale, jeudi, l’incidence frôlait les 217 et atteignait même les 436 cas pour 100.000 chez les vingtenaires. Dans la catégorie 60-69 ans, particulièrement scrutée, l’incidence affleurait les 133. Quant au taux d’occupation des services de réanimation, il s’établit – à l’échelle régionale – à 28,3 %. « Nous ne raisonnons pas à l’échelle d’une ville, fut-elle Paris, mais au niveau de la région, précise l’ARS. Lorsqu’un hôpital est plein, nous l’orientons vers un autre. »

Augmentation exponentielle

Les premières inquiétudes sont apparues dans le courant du mois de juillet et la situation sanitaire n’a eu de cesse de se dégrader tout au long de l’été et plus encore à la rentrée. « On est dans une situation critique », estime-t-on aujourd’hui à l’ARS. Rien que la semaine dernière, le taux de passage aux urgences pour des suspicions de Covid a doublé. Au rythme actuel, 40 % des 1.200 lits de réanimation dont dispose la région pourraient être occupés le 10 octobre, 60 % le 25 octobre et 85 % le 11 novembre. Les chiffres sont certes bien loin de ceux enregistrés au printemps – dans la nuit du 31 mars au 1er avril, près de 3.000 patients étaient en réanimation, obligeant les autorités sanitaires à organiser des transferts de patients en urgence – mais cette fois les autorités sanitaires ont moins de leviers : un nouveau reconfinement est difficilement envisageable tout comme une déprogrammation massive de toutes les interventions chirurgicales pour libérer les lits.

Les mesures énoncées par Olivier Véran la semaine dernière – fermeture des bars à 22 heures, des salles de sport, piscine… – suffiront-elles à infléchir nettement la courbe et à empêcher la saturation des services hospitaliers ? Les autorités sanitaires se veulent optimistes – l’application plus stricte des gestes barrières, notamment chez les jeunes générations, peut permettre d’inverser la tendance et d’aplanir les courbes – mais se préparent déjà à l’arrivée de cette fameuse nouvelle vague. « On s’y prépare depuis plusieurs semaines, on est obligé d’anticiper au maximum pour ne pas être submergé mais cela ne veut pas dire que cela va obligatoirement se produire », nuance l’ARS.