Rentrée : Le coronavirus met un frein à l’arrivée des étudiants étrangers dans les universités et les écoles

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Pandémie oblige, certains étudiants internationaux ont renoncé à poursuivre leurs études en France cette année

Delphine Bancaud

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Cette année, les étudiants étrangers seront moins nombreux dans les universités.
Cette année, les étudiants étrangers seront moins nombreux dans les universités. — Pixabay
  • La baisse du nombre d’étudiants étrangers devrait être de l’ordre de 20 %, selon Campus France.
  • Pour limiter la casse, le gouvernement a notamment publié mi-août une circulaire qui rend les étudiants et les chercheurs étrangers prioritaires dans l’examen de leur demande de visa.
  • Recherche, rayonnement, finances… Cette baisse pourrait avoir de multiples conséquences négatives à long terme.

La France ressemblera moins à une auberge espagnole cette année. Car en raison de la crise sanitaire liée au coronavirus, les étudiants étrangers seront moins nombreux sur les campus à cette rentrée. Interrogé par 20 Minutes, le ministère de l’Enseignement supérieur n’avance encore aucun chiffre précis, car la rentrée pour les étudiants étrangers a été décalée au 30 septembre pour les écoles, et au 15 octobre pour les universités. « Certains pays sont très en retard sur la délivrance de leurs propres diplômes, ce qui diffère d’autant les démarches administratives des candidats aux études en France. Et les conditions sanitaires locales peuvent avoir un impact sur les créneaux d’ouverture des services consulaires », explique-t-on dans l’entourage de la ministre, Frédérique Vidal.

Mais même si les chiffres ne sont pas stabilisés, on sait déjà que la tendance sera à la baisse : « On table sur une baisse de 20 % du flux d’étudiants internationaux. Et cette baisse sera plus importante pour les jeunes venant d’Asie et d’Amérique, dont les demandes de visas sont en baisse de 40 % en septembre par rapport à la même période l’an dernier », constate Florent Bonaventure, directeur des études à Campus France (organisme public qui promeut l’enseignement supérieur à l’étranger). « A ce stade, en matière de visas, les demandes sont à peu près de même niveau que l’année dernière pour l’Afrique, le Maghreb et le Moyen-Orient. Les manques concernent surtout l’Asie et l’Amérique latine. Et la baisse concerne surtout les universités », complète le ministère de l’Enseignement supérieur. Ce que confirme Gilles Roussel, président de la Conférence des présidents d’université : « Les étudiants internationaux ont beaucoup de mal à arriver dans nos établissements. Et on présage une baisse, sachant que beaucoup d’entre eux son en L3 et en masters ».

« Des frontières sont encore fermées et les vols ont été restreints »

Outre la plus grande difficulté à demander un visa, d’autres raisons expliquent cette baisse. « Des frontières sont encore fermées et les vols ont été restreints », souligne Florent Bonaventure. « Certaines familles ont sans doute des réticences à envoyer les étudiants en France, car elles redoutent une dégradation de la situation sanitaire et préfèrent reporter ce projet », explique Orlane François, présidente de la Fage, fédération d’étudiants.

Pour limiter la casse, le gouvernement a publié mi-août une circulaire qui rend les étudiants et les chercheurs étrangers prioritaires dans l’examen de leur demande de visa. « C’est une bonne mesure, car nous avions notamment des retours de démarches complexes pour demander un visa concernant les étudiants algériens », indique Orlane François.

Des conséquences multiples

Par ailleurs, pour les étudiants internationaux qui se verraient empêchés de venir en France en ce début d’année, le ministère de l’Enseignement supérieur propose une solution : un dispositif expérimental baptisé « Enseignement Numérique France ». Il permettra aux étudiants étrangers « d’accéder à un campus connecté. Et ce dans 7 pays qui ont souhaité s’associer à l’expérimentation. Les étudiants y disposeront d’une formation à distance opérée par l’établissement où ils sont inscrits et d’un accompagnement par un tuteur. Ils pourront aussi y consolider leur connaissance de la langue et de la culture française avant leur arrivée en France », explique l’entourage de Frédérique Vidal. Mais pour les inciter encore plus à venir, « il faut rassurer encore les familles sur les consignes sanitaires en vigueur dans nos établissements​ », indique Florent Bonaventure.

Quant aux perspectives pour 2021, elles demeurent incertaines : « Cela dépendra de l’ampleur de la crise économique mondiale. Car si elle est importante, davantage de familles auront tendance à reporter les séjours de leurs enfants à l’étranger », avance Florent Bonaventure. Si elle se prolonge dans le temps, cette baisse du nombre d’étudiants étrangers aura forcément des conséquences pour les établissements du supérieur. D’abord sur la recherche : « 40 % de nos doctorants sont étrangers », souligne Florent Bonaventure. Mais aussi sur le rayonnement d’un établissement : « Le nombre d’étudiants étrangers dans un établissement est pris en compte dans les classements internationaux. Et leur présence favorise l’ouverture internationale de nos propres étudiants, incite des enseignants étrangers à venir enseigner chez nous… », énumère-t-il. Leurs expériences sur notre sol favorisent aussi l’attractivité de la destination France sur le long terme : « les étudiants qui viennent en France racontent leur expérience à leurs amis et leur donnent envie de venir », constate Orlane François. Enfin, l’impact sera aussi financier pour les écoles privées.