Coronavirus : A-t-on « trois fois plus de chances de se contaminer dans un bar », comme l’a affirmé Jean Castex ?

FAKE OFF Selon le Premier ministre, le risque de contamination est respectivement trois et deux fois plus grand dans les bars et les restaurants que dans d'autres commerces

Paul-Guillaume Ipo (et Cl.G)

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Léa Salamé, Jean Castex et Thomas Sotto lors de l'émission « Vous avez la parole », jeudi 24 septembre 2020.
Léa Salamé, Jean Castex et Thomas Sotto lors de l'émission « Vous avez la parole », jeudi 24 septembre 2020. — Jacques Witt/SIPA
  • « On a trois fois plus de chances de se contaminer dans un bar que dans un commerce normal », a assuré Jean Castex dans « Vous avez la parole », jeudi soir sur France 2.
  • Le Premier ministre s’appuie sur une étude publiée début septembre par les autorités sanitaires américaines.
  • Même si l’étude suggère que la consommation dans les bars et restaurants constitue « un facteur de risque important » de contracter le Covid-19, le chef de l’exécutif a fait quelques raccourcis.

Fermeture des bars à 22h dans plusieurs métropoles à partir de lundi. Baisser de rideau complet pour les restaurants et les bars à compter de dimanche soir à Marseille. Deux mesures emblématiques du  renforcement des mesures sanitaires prises par le gouvernement afin de lutter contre la propagation du coronavirus​, alors que l'épidémie continue de progresser dans l'Hexagone.

Invité ce jeudi de l'émission Vous avez la parole, sur France 2, le Premier ministre a tenu à justifier ce tour de vis : « A partir d’une certaine heure, les bars voient arriver beaucoup de personnes qui sont sans masque, et qui ne respectent pas les gestes barrières. On a trois fois plus de chance de se contaminer dans un bar que dans un commerce normal. » Quelques minutes plus tard, Jean Castex a indiqué que cette probabilité était deux fois supérieure dans un restaurant.

Mais d’où viennent ces chiffres ?

FAKE OFF

Interrogé par 20 Minutes, Matignon indique que ces données proviennent d’une étude  publiée par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) début septembre, l’organisme fédéral américain chargé de la santé publique. Cette publication a d’ailleurs fait l’objet d’une dépêche de l’AFP le 10 septembre.

L’étude a porté sur 300 personnes venues se faire dépister dans onze établissements hospitaliers des Etats-Unis. Elle conclut que les sujets détectés positifs au coronavirus étaient deux fois plus nombreux à être allés au restaurant ou dans un bar dans les deux semaines précédentes que les cas négatifs. La différence était encore plus marquée dans la catégorie des personnes qui avaient fréquenté l’un de ces établissements sans avoir eu de contact connu avec des patients Covid-19.

Les auteurs de l’étude formulent donc cette observation : « Consommer sur place dans des établissements proposant nourriture ou boissons pourrait être un facteur de risque important d’infection par le Sars-Cov-2. » Selon Pascal Crepey, épidémiologiste à l’EHESP (Ecole des hautes études de santé publique), les conclusions de cette étude sont convaincantes : « Le risque accru existe bien, mais ce résultat demande à être précisé par des études plus larges. »

« Il est difficile de rentrer dans les détails scientifiques »

Si les ordres de grandeur évoqués par le Premier ministre sont cohérents, l’étude ne porte toutefois pas précisément sur la « chance » de contracter le virus. Elle étudie la présence du virus chez des groupes de patients selon les lieux fréquentés au cours des jours précédant le test. En d'autres termes, elle souligne que les patients positifs sont deux fois plus nombreux à être passés dans un restaurant ou un bar que les sujets négatifs. « Il est difficile de rentrer dans les détails scientifiques au cours d’une émission de télévision de grande écoute. Il faut être clair pour les téléspectateurs », concède l’entourage de Jean Castex.

La conclusion des CDC est toutefois en phase avec la décision de l’exécutif : « Les efforts visant à réduire les expositions possibles là où l’utilisation du masque et la distanciation sociale sont difficiles à maintenir […] devraient être envisagés pour protéger les clients, les employés et les communautés. »