Masque, distanciation, cours en ligne… Comment va se passer la rentrée sur fond de Covid pour les étudiants ?

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Des cas de Covid-19 ont déjà été recensés dans une dizaine d’établissements de l’enseignement supérieur

Delphine Bancaud avec Hugo Van Acker

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Des étudiants dans un amphithéâtre
Des étudiants dans un amphithéâtre — E. Frisullo / 20 Minutes
  • Alors même si l’épidémie de coronavirus rebondit actuellement dans notre pays, les établissements de l’enseignement supérieur ne sont pas épargnés.
  • Hormis le port du masque, obligatoire dans tous les établissements, chaque université ou école a pris des mesures spécifiques pour freiner la propagation du virus.
  • Mais il sera difficile de contrôler le comportement des étudiants hors de leurs établissements, alors que les fêtes privées sont montrées du doigt.

« La jeunesse paie le prix fort de la crise sanitaire » a reconnu ce mardi la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, lors de sa conférence de presse de rentrée. Mais pas question pour autant selon elle de parler de « génération sacrifiée ».

Alors même si l’épidémie de coronavirus rebondit actuellement dans notre pays, le ministère et les établissements du supérieur ont mis en place des mesures pour contenir le risque. Non sans difficultés. 20 Minutes fait le point alors que les prérentrées ont déjà eu lieu pour les premières années.

Combien d’établissements sont fermés ?

« Dans une dizaine de sites, des cas de coronavirus sont signalés », a annoncé ce mardi Frédérique Vidal. Selon le syndicat étudiant Unef, il s’agit de 13 établissements : Sciences Po Reims, l’Ecole des Mines de Nancy, l’Ecole centrale à Lyon, l’ICAM à Toulouse, l’université de Nantes en 2e et 3e année de médecine, Sciences Po Lille, l’université catholique de Lille, l’IAE de Marseille, l’université d’Amiens, l’université Rennes, l’université de Nice, de Poitiers et de Bordeaux.

Des décisions de fermeture d’un département, d'un campus ou d’un établissement entier ont été parfois décidées conjointement par le recteur, l’ARS, le préfet et le responsable d’établissement. Dans d'autres cas, des élèves ont été renvoyés chez eux sept jours. 

Quelles mesures sanitaires sont prises dans les établissements ?

Le port du masque est obligatoire en toutes circonstances dans les écoles de l’enseignement supérieur et les universités pour la rentrée. Une ​circulaire envoyée aux présidents d’universités et directeurs d’écoles précise les consignes. Et quatre scenarii sont prévus selon les situations sanitaires locales. Dans le premier, quand il n’y a pas de cluster, la rentrée a lieu de façon normale, tous les cours étant maintenus, avec les étudiants masqués et avec la distanciation physique « chaque fois que c’est possible », a rappelé Frédérique Vidal. Le deuxième prévoit une hybridation de l’enseignement, avec des cours en présentiel (maintien de travaux dirigés en groupe restreint, limitation de l’accès aux espaces pédagogiques) et des cours à distance (ceux en amphi). La troisième situation impose la suspension de toute activité pédagogique présentielle et la fermeture des espaces pédagogiques et de vie étudiante. La quatrième table sur un enseignement en distanciel total avec la fermeture des espaces pédagogiques, de recherche et des services administratifs (qui seront en télétravail ). Le ministère a prévu 35 millions d’euros pour aider les établissements du supérieur à concevoir des cours en ligne.

Mais les universités étant autonomes, chacune a trouvé en plus ses propres solutions favorisant la sécurisation des étudiants. « Ce sont les chefs d’établissements qui prennent les décisions », a rappelé Frédérique Vidal. « Toutes les universités ont gradué leurs réponses en fonction de la situation sanitaire », avait expliqué Olivier Laboux, vice-président de la Conférence des présidents d’université, lors d’une conférence de presse la semaine dernière. Dans certaines universités, une place sur deux a été supprimée dans les amphis pour favoriser la distanciation sociale, comme à l’université de Nantes. D’autres ont organisé des barnums de tests devant leurs locaux, pour inciter les étudiants à se faire tester. « Dans ma fac, une place sur deux est condamnée en amphi. Et les cours se déroulent une semaine en présentiel et une semaine en distanciel », témoigne par exemple Clara, en L2 Droit à l’université de Sceaux.

Pourquoi y a-t-il un rebond de l’épidémie dans ces établissements ?

Le port du masque est globalement bien respecté par les étudiants. Mais certains font état d’amphis bondés et mal ventilés, des entrées et des sorties de TD qui se font en même temps, ce qui empêche la distanciation sociale. « Les cours en amphi sont inquiétants. Il n’y a aucun écart entre nous, pas d’espace… Je ne comprends pas pourquoi les cours à distance ne sont pas privilégiés », témoigne Cristina, en L3 de lettres à l’université Paris Sorbonne. « Le resto U est le pire endroit, il n’y a aucune distance entre nous. Tout le monde se dit bonjour, c’est la catastrophe », raconte aussi Clara, en L2 Droit à l’université de Sceaux.

Une situation qui s’explique par une inégalité de moyens des universités, selon les organisations étudiantes, certaines ayant des locaux exigus, ne pouvant pas dédoubler certains cours… « Une première mesure efficace serait de distribuer en masse et gratuitement des masques à chacun et de renforcer la politique de dépistage au plus proche des centres universitaires », a recommandé Orlane François, présidente de la Fage, sur France Info. « Il faut embaucher des contractuels pour dédoubler des classes », suggère de son côté Mélanie Luce, présidente de l’Unef. Par ailleurs, sur les réseaux sociaux, des images de fêtes étudiantes tournent ces dernières semaines, lors desquelles certains abandonnent les gestes barrières. Idem dans certaines soirées chez des amis, ou lorsque les étudiants privatisent de bars. « Or, les jeunes sont souvent asymptomatiques. Et ils ont moins tendance à réaliser qu’ils peuvent transmettre la maladie », a expliqué Frédérique Vidal.

Comment mieux contrôler les fêtes étudiantes ?

Dans les Bouches-du-Rhône et en Nouvelle-Aquitaine, les préfets ont interdit les fêtes étudiantes. Dans les autres régions, le ministère ne peut que compter sur le bon vouloir des étudiants. « Ce que je peux faire concrètement, c’est faire appel à leur sens de la responsabilité. Ce sont des adultes, ils sont capables de comprendre », a indiqué Frédérique Vidal.

Le ministère veut aussi s’appuyer sur les organisations étudiantes pour porter sur le terrain les messages de prévention. Certaines associations étudiantes ont d’ores et déjà renoncé aux rituels festifs : « Nous n’aurons pas de week-end d’intégration cette année », indique Floriane, en L3 relations internationales à l’université Paris-Sorbonne.