Grève du 17 septembre : Des masques et des slogans… On a suivi la manif de rentrée à Paris

REPORTAGE 10.000 personnes ont défilé dans les rues de la capitale, selon les syndicats

Nicolas Raffin

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Manifestation du 17 septembre 2020 à Paris.
Manifestation du 17 septembre 2020 à Paris. — Nicolas Raffin/20 Minutes
  • Plusieurs syndicats (CGT, FSU, Solidaires) et organisations étudiantes ont défilé ce jeudi 17 septembre.
  • Ils demandent que la question sociale (hausse des salaires, emploi) ne soit pas occultée par la crise sanitaire.
  • L’épidémie de coronavirus n’a pas perturbé les habitudes des manifestants.

En fermant un peu les yeux, la manifestation de ce jeudi 17 septembre à Paris ressemble beaucoup aux mobilisations de rentrée des années précédentes. Mêmes camions sonos, mêmes slogans, même verre de rhum 7 ans d’âge à 3 euros à la buvette, même colère contre un gouvernement jugé insensible à la question sociale, et même inquiétude pour l’emploi. Voilà pour les ressemblances. Car en ouvrant les yeux, on découvre des milliers de manifestants masqués et censés appliquer les gestes barrières contre le coronavirus​.

Le port du masque étant de toute façon obligatoire à Paris, le taux de couverture des bouches et des narines protestataires oscille entre 99,5 % et 100 % dans le cortège. Si une pancarte dénonce une « dictature sanitaire », peu de personnes tiennent un discours anti-masque. « Ils ne servent à rien » jure Hervé. Ce qui n’empêche pas cet éboueur de respecter la loi : « je ne veux pas me prendre une amende ! ». Sage décision, sachant que les manifestants sont encadrés de près par les CRS, et que personne n’a envie d’essayer de retirer son bout de tissu pour voir quelles sont les conséquences.

« Certains collègues ne sont pas venus »

Non, pour trouver les mauvais élèves, il faut regarder du côté des confrères journalistes, qui s’agglutinent pour interviewer Philippe Martinez et en oublient le principe de distanciation physique. Derrière son masque blanc, le leader de la CGT l’affirme : « Il y a beaucoup de colère, et en même temps le climat est anxiogène ». Les derniers bilans montrent en effet une augmentation des entrées en réanimation et le ministre de la Santé, Olivier Véran, a expliqué ce jeudi après-midi que certains territoires comme Marseille pourraient avoir des « restrictions encore plus fortes » en raison de la circulation du virus.

Le contexte n’est donc pas facile à gérer pour ceux qui veulent se mobiliser. « Certains collègues habitués à faire les manifestations ne sont pas venus cette fois-ci, car ils sont trop stressés par le coronavirus », reconnaît Myriam, qui travaille au ministère des Finances publiques à Bercy. Elle, en revanche, n’est pas inquiète : « même si les distances ne sont pas respectées, on est à l’extérieur. Et puis on n’est pas censé se toucher les uns les autres ». « Tant que les gens portent le masque, ce n’est pas très grave », se rassure Ishbel, qui travaille à l’hôpital.

« Je prends autant de risques ici qu’en faisant mes courses »

Défiler en période épidémique n’est pas non plus un problème pour Hichem Aktouche, secrétaire du syndicat Sud Commerces en Ile-de-France : « Je prends autant de risques en venant ici qu’en faisant mes courses le soir » assure-t-il. Avant d’ironiser : « Avant, on avait déjà des masques en manif, mais pour se protéger des gaz lacrymogènes ! ».

Les nouvelles contraintes n’empêchent pas les manifestants de garder l’essentiel à l’esprit. Entre mars (début du confinement) et fin août, 345 plans de « sauvegarde de l’emploi » (PSE), ou plan sociaux en langage moins diplomatique, ont été recensés en France. C’est quasiment 50 % de plus que l’année passée. Alors que le PIB devrait plonger de 10 % cette année, la liste des fermetures d’entreprise va très probablement s’allonger, et avec elle, le nombre de cortèges. Les manifestants croisés cet après-midi le rappellent à leur manière : pas question de laisser la question sociale s’effacer derrière l’urgence sanitaire. Sur les bords des masques du service d’ordre de la CGT, un slogan a été brodé : « Masqué, pas muselé ».