La durée du congé paternité va être doublée en 2021

SOCIAL Emmanuel Macron doit le confirmer ce mercredi lors d’un déplacement à Longjumeau (Essonne)

Delphine Bancaud

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La durée du congé paternité va être doublée en 2021
La durée du congé paternité va être doublée en 2021 — Pixabay
  • La durée du congé paternité sera doublée à partir du 1er juillet 2021. Elle passera de 11 jours actuellement à 25.
  • Une décision qui fait écho au rapport sur les « 1.000 premiers jours de l’enfant » de la commission présidée par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, rapport remis ce mardi soir au gouvernement.
  • Ce dernier préconisait d’étendre le congé paternité à neuf semaines.

Davantage de temps pour prendre son bébé dans les bras et organiser sa nouvelle vie familiale. Emmanuel Macron doit confirmer ce mercredi l’allongement du congé paternité – annoncé mardi soir par l’Elysée – lors d’un déplacement à la maison de la petite enfance et centre de protection maternelle et infantile (PMI) de Longjumeau (Essonne). « Sa durée sera doublée », précise l’Elysée. A partir du 1er juillet 2021, elle passera de 11 jours (week-end inclus) actuellement à 25 jours (week-end inclus également). Ils s’ajouteront aux trois jours auxquels ont déjà droit les pères lors de la naissance d’un enfant ou de l’arrivée au foyer d’un enfant adopté. Soit 28 jours pour pouponner, contre 14 jours aujourd’hui (11+3).

Une décision qui fait écho au rapport sur les « 1.000 premiers jours de l’enfant » de la commission présidée par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik remis ce mardi soir au secrétaire d’Etat à l’Enfance et aux Familles, Adrien Taquet. Rapport qui préconisait d’étendre le congé paternité à neuf semaines. La recommandation n’a donc pas été suivie. « Cette durée ne recueillait pas les suffrages des Français », assure-t-on à l’Elysée. Par ailleurs, le coût de la mesure n’aurait pas été le même pour les finances publiques. D’autant que selon les calculs du gouvernement, l’extension du congé paternité qui sera annoncée mercredi « coûtera déjà 260 millions d’euros en 2021 (puisque la mesure n’entrera en vigueur que le 1er juillet) et le double les années suivantes, soit autour de 500 millions [sur une année pleine] », indique l’Elysée.

Une mesure qui fait consensus

Cette annonce répond aussi à « une attente sociétale, car 80 % des Français se déclarent favorables à l’allongement du congé paternité », déclare l’entourage d’Emmanuel Macron. Et qui permet à la France de « rejoindre le peloton des pays européens proposant le plus long congé paternité, comme l’Espagne, la Finlande, la Norvège, le Portugal ».

Les bénéfices attendus d’une telle mesure pour les relations père-enfant sont évidents : « Le temps est un facteur important pour que le père puisse nouer un lien d’attachement avec son bébé », souligne l’Elysée. « Le fait que dès le début, le papa se penche aussi souvent sur le berceau que la mère va déconstruire les rôles stéréotypés dans la vie quotidienne des couples et renforcer la sécurité affective de l’enfant », renchérit Marie Donzel, directrice associée au sein du cabinet AlterNego, experte de l’innovation sociale. Une décision saluée aussi par Marie-Andrée Blanc, présidente de l’Union nationale des associations familiales (Unaf) : « De plus en plus d’hommes souhaitent s’investir dans la coparentalité. Mais on aurait aimé que la durée soit encore davantage allongée », déclare-t-elle.

« Ce congé paternité allongé va permettre d’alléger la charge mentale des mères »

Mais ce n’est pas tout. C’est aussi un geste fort en faveur de l’égalité femmes-hommes, « car la charge des premiers jours repose encore trop sur les femmes », souligne l’Elysée. Un avis partagé par Marie Donzel : « Ce congé paternité allongé va permettre d’alléger la charge mentale des mères, car les pères vont pouvoir partager avec elles la mise en place des responsabilités familiales. Et ils vont pouvoir mieux les soutenir après le traumatisme corporel qu’elles ont subi avec l’accouchement », indique-t-elle. C’est aussi un signal envoyé aux entreprises : « Cela manifeste l’entrée du salarié en parentalité et oblige l’employeur à la prendre en compte dans l’organisation du travail », souligne Marie Donzel.

Oui mais voilà, si le congé paternité est d’ores et déjà un droit, force est de constater que tous les salariés ne s’en saisissent pas. « Le taux de recours à ce congé optionnel, indemnisé par l’Assurance-maladie, est de 67 %. Il a très peu évolué depuis sa création en 2002 », indique l’Elysée. Et les salariés en CDD sont encore moins nombreux que les autres à s’en saisir (50 %). S’ils ne profitent pas de ce droit, « c’est en raison de leur charge de travail et de leur crainte de demander ce congé à leur employeur », explique l’Elysée. Mais selon Marie-Andrée Blanc, ce n’est pas la seule explication : « Tous les employeurs ne compensent pas la part de la rémunération non prise en charge par la Sécurité sociale. Donc certains salariés ne prennent pas leur congé paternité pour des raisons financières ».

Pour faire en sorte que le congé paternité soit davantage utilisé, le gouvernement a décidé qu’une partie soit prise obligatoirement par les pères. Sans préciser pour l’heure le nombre de jours qui seront concernés. Mais pour Marie Donzel, « il faudrait l’imposer dans sa totalité pour qu’il soit pleinement efficace ». Autre suggestion de Marie-Andrée Blanc : « L’ouvrir aux professions libérales et aux indépendants. »