Lyon : 94 km « d’urbanisme tactique » puis un « réseau express »... Que prévoit la métropole écolo pour les cyclistes ?

MODES DOUX 43 km d’aménagements cyclables ont été lancés depuis le début du déconfinement en mai, selon la nouvelle métropole écologiste de Lyon

Jérémy Laugier

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L'avenue de Saxe est revenue depuis un mois dans sa configuration de déconfinement, avec une voie dédiée aux bus et vélos, et une autre voie souvent embouteillée pour les voitures.
L'avenue de Saxe est revenue depuis un mois dans sa configuration de déconfinement, avec une voie dédiée aux bus et vélos, et une autre voie souvent embouteillée pour les voitures. — Jérémy Laugier/20 Minutes
  • Au moment du déconfinement en mai, « l’urbanisme tactique » a fait son apparition au sein de la métropole, et plus encore depuis le succès d’EELV lors des élections municipales.
  • Nouveau vice-président de la métropole de Lyon délégué à la voirie et aux mobilités actives, Fabien Bagnon présente à 20 Minutes les projets de nombreuses voies cyclables.

L’avenue de Saxe, entre les métros Saxe-Gambetta et Foch, a été un feuilleton de l’été lyonnais. En mai, lors du  déconfinement, les équipes de David Kimelfeld, ancien président de la métropole de Lyon, ont transformé l’une des deux voies de cet axe majeur en un couloir dédié aux bus et aux cyclistes. Un mois plus tard, cette voie est redevenue accessible aux automobilistes… puis seulement aux bus et modes doux en août avec l’arrivée de l’écologiste Bruno Bernard à la tête de la métropole.

« Le contexte électoral a beaucoup joué dans les choix de David Kimelfeld concernant l’urbanisme tactique, estime Fabien Bagnon, nouveau vice-président de la métropole de Lyon délégué à la voirie et aux mobilités actives. On a pu se rendre compte durant une période test que chaque jour, grâce à ce couloir, 7.000 Lyonnais gagnaient beaucoup de temps, parmi lesquels les cyclistes mais surtout les utilisateurs du bus C4. Les automobilistes ne perdaient de leur côté que quelques minutes de plus que dans la configuration d’antan. »

« De nouvelles sections parfois limite dangereuses »

Si bien que la métropole de Lyon indique avoir lancé 43 km d’aménagements depuis le mois de mai, dont une trentaine pendant l’été avec le virage EELV. Des projets sont actuellement à l’étude à Lyon, Tassin-la-Demi-Lune, Caluire et Villeurbanne pour atteindre 94 km de pistes cyclables d’ici la fin de l’année.

« Il est certain que même si on est déjà mieux lotis ici qu’à Marseille par exemple, on attend les écologistes au tournant sur la problématique des pistes cyclables, confie Eric (25 ans), qui ne se déplace qu’à vélo. Certaines nouvelles sections pour les deux roues sont limite dangereuses, tant il y a souvent des voitures garées n’importe comment dessus. »

A l'image du cours Gambetta ici, les automobilistes lyonnais se garent très souvent en double file, ce qui agace de nombreux cyclistes.
A l'image du cours Gambetta ici, les automobilistes lyonnais se garent très souvent en double file, ce qui agace de nombreux cyclistes. - Jérémy Laugier/20 Minutes

« Seules les mobilités inefficaces se voient »

Côté automobilistes, Bernard (51 ans) trouve que « ces nouvelles voies pour les vélos sont quasiment tout le temps vides pendant que nous nous embourbons dans les bouchons ». Les conséquences de ce récent « urbanisme tactique » ? « Seules les mobilités inefficaces se voient, répond Fabien Bagnon. Or là, avec les vélos, il y a peu d’embouteillages, tout est fluide et discret. Certains chiffres sont sidérants, comme la hausse de 36 % de la fréquentation des vélos dans la métropole par rapport à septembre 2019. »

De même, la métropole estime à 15.500 vélos le trafic quotidien sur les quais du Rhône, contre environ 10.000 avant le confinement. A l’image de la situation depuis plusieurs années à Grenoble, les automobilistes lyonnais doivent-ils redouter d’être laissés pour compte durant ce mandat écologiste, à la ville comme à la métropole ? « Il y a évidemment une surutilisation de la voiture à Lyon, où sa vitesse moyenne n’est que de 14 km/h, indique Fabien Bagnon, qui était auparavant président de l’association La Ville à Vélo. On veut donc donner aux automobilistes une offre alternative à la voiture. Je sais que plein de gens ont envie d’avoir une mobilité plus efficace que la voiture individuelle. »

450 km de réseau express vélo visés… d’ici 2030

Dans un contexte « d’état d’urgence écologique », la métropole opte donc dans un premier temps pour « de l’urbanisme de transition », qui ne convainc pas totalement les cyclistes. « Il y a encore du boulot car c’est vraiment compliqué de partager un couloir avec un bus mais aussi avec les trottinettes. Nous avons tous une conduite et une vitesse différentes », note Jean-Philippe (55 ans). « Cette situation n’est pas idéale mais elle permet d’éventuellement corriger vite des aménagements et d’en profiter pour concevoir des études sur des projets pérennes », glisse Fabien Bagnon.

Car la métropole de Lyon tient à se lancer pleinement sur « un réseau express vélo » de 250 km d’ici la fin du mandat actuel en 2026, puis de 450 km d’ici 2030. Les premiers aménagements seront effectués l’année prochaine dans le Val de Saône, puisque des études ont déjà été faites entre Quincieux et Vaise. Et là, avec « des voies de 4 m de large » annoncées, les cyclistes devraient être comblés.