Ile-de-France : Le confinement a eu un effet « révélateur » pour des victimes de violences conjugales, selon un rapport

VIOLENCES Selon une consultation menée par l’association Hubertine Auclert, près de 5.000 Franciliennes ont contacté une association d’aide aux victimes de violences conjugales

C.Po.

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Violences conjugales: Schiappa annonce des "points contacts éphémères" dans les centres commerciaux
Violences conjugales: Schiappa annonce des "points contacts éphémères" dans les centres commerciaux — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Selon un rapport publié ce lundi, près de 5.000 franciliennes se sont rapprochées d’associations de violences faites aux femmes pendant le confinement.
  • Les associations ont constaté une hausse de victimes pour lesquelles le confinement a eu un effet "révélateur".
  • Les associations ont été confrontées à des difficultés en matière d’hébergement d’urgence.

C’était une des inquiétudes majeure des autorités pendant le confinement : l’augmentation, dans le huis clos familial, des violences faites aux femmes et aux enfants. Quatre mois après la fin de cette période, le centre Hubertine Auclert, qui œuvre pour l’égalité femmes-hommes, confirme, dans un rapport publié ce lundi, ces craintes. Selon une consultation menée auprès de 29 associations spécialisées franciliennes et onze collectivités, 3.453 femmes ont contacté ces structures entre le 16 mars et le 11 mai. Rapporté au nombre d’associations à l’échelle de la région, le rapport estime qu’au moins 5.000 femmes ont souffert de violences physiques, psychologiques ou sexuelles sous leur toit.

Les premières craintes sont venues avant même la fin du confinement. A Paris, les interventions de police-secours pour ce motif ont augmenté de 33 %. La grande majorité des associations interrogées ont également noté une augmentation des demandes de suivi de la part des femmes victimes de violence. Paradoxalement, le nombre de plaintes a fortement baissé pendant cette période, probablement parce que les victimes ont non seulement eu plus de mal à échapper à l’emprise de leur conjoint violent mais également parce que les conditions d’accueil au commissariat – file d’attente plus longue, parfois en extérieur – en ont découragé certaines.

Un effet « révélateur »

Ce huis clos familial a également eu un effet « révélateur », pour de nombreuses victimes, note le rapport. Les structures spécialisées ont ainsi constaté une augmentation du nombre de femmes qui ont pris contact pour la première fois avec elles. L’association Tremplin 94-Solidarité femmes, dans le Val-de-Marne, a par exemple, constaté une diversification de son public, avec notamment une augmentation du nombre de femmes plus jeunes, appartenant à des catégories socioprofessionnelles plus élevées. La structure Voix de femmes, qui lutte contre les mariages forcés, note également que 36 des 44 femmes qu’elles ont suivies pendant cette période leur étaient jusqu’à présent inconnues. Et les violences dénoncées ne sont plus uniquement d’ordre physiques : les sévices psychologiques, verbaux ou sexuels sont plus fréquemment rapportés, notent les associations.

Si les demandes de prise en charge ont augmenté, les associations ont été confrontées à de nouvelles difficultés, à commencer par le manque de places d’hébergement d’urgence. Si dans certains départements, des partenariats ont été passés avec les pouvoirs publics pour mettre à l’abri les femmes victimes ainsi que leurs enfants, dans d’autres, les associations ont été confrontées à une saturation du 115. Ce fut, selon le rapport, notamment l’Essonne et la Seine-Saint-Denis, où des solutions ont dû être « bricolées » pour mettre à l’abri ces victimes : nuitées d’hôtel aux frais de l’association, crowdfunding… Confrontées à ces difficultés et à une précarisation accrue, certaines femmes ont renoncé aux poursuites, voire coupé les liens avec ces associations.

Guichet unique

Pour faire face à cet afflux et anticiper un éventuel reconfinement, le rapport préconise – outre le développement de places d’hébergement d’urgence – la mise en place d’un « guichet unique » entre le public et le privé afin d’assurer l’accompagnement des femmes victimes de violence en temps de crise. Autre piste évoquée : pérenniser les dispositifs d’écoute mis en place pendant le confinement, notamment dans les pharmacies.