Migrants à Calais : Des associations demandent l’annulation de l’interdiction de distribuer des repas aux migrants

HUMANITE La préfecture a interdit la distribution de repas par des associations non mandatées, si bien que moins de repas seront distribués aux migrants et migrantes de Calais

20 Minutes avec AFP

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Dans un camp de migrants et migrantes près de Calais, en août.
Dans un camp de migrants et migrantes près de Calais, en août. — ERIC DESSONS/JDD/SIPA

Une douzaine associations d’aide aux migrants et migrantes ont contesté vendredi devant le tribunal administratif de Lille l’arrêté préfectoral leur interdisant de distribuer des repas dans le centre-ville de Calais, invoquant le droit à la dignité des personnes aidées, mais aussi le principe de fraternité. Le 10 septembre, par arrêté, la préfecture du Pas-de-Calais a interdit, jusqu’à la fin du mois, toute distribution gratuite de boissons et de nourriture par des associations non-mandatées par l’Etat dans une vingtaine de rues, quais et places du centre-ville.

Justifiant cette mesure par les « nuisances » causées par ces distributions et par le non-respect des mesures de distanciation sociale qui y prévaudrait, la préfecture soulignait que l’association La Vie Active, mandatée par l’Etat, pourvoyait aux besoins de migrants et migrantes. « Après l’évacuation de la jungle (en 2016), l’Etat a mis en place un dispositif d’accompagnement humanitaire », a insisté à l’audience le sous-préfet de Calais Michel Tournaire, estimant que l’Etat « assure pleinement un certain nombre de devoirs humanitaires ».

Les traversées vers l’Angleterre ont repris de plus belle

Alors que les traversées de la Manche sur de petites embarcations ont pris de l’ampleur et attirent à Calais de nouveaux migrants et migrantes désireuses de gagner l’Angleterre, des « troubles conséquents à l’ordre public et des problématiques d’insalubrité » ont augmenté à partir du mois de juillet, a justifié le représentant de l’Etat. Mais pour les associations, cette interdiction constitue une atteinte aux libertés fondamentales insuffisamment justifiée. « Nous sommes face à une mesure évidemment politique, personne n’est vraiment dupe des objectifs de la préfecture à ce sujet », a dénoncé leur avocat, Me Patrice Spinosi, estimant que l’Etat cherchait à « assécher le centre-ville par peur de l’appel d’air ».

S’appuyant sur le droit à la dignité des migrants mais aussi le « principe de fraternité », consacré par le Conseil constitutionnel en juillet 2018, il a déploré qu'« au-delà des associations, n’importe quel habitant qui souhaiterait aider un migrant dans un but humanitaire (soit) atteint ». « Ce n’est pas parce qu’un SDF toucherait le RMI que je n’ai pas le droit de lui distribuer un repas », s’est-il indigné. La décision est attendue lundi en fin de journée ou mardi.