Non, la France ne cache pas les chiffres de ses cambriolages à Europol et à Interpol

FAKE OFF Un criminologue invité sur LCI a affirmé, à tort, que la France se refusait, depuis plusieurs années, à communiquer les chiffres des cambriolages constatés sur son sol à ces deux agences internationales de lutte contre la crminalité

Alexis Orsini

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Des policiers à Paris, en janvier 2018. (illustration)
Des policiers à Paris, en janvier 2018. (illustration) — Theo Duval/SIPA
  • Invité de l'émission « Brunet Direct » sur LCI, lundi 7 septembre, le criminologue Xavier Raufer a affirmé que la France avait cessé de communiquer ses statistiques de cambriolage à Europol et à Interpol depuis 2017.
  • Ce revirement s'expliquerait, selon lui, par de mauvais chiffres. 
  • Or, ni Europol ni Interpol ne compilent les données criminelles de ses Etats membres : la France n'a donc jamais eu vocation à fournir de tels chiffres, hormis dans le cadre d'enquêtes criminelles spécifiques.

« La confiance, ça passe par la transparence ». En évoquant, ces derniers jours, la possibilité d’un point presse mensuel sur les résultats des forces de l’ordre, Gérald Darmanin n’a pas seulement soulevé l’inquiétude d’une pression accrue par une politique du chiffre : il a aussi prêté le flanc de son ministère à une critique du criminologue Xavier Raufer sur LCI, lundi 7 septembre.

« En matière de transmission de données criminelles, le ministre de l’Intérieur triche tant et plus. […] Ca fait depuis 2017 […] que la France ne communique pas, ni à Europol ni à Interpol, les chiffres du nombre de cambriolages en France, parce qu’ils sont affreux », a-t-il ainsi affirmé lors d’une séquence reprise sur Twitter – notamment par Jean Messiha, membre du bureau national du Rassemblement national (RN).

Et si ces « révélations » ne suffisaient pas à elles seules à susciter l’émoi des téléspectateurs, l’indignation, dans la foulée, du journaliste Eric Brunet, entendait souligner l’ampleur de cette affirmation : « On est dans une démocratie à ce point opaque, qui se fout à ce point des citoyens, qu’on ne communique pas, comme ça, les chiffres ? »

Or, la prétendue « opacité » autour de ces chiffres n’a rien de choquant… puisque les deux institutions internationales en question ne communiquent tout simplement pas ce type de statistiques.

FAKE OFF

Contacté par 20 Minutes, le Service d’information et de communication de la police nationale (Sicop) l’explique ainsi : « Ni Interpol ni Europol n’ont vocation à centraliser les statistiques de la criminalité de chaque Etat membre. Leur objectif est de faciliter la coopération internationale. Dans ce cadre, ils peuvent, en cas de besoin, adresser une demande d’analyse à leurs Etats membres pour obtenir des données stratégiques et la France y répond systématiquement. »

Si Interpol n’avait pas donné suite à nos sollicitations avant la publication de l’article, Europol, l’agence européenne spécialisée dans la répression de la criminalité, nous confirme, par la voix de sa porte-parole, ce mode de fonctionnement : « Nous ne donnons pas de statistiques globales sur les types de crimes ou de délits. L’échange d’informations entre Etats membres se fait de manière volontaire, il n’y a pas de mécanisme obligatoire de partage : les Etats sont libres de décider ce qu’ils partagent ou non. »

« De plus, ces éléments doivent répondre à des critères bien précis pour être acceptés. Il faut notamment qu’il y ait implication du crime organisé et qu’au moins deux Etats membres soient visés par le même groupe pour qu’Europol puisse initier une enquête sur le sujet. Les cambriolages impliquant deux personnes dans un village, par exemple, ne peuvent pas être pris en compte », poursuit Europol.

Les chiffres des cambriolages, accessibles à tous

La nature des échanges entre la France et Interpol comme Europol n’a donc pas changé depuis 2017 : elle a toujours été la même. En 2019, l’agence européenne se félicitait d'ailleurs d’avoir arrêté un groupe de cambrioleurs grâce à l’aide de la France et de la Roumanie – un an après qu’Interpol ait communiqué sur une opération similaire dans l’Hexagone.

« Ces derniers mois, durant l’épidémie de Covid-19, Interpol et Europol ont régulièrement sollicité la France pour connaître l’impact du confinement en matière de criminalité, et notamment de cambriolages », ajoute pour sa part le Sicop.

Les chiffres des cambriolages sont enfin loin d’être dissimulés au public puisqu’ils sont accessibles, au même titre que tous les autres crimes et délits enregistrés par les forces de l’ordre depuis 1996, sur le site en open data du gouvernement. 

Toute la problématique des données relatives à la délinquance réside cependant dans la façon dont elles sont comptabilisées (ou non) : en 2014, un rapport interne du ministère de l'Intérieur révélait que la préfecture de police, notamment, avait mis au point tout un système pour minorer ces statistiques sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy.