Coronavirus à Lourdes : Comment l’industrie du cierge tente d’entretenir la flamme en pleine crise

COVID-19 La Ciergerie de Lourdes compte sur l’e-commerce pour limiter la casse, alors que l’économie de la cité mariale souffre énormément de l’épidémie de Covid-19

Nicolas Stival

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Une fidèle catholique en pèlerinage à Lourdes. illustration.
Une fidèle catholique en pèlerinage à Lourdes. illustration. — Alfred / Sipa
  • Le Covid-19 a fortement réduit l’affluence au sanctuaire de Lourdes, essentiel pour l’économique de la cité mariale des Hautes-Pyrénées.
  • Fournisseuse historique du sanctuaire, la Ciergerie de Lourdes a développé le commerce sur Internet pour ne pas sombrer.

Fermé pendant deux mois cette année de mi-mars à mi-mai – du jamais vu de mémoire de pèlerin – le sanctuaire de Lourdes  tourne depuis au ralenti. Le Covid-19 et ses conséquences ont mis à mal l’économie de la cité mariale des Hautes-Pyrénées, où la Vierge Marie serait apparue à la jeune Bernadette Soubirous en 1858.

« La fréquentation du sanctuaire a chuté de 80 % », observe Catherine Cervantes, responsable commerciale de la Ciergerie de Lourdes, dont le chiffre d’affaires s’élève à 1,2 million d’euros lors d’une année ordinaire. « En 2020, si nous faisons 20 % de cette somme, nous serons heureux », souffle-t-elle.

Entre 300 et 500 tonnes par an

Cette société familiale fondée en 1828, la seule de la ville dans sa spécialité, est la fournisseuse historique du sanctuaire. Malgré la concurrence espagnole, est-européenne et chinoise, elle produit de manière artisanale chaque année entre 300 et 500 tonnes de cierges et bougies à base de paraffine pour tous les événements (naissances, baptêmes, fêtes religieuses…).

Forcément, cette « entreprise du patrimoine vivant » (selon le label gouvernemental reçu en 2017) est frappée de plein fouet par la désertion des lieux, visités d’ordinaire chaque année par des millions de pèlerins. Aussi, la Ciergerie de Lourdes compte sur la plateforme d’e-commerce lancée le 26 février pour limiter la casse. « On l’a ouverte juste avant le confinement, précise Catherine Cervantes. Nous avions déjà un site vitrine et on s’est aperçu qu’on était consultés dans le monde entier et que beaucoup de gens voulaient acheter du cierge et de la bougie. »

Concurrence malicieuse

L’entreprise s’est dotée dans la foulée d’un logo (une flamme bleue avec la Vierge Marie auréolée de blanc à l’intérieur) pour se distinguer des petits malins aux pratiques pas très catholiques. « Tous nos cierges sont reconnaissables au bleu marial, celui de la ceinture de la Vierge, reprend la responsable commerciale. Nos concurrents, qui n’ont pas le droit de se servir de cette couleur, utilisaient du bleu mauve ou marine et les gens ne faisaient pas toujours la différence, d’où la création de cette marque. »

Pour l’heure, le site est en français, anglais et italien (la langue de 20 % des pèlerins de Lourdes), en attendant la version espagnole. Un internaute du bout du monde peut parfaitement se faire livrer un cierge de 70 kg à 475 euros. Moins cher, et plus facile à manipuler, le « best-seller » reste le coffret imaginé en pleine pandémie, avec son cierge de 20 cm et 130 grammes, à 9,90 euros l’unité.

« On l’a créé pour que les gens puissent l’offrir comme cadeau », explique Catherine Cervantes, dont l’entreprise emploie une quinzaine de salariés actuellement au chômage partiel. En attendant des jours meilleurs, dont l’horizon reste impossible à définir, tant le Covid-19 et son évolution font vaciller la flamme de Lourdes et du monde entier.