Journées du patrimoine : « Rester en France cet été a renforcé l’attachement des Français à leur patrimoine »

INTERVIEW Jean Viard, docteur en sociologie des vacances, revient pour « 20 Minutes » sur l’attachement aux Français à leur patrimoine, renforcé par un été passé principalement au pays

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

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Les journées du patrimoine, illustration
Les journées du patrimoine, illustration — Bufkens Cedric/SIPA
  • Ce week-end, ce sont les Journées du patrimoine et 20 Minutes s’est demandé si après un été passé principalement en France, les Français étaient retombés amoureux de leur pays.
  • Réponse avec Jean Viard, docteur en sociologie des vacances, pour qui la crise sanitaire et le confinement ont fait encore plus prendre conscience aux Français de la richesse de leur pays.
  • Approche locale, recherche de l’esprit de lieux… La France de l’authentique est plébiscitée depuis la crise sanitaire et économique liée à l’épidémie de nouveau coronavirus.

Coronavirus oblige, les Français ont pour la plupart passé leurs vacances d’été dans l’Hexagone. Preuve en est, le bilan présenté ce mercredi par Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat chargé du Tourisme : sur les Français partis en vacances en juillet et en août, l’écrasante majorité – 94 % – a choisi de (re) découvrir la France. Et que vous ayez admiré Cassis, que vous vous soyez fadé le GR20, que vous ayez flâné sur la Côte d’Azur ou admiré les charmes de la Bretagne, vous avez forcément entendu l’une de ces expressions : « Quand même, la France, quel beau pays » ou « on est quand même bien lotis en France ».

Alors, les Français sont-ils (re)tombés amoureux de leur beau pays cet été ? Réponse avec Jean Viard, docteur en sociologie des vacances, qui évoque « amour du patrimoine » (ça tombe bien ce sont les Journées du patrimoine) et « été patriotique ».

Les Français ont-ils redécouvert leur pays lors de ces vacances d’été ?

Les Français ont toujours beaucoup voyagé en France. Il y a toujours eu ce rapport charnel au pays, et l’épidémie liée au nouveau coronavirus l’a encore renforcé. C’est le propre des crises, cela crée de nouvelles tendances mais cela provoque aussi un renforcement net de tendance déjà forte. Reste que les Français ne sont pas vraiment restés en France par patriotisme, mais plus par opportunité géographique. En France, où que vous soyez, vous avez forcément la mer à trois-quatre heures de route. Or, la distance est le critère principal du choix de destination, plus c’est près, plus on est incité à y aller.

On ne va pas faire 1.000 km pour voir un endroit magnifique s’il y a un endroit tout aussi magnifique à 300 km. D’ailleurs, à part les Parisiens, qui voyagent partout en France souvent grâce à leur haut niveau de revenus, la plupart des Français passent en général des « vacances régionales ». Un Breton ira rarement à Marseille, par exemple, il aura tendance à privilégier sa région.

La crise sanitaire a-t-elle changé façon d’envisager les vacances et notre rapport au patrimoine français ?

Avec le confinement, ce qui était vu comme quelque chose de naturel – la proximité des beaux endroits et de la mer – est devenu un réel atout. Pouvoir bouger pas loin de chez soi est devenu un vrai besoin et les Français se sont rendu compte que la France offrait plein de possibilités. Ce qu’ont peu – ou pas – les Allemands, les Néerlandais ou les Britanniques. Ces derniers doivent faire beaucoup plus de kilomètres pour avoir accès à une plage agréable.

Avec la crainte de diffuser le virus et celle de tomber malade loin de chez soi, les Français ont renforcé leur ancrage local et ont choisi d’explorer leurs régions. D’ailleurs, une importante part des recettes touristiques de cet été est tirée des touristes locaux. Les Français au budget amputé par la crise économique et le chômage partiel ont également misé sur les sorties à la journée [une grande randonnée, un musée, une plage à deux heures de route, etc.], sans nuitée ailleurs qu’à la maison.

On parle beaucoup de nature et de plage, de patrimoine naturel mais le patrimoine architectural a-t-il bénéficié d’un « effet Covid-19 » ?

La crise liée à l’épidémie de Covid-19 a renforcé une tendance déjà nette : la recherche du patrimoine français, de l’esprit des lieux. A l’après-guerre, il y a eu le culte du béton et de la modernité. Avoir du béton, des ronds-points, des centres hypermodernes était considéré comme un atout touristique majeur. Depuis quelques années, on recherche le joli village sans rond-point. Ce qui était jadis un défaut est devenu un atout touristique. Avec le coronavirus et, surtout, le confinement, cette recherche de « l’authentique » s’est encore plus développée. Alors, oui, on peut donc dire que rester en France cet été a renforcé l’attachement au patrimoine français.