Bordeaux : Alors que l'âge auquel on acquiert son premier smartphone diminue sans cesse, MyTwiga propose un parcours digital pour les ados

NUMERIQUE Le Bordelais Arnaud Gheysens lance en cette rentrée une appli d’éducation au digital, pour accompagner parents et enfants à l’heure où le premier smartphone de l’adolescent débarque dans le foyer familial

Mickaël Bosredon

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Illustration enfants et téléphone portable
Illustration enfants et téléphone portable — RAPHAEL BLOCH/SIPA
  • L’âge moyen auquel on acquiert son premier smartphone en France, serait passé à 11 ans.
  • MyTwiga n’est pas une application de contrôle parental, mais propose tout un parcours pédagogique autour de l’éducation au numérique.
  • « L’idée n’est pas de moraliser, explique son concepteur, mais de donner des clés pour que l’ado agisse de lui-même en conséquence. »

Votre petit dernier vient tout juste de faire sa rentrée au collège, qu’il vous met déjà la pression pour avoir un smartphone ? Pas de panique, c’est normal. « La moyenne d’âge en France pour le premier smartphone, est tombée à 11 ans, contre 11 ans et demi l’année dernière. Cela veut dire que généralement en sixième, les enfants ont leur téléphone, et ça commence même dès le primaire pour certains. On peut tenir jusqu’en cinquième, mais après c’est terminé », résume Arnaud Gheysens.

Pour accompagner l’arrivée du premier smartphone entre les mains des jeunes ados, et se préparer à l’univers numérique qui va d’un coup s’ouvrir à eux, ce Bordelais, ingénieur de formation, s’est allié avec l'Atelier des parents, spécialisé dans l'éducation positive, pour lancer une application, MyTwiga, destinée aux adolescents comme aux parents. « C’est un projet qui a fédéré des experts du numérique et de l’adolescence, pour trouver des solutions quand arrive le premier téléphone portable, moment où en tant que parent on est généralement un peu désemparé, raconte-t-il. Il faut faire face d’un seul coup et à l’adolescence, et à l’éducation au numérique. »

« Nous nous sommes aperçus que les "digital natives" étaient ignares sur le numérique »

MyTwiga n’est pas qu’une simple appli de contrôle parental. Vous pouvez évidemment déterminer le temps que votre enfant pourra passer sur internet, « mais nous avons surtout essayé de donner des outils pédagogiques, qui vont permettre aux adolescents de réaliser un parcours d’apprentissage au numérique, et aux parents de monter en compétence sur le numérique. » Treize thématiques sont proposées, et l’enfant peut gagner en autonomie dans l’utilisation de son téléphone, au fur et à mesure de son évolution dans ce parcours, et de la compréhension de ces domaines.

« Les thèmes abordés vont de la gestion du temps, à la protection de sa vie privée, au fonctionnement des réseaux sociaux en passant par la vérification de l’information. Nous abordons plein de sujets, y compris les bases de la culture numérique, car nous nous sommes aperçus que les "digital natives" étaient ignares sur le numérique. Il faut par exemple leur expliquer que lorsqu’on envoie une photo d’un portable à un autre, elle passe par des serveurs, que ces informations sont conservées quelque part, et qu’elles peuvent potentiellement être utilisées. L’idée n’est pas de moraliser, mais de donner des clés pour que l’ado agisse de lui-même en conséquence. »

« On comprend les parents qui ont peur, mais il faut qu’ils arrêtent d’être négatifs »

La psychologue Nadège Larcher, spécialiste du développement des enfants et des adolescents, et cofondatrice de l’Atelier des parents, insiste de son côté sur la bonne manière d’aborder les écrans avec ses enfants. « Il faut s’intéresser à ce que regardent nos ados, ne pas leur dire que leurs youtubeurs, c’est naze ou débile – ce qui est faux – mais leur demander pourquoi ils regardent ça. On comprend les parents qui ont peur, mais il faut qu’ils arrêtent d’être négatifs, sinon les ados ne les entendront pas. »

« Ce qui peut faire peur en tant que parent, poursuit Arnaud Gheysens, c’est de se dire que l’on donne un outil que soi-même on ne maîtrise pas, à un enfant qui va avoir accès à un monde numérique dans lequel on n’existe plus. Et souvent, le réflexe c’est de tout bloquer, sauf que l’ado finira par contourner ces verrouillages, donc mieux vaut s’assurer qu’il maîtrise son autonomie numérique. »

Thaïs assure faire « attention à ne pas donner trop d’informations personnelles »

Parallèlement, l’appli envoie régulièrement des notifications aux parents, notamment lorsque l’adolescent veut installer une nouvelle interface, avec la réglementation en vigueur la concernant. Séverine Cavailles, maman de quatre adolescents qui a participé à la phase de test de MyTwiga, raconte ainsi que durant le confinement son fils de 15 ans a téléchargé Houseparty. « J’ai alors immédiatement reçu une notification pour m’expliquer ce qu’il y avait derrière, comment cette appli pouvait commercialiser certaines données. Nous avons ainsi pu le prévenir de faire attention à ce qu’il partagerait sur cette plateforme. »

Thaïs, 12 ans, qui a aussi testé l’appli, assure d’ailleurs être désormais « plus prudente sur internet », et faire « attention à ne pas donner trop d’informations personnelles. » Elle a adopté l’outil, même si elle ne voulait « pas entendre parler » d’une appli de contrôle sur son téléphone au départ.

« Un peu effrayée de ce que les réseaux sociaux peuvent entraîner chez les ados »

Laure, maman d’une ado de 12 ans, raconte pour sa part qu’elle avait besoin d’être « épaulée », car elle était « un peu effrayée de ce que les réseaux sociaux peuvent entraîner chez les ados, notamment le harcèlement. » « J’avais besoin de me rassurer, car j’avais peur que ma fille se retrouve en danger. Et ce qui m’a plu c’est le côté pédagogique, j’ai appris notamment qu’il y avait des âges pour télécharger telle ou telle appli. »

La thématique du cyberharcèlement est évidemment largement abordée sur MyTwiga. « Le harcèlement, nous y sommes tous confrontés à un moment de notre vie, en tant que témoin, harceleur, harcelé, assure Arnaud Gheysens… Nous essayons d’identifier les éléments qui installent un harcèlement, et nous avons également créé un bouton d’alerte qui met l’adolescent en relation avec une association bordelaise qui s’appelle Caméléon, basée sur la prise en charge des adolescents en difficulté. » La présidente de cette association, Marion Haza, psychologue clinicienne spécialisée dans les adolescents et le numérique, explique que « la plus grande difficulté des adolescents confrontés au harcèlement, est d’abord de reconnaître qu’ils sont bien victimes, puis d’en discuter avec quelqu’un, même avec leurs parents. »

« En primaire, un enfant a surtout besoin de relations en direct »

Reste la question, cruciale, de l’âge auquel on peut confier un smartphone à un enfant. Est-ce que 11 ans, ce n’est pas encore trop tôt ? Après la sixième, il devient de plus en plus difficile de résister à la pression sociale, analysent les spécialistes, qui estiment en revanche que rien ne justifie qu’il en possède un avant.

« Même s’il y a souvent de très bons arguments, notamment chez les parents séparés, pour justifier de donner un téléphone à un enfant en primaire, il faut prendre conscience qu' à cet âge les enfants ne sont pas encore en capacité relationnelle de faire face à tout cela. En primaire, un enfant a surtout besoin de relations en direct, de profiter des personnes avec qui il est sur le moment, dans des jeux, des activités… » insiste Marion Haza. Il va toutefois falloir s’accrocher, quand on sait qu’aux Etats-Unis, l’âge moyen du premier téléphone serait tombé… sous la barre des dix ans, en fonction des études.

L’abonnement mensuel à l’application MyTwiga est proposé à 4,90 € par mois en offre de lancement, puis passera à 7,90 €.