Coronavirus à Marseille : Y a-t-il un problème avec la fréquence des transports en commun ?

DEPLACEMENT A Marseille, ville la plus exposée au coronavirus ces dernières semaines, il devient difficile de respecter les règles de distanciation sociales aux heures de pointe, faute de cadence suffisante des transports en commun

Mathilde Ceilles
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Des personnes masquées attendent le bus à Marseille
Des personnes masquées attendent le bus à Marseille — Christophe Simon / AFP
  • A Marseille, le taux d’incidence du Covid-19 est le plus fort de France.
  • Malgré les demandes du préfet en ce sens, la RTM ne parvient pas à augmenter les cadences pendant les heures de pointe, faute de chauffeurs suffisants.
  • La métropole fait valoir de son côté une baisse de la fréquentation des transports en commun à Marseille.

Un samedi matin de septembre dans le métro le ton monte entre plusieurs usagers à Marseille. Une vieille dame s’offusque de voir un homme s’asseoir à côté d’elle, alors qu’une étiquette sur le dossier stipule que cette place doit rester vide afin de respecter la distanciation sociale.

L’homme lui rétorque que, de toute façon, compte tenu du monde dans la rame du métro, être assis ici ou debout plus loin ne constitue pas une grande différence sur le plan sanitaire. Une troisième passagère ajoute que ces mesures étaient valables pendant le confinement, et qu’il est désormais impossible dans le métro marseillais d’appliquer la règle de distanciation sociale recommandée par les autorités.

Quand le préfet s’en mêle

Cette anecdote, racontée par une lectrice de 20 Minutes qui a vécu la scène, reflète le malaise qui règne chez certains usagers de la RTM à Marseille depuis la rentrée. Alors que l’épidémie de coronavirus est particulièrement virulente dans la deuxième ville de France, certains métros et bus sont régulièrement bondés.

La situation inquiète jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, puisque même le préfet des Bouches-du-Rhône s’en est ému à l’occasion d’une conférence de presse sur les mesures sanitaires mises en œuvre pour lutter contre le Covid-19 à Marseille. « Je demande le renfort de cadencement des bus, des tramways et des métros », réclamait solennellement Christophe Mirmand lundi dernier.

Des soucis aux heures de pointe

Peu de temps après, la métropole répondait à cette réplique dans un communiqué surprenant. D’un côté, elle affirmait avoir demandé à la RTM « de renforcer l’offre de service aux heures de pointe », en augmentant le nombre de rames de métro et de tramways pour réduire le temps d’attente et en mobilisant quelques bus de réserve. De l’autre, elle sous-entendait le fait que ce renfort était utile « si la fréquentation le nécessite », alors que « la fréquentation globale est actuellement de 25 % inférieure à celle observée habituellement en période de rentrée ».

« Sur le plan de la distanciation sociale dans les transports, je trouve la situation globalement satisfaisante », se réjouit Pierre Durand, directeur général adjoint de ma RTM. Et de préciser aussitôt, « si on ne parle pas des périodes d’hyperpointe ». « On a des situations hyper contrastées et des problèmes sur certaines lignes, notamment les lignes de bus qui proviennent des quartiers populaires avec un public de scolaires », reconnaît-il. « Globalement, les bus sont remplis à 50 ou 60 % ; mais il y a des lignes où, dans les périodes de pointe, les bus accueillent entre 70 à 80 personnes, là où, avant le Covid, un bus plein accueillait 95 passagers. »

« Rien n’est insoluble »

Pourquoi donc ne pas renforcer la cadence sur ces lignes-là quand le besoin se fait sentir, c’est-à-dire aux heures de pointe, pour mieux protéger la santé des utilisateurs ? « La RTM est une entreprise comme les autres, rétorque Pierre Durand. Je dois adapter mon organisation à mes ressources. Aujourd’hui, avec le Covid, je fais face à un taux d’absentéisme de 15 %, là où habituellement il plafonne à moins de 7 %. Je manque de personnel. On a recruté 200 CDD durant la période estivale pour remplacer notamment ces arrêts maladie et je garde un maximum d’entre eux. Mais on fait le maximum, le fait est qu’on n’a pas assez de moyens humains. »

« La problématique n’est pas nouvelle, mais on ne peut pas se satisfaire d’une situation où on dirait : “tant pis, les gens s’entassent, on fait ce qu’on peut”, rétorque Audrey Gatian, nouvelle adjointe au maire de Marseille en charge des mobilités. J’entends qu’il y a un problème de personnel. Mais rien n’est insoluble. Des chauffeurs, ça se recrute, ça se forme. Les autres villes arrivent à recruter, je ne vois pas pourquoi Marseille ne pourrait pas y arriver. »

Et de lancer : « Nous allons entamer un dialogue avec la métropole dans les prochains jours pour les interpeller sur cette urgence et faire accélérer les choses. La situation ne peut perdurer, encore plus pendant cette crise sanitaire ». Contactée, la métropole n’a pas souhaité donner suite à nos sollicitations et renvoie à son communiqué envoyé la semaine dernière.