Incendies aux Etats-Unis : Respirer la pollution causée par les feux en Californie revient-il à fumer « 20 paquets de cigarettes » ?

FAKE OFF Le gouverneur de Californie a assuré que respirer la pollution occasionnée par les incendies revenait à fumer « 20 paquets de cigarettes ». Des chercheurs expliquent pour « 20 Minutes » les conséquences de ces incendies pour la santé

Mathilde Cousin

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Gavin Newsom, le gouverneur de Californie, s'adresse aux médias depuis la cour de récréation d'une école endommagée par les incendies, à Auberry, le 15 septembre.
Gavin Newsom, le gouverneur de Californie, s'adresse aux médias depuis la cour de récréation d'une école endommagée par les incendies, à Auberry, le 15 septembre. — Visalia Times-Delta-USA TODAY NE/SIPA
  • Alors que la Californie et la côte ouest sont le théâtre de gigantesques incendies, le gouverneur de Californie a alerté sur la mauvaise qualité de l’air.
  • Gavin Newsom a assuré que respirer la pollution générée par les feux était équivalente à fumer « 20 paquets de cigarettes »
  • 20 Minutes revient avec des scientifiques sur cette déclaration et sur les dangers engendrés par une telle pollution de l’air.

San Francisco plongée dans une atmosphère rougeâtre. Des milliers d’hectares partis en fumée. Les gigantesques feux de forêt, qui détruisent la Californie et la côte ouest des Etats-Unis depuis des semaines, auront-ils des conséquences sur la santé des habitants ? Gavin Newsom, gouverneur de Californie, a procédé à une mise en garde dimanche sur la chaîne NBC.

« L’air que nous respirons actuellement est équivalent à fumer 20 paquets de cigarettes », a-t-il lancé, avant d’énumérer les effets des incendies sur la santé : « Attaques cérébrales, crises cardiaques, problèmes respiratoires ».

20 Minutes vérifie les affirmations de l’élu californien.

FAKE OFF

Le gouverneur utilise ici une image fréquemment utilisée pour évoquer le niveau de pollution de l’air. Une équipe de l’université de Berkeley avait estimé, en 2015, que passer une journée à Pékin pendant un épisode de pollution aggravée revenait à fumer l’équivalent de 1,5 cigarette.

« Je suis d’accord [avec le gouverneur] pour dire que la fumée des incendies est très nocive et qu’elle a des conséquences sur la santé, bien que le gouverneur se soit trompé lorsqu’il a parlé de 20 paquets de cigarettes, développe auprès de 20 Minutes Robert Rohde, scientifique principal à l’université de Berkeley. L’équivalent dans de nombreuses zones touchées par la fumée serait proche de 20 cigarettes par jour, même si 20 cigarettes, c’est quand même beaucoup. »

Des niveaux de polluants élevés

Comment le chercheur – rattaché à Berkeley Earth, l’unité qui a produit l’analyse sur Pékin – a-t-il obtenu cette comparaison ? L’équipe a examiné les effets du tabagisme et de la pollution atmosphérique sur la mortalité. « Nous avons déterminé quel niveau de pollution atmosphérique, sur une exposition à long terme, est similaire à certains niveaux de tabagisme. » Selon lui, 20ug/m3 de particules fines de type PM2,5 – observées lors des feux de forêt et également dans la pollution industrielle – augmente le risque de mortalité au même niveau qu’une cigarette par jour.

Les niveaux de polluants observés sur les lieux des incendies dépassent parfois500ug/m3. L’OMS recommande de ne pas dépasser 25ug/m3 sur 24 heures et 10ug/m3 sur un an.

Bonne Ford Hotmann, chercheuse à l’université de Colorado et autrice de plusieurs études sur l’impact des feux de forêt sur la santé, incite à prendre du recul sur les déclarations de Gavin Newsom. « Je pense que celui-ci essayait de faire comprendre que ce niveau de fumée est très dangereux et qu’il aura des effets à court et à long terme sur la santé de la population », explique-t-elle à 20 Minutes.

« Il est courant de mettre les concentrations de PM2,5 en termes d’équivalence de cigarettes pour aider les gens à mieux comprendre la gravité de l’exposition, souligne-t-elle. [Toutefois] il n’y a pas d’équivalence directe car la composition est différente, donc la toxicité est probablement différente. »

Des effets avérés sur la santé

Comme le rappelle le gouverneur, l’exposition à des fumées a des conséquences sur la santé. Des études « ont montré des effets mineurs comme l’irritation des yeux, la toux, l’écoulement nasal ; des effets plus graves nécessitant l’utilisation de médicaments de secours et des hospitalisations ; cela va même jusqu’à une mortalité prématurée », souligne Bonne Ford Hotmann.

La durée de l’exposition a un impact sur les risques encourus. « Être exposé, même une seule journée, a des effets », rappelle la scientifique.

« L’exacerbation de l’asthme, une toux, une augmentation de la pression artérielle » ou encore des hospitalisations ou des passages plus fréquents aux urgences sont des conséquences à court terme de l’exposition à la pollution de l’air, détaille auprès de 20 Minutes la docteure Julia Kravchenko, de l’école de médecine de l’université de Duke. Elle souligne que même une exposition en dessous du niveau recommandé par l’OMS peut avoir des conséquences sur la santé.

« Plus il y aura de gens exposés aux fumées sur le long terme, plus il y aura de dommages pour leurs poumons »

Les effets à long terme de la pollution de l’air créée par des activités industrielles sont plus documentés que les effets de la celle suscitée par les feux de forêts. « C’est évident que la pollution [créée par ces incendies] n’est pas bonne, mais nous ne savons pas si elle est pire que la pollution industrielle traditionnelle, ou peut-être un peu moins mauvaise que la pollution industrielle », développe Robert Rohde.

Une exposition chronique à ces particules PM2,5 « a des effets très négatifs sur la santé », rappelle Bonne Ford. « Plus il y aura de gens exposés aux fumées sur le long terme, plus il y aura de dommages pour leurs poumons. »

L’intensité et la durée des feux de forêts devraient s’intensifier dans le temps. « Il est raisonnable de s’attendre à une augmentation des conséquences sur la santé », conclut Robert Rohde.