« Gilets jaunes » : Pour sa rentrée, le mouvement mobilise moins, quelques tensions

MOBILISATION Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes à Paris, dans le secteur de la place Wagram, mais aussi à Toulouse et Lyon, où la manifestation était interdite

20 Minutes avec AFP

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Des gilets jaunes sur la place de la Bourse, à Paris, samedi 12 septembre.
Des gilets jaunes sur la place de la Bourse, à Paris, samedi 12 septembre. — AFP

Pour leur mobilisation de rentrée après une longue pause, les « gilets jaunes » n’ont pas réussi, en pleine épidémie de coronavirus, à mobiliser autant qu’auparavant, ce samedi, et les cortèges ont été émaillés de heurts. Ils étaient 8.500 rassemblés ce samedi en France, dont 2.500 à Paris, selon le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin en déplacement à la préfecture de police de Paris.

« Ces manifestations ont pu se tenir dans un calme qui permet à l’ordre républicain d’être tenu », a-t-il déclaré. Dans le nord-ouest de la capitale, proche de la place Wagram, lieu de rassemblement, des affrontements ont éclaté tout au long de l’après-midi entre manifestants et forces de l’ordre. Des poubelles ont été incendiées, le mobilier urbain renversé et deux voitures ont été brûlées.

Tensions place Wagram

De leur côté, les forces de l’ordre ont tiré des grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants après un « départ en cortège sauvage », selon la Préfecture de police. Cette dernière a « rappelé que les manifestants doivent suivre le cortège déclaré ». A 20h, 287 personnes avaient été interpellées (dont 275 dans la capitale) et selon le parquet de Paris, 147 personnes étaient en garde à vue.

Quelque 200 manifestants étaient présents dès 10h sur la place de la Bourse, où le départ du cortège a eu lieu à midi. Arrivé peu après 10h, l’humoriste Jean-Marie Bigard a été accueilli par des huées « Bigard collabo ! ». Il s’est réfugié un moment dans un restaurant de la place avant d’être contraint de quitter les lieux.

« Le mouvement est mort, je le dis clairement, mais on est là car rien à perdre. C’est un peu un baroud d’honneur », a confié Michael, « gilet jaune » parisien de 43 ans. « Ça fait quelques mois que le mouvement est en échec, mais il ne sera jamais mort », estime au contraire Stéphane, 48 ans, venu du Val-de-Marne. « Plus les licenciements vont augmenter, plus ça va se réveiller », anticipe-t-il.

Dans les rangs clairsemés, reviennent dans les conversations, la déception de la faible participation du jour et l’évocation nostalgique des souvenirs des grandes manifestations passées. « Pouvoir remplir son frigo dignement », « Demain le ciel sera jaune », clament les pancartes du second cortège. Partis dans le calme depuis la place de la Bourse, les manifestants – quelques centaines – doivent rallier la porte de Champerret.

« Ça fait du bien d’être ensemble même si ça manque de monde, on se demande pourquoi les gens ne sont pas sensibilisés », regrette Michael, agent de la fonction publique, 50 ans, qui préfère garder l’anonymat. Il évoque pêle-mêle parmi ses motivations : « la casse sociale et économique », « nos libertés fondamentales de plus en plus atteintes », avant d’ajouter « et on nous masque toute cette offensive contre nos droits avec un pseudo-feuilleton du Covid ».

Un « superviseur » pour chaque porteur de LBD

Né il y a presque deux ans, le 17 novembre 2018, le mouvement citoyen des « gilets jaunes », anti-élites et qui lutte pour davantage de justice fiscale et sociale, cherche son second souffle. Il avait réussi la première année à secouer la France, entre occupations de ronds-points et manifestations parfois violentes, dont les images ont fait le tour du monde.

Sur les Champs-Elysées, où deux manifestations ont été interdites par la préfecture de police, un important dispositif policier était déployé pour procéder à des contrôles d’identité et des fouilles des sacs sur l’avenue et dans les rues adjacentes, bien en amont. De nombreux commerçants avaient également barricadé leurs vitrines.

« Il ne peut pas y avoir de destructions, de chaos sur les Champs-Elysées », a prévenu le préfet de police Didier Lallement lors d’un point presse en haut de l’avenue en tout début de matinée. Il a par ailleurs confirmé la présence, dès ce samedi, d’un « superviseur » pour chaque porteur de LBD afin d’aider « à la maîtrise et au bon usage » de cette arme, et le retrait des anciennes grenades à main de désencerclement (GMD) remplacées par un nouveau modèle, réputé moins dangereux, conformément aux annonces du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin vendredi.

« Rien n’a changé »

Dans la matinée, une trentaine de « gilets jaunes » ont brièvement pénétré dans le parking et le hall du siège de BFMTV, à Paris, prenant à partie des journalistes et bousculant des agents de sécurité. La direction de la chaîne a déposé plainte.

Habitant de Pau, « Dodo », 53 ans, avait fait le déplacement jusqu’à Toulouse : « Je n’étais pas " gilet jaune " au départ mais les choses ne font qu’empirer pour les gens en situation de pauvreté. Rien n’a changé après deux ans de lutte ». Dans le centre de la Ville Rose, plusieurs centaines de « gilets jaunes » étaient au rendez-vous malgré l’interdiction de manifester pour raison sanitaire. Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène, tout comme à Lyon où la manifestation était aussi interdite.

A Colmar, entre 100 et 150 « gilets jaunes » ont posé à l’aide d’une échelle un grand masque jaune sur le visage de la Statue de la liberté, une réplique installée sur un rond-point à l’entrée de la ville. A Bordeaux, ancien bastion des « gilets jaunes », la manifestation a rassemblé 500 personnes dans le calme. « Tant que la colère sociale sera là, tant que les gens seront de plus en plus précaires, la colère sociale ne s’éteindra pas », a estimé masque sur le nez, Antoine Boudinet, figure locale du mouvement après avoir eu la main arrachée par une grenade lacrymogène, en marge d’une manifestation.