Nafissatou Diallo en pleine affaire DSK, à New York le 10 décembre 2012.
Nafissatou Diallo en pleine affaire DSK, à New York le 10 décembre 2012. — SETH WENIG

#METOO

Affaire DSK : « Privée de justice », Nafissatou Diallo va sortir un livre pour redire sa vérité

Dans un entretien à « Paris Match », elle affirme une nouvelle fois avoir dit « la vérité ». Elle explique qu’elle ne se remettra « jamais de la façon dont les procureurs de New York [l'] ont traitée »

C’est une affaire vieille de près de dix ans qui remonte à la surface. Mais cette fois, le contexte a changé. A l’heure du hashtag #MeToo, Nafissatou Diallo fait la une de Paris Match et se confie à l’hebdomadaire dans sa dernière publication datée de ce jeudi. Elle revient sur les évènements du 14 mai 2011 dans la désormais célèbre suite 2806 du Sofitel de New York.

Un accord financier au civil

« J’ai dit la vérité », maintient-elle une nouvelle fois, au sujet de ses accusations contre Dominique Strauss-Kahn qui ont provoqué à l’époque un séisme politique en France. « J’ai été piégée et trahie. Je ne me remettrai jamais de la façon dont les procureurs de New York m’ont traitée. » Il faut dire que la conclusion de l’affaire sur la base d’un accord financier au civil, chose normale aux Etats-Unis, à laisser planer le doute en France, pays peu habitué à ce type de procédure.

Alors que les poursuites contre DSK ont été abandonnées au pénal, Nafissatou Diallo affirme avoir « reçu des menaces de mort ». L’ancienne femme de chambre a « été submergée de lettres, d’inconnus le plus souvent, qui me parlaient comme si j’avais touché le jackpot et me demandaient de l’argent. Certains m’accusaient d’avoir piégé DSK, de l’avoir fait chanter. Il y a eu tout un tas de théories du complot… J’ai dû quitter mon appartement, emménager dans un immeuble sécurisé en dehors de New York. »

« Je me suis enfuie en crachant partout »

Ces pressions ne l’ont pour autant pas fait changer sa version. « Je venais de nettoyer une chambre voisine, la 2820 », raconte-t-elle. « Dans le couloir, je demande au collègue qui sort de la 2806 si elle est libre. “Oui”, me dit-il. Conformément au règlement, je crie trois fois “Housekeeping”. Personne ne répond. Donc j’entre en laissant la porte entrouverte. La suite 2806 est très grande. Je ne vois aucun bagage. Dans le salon, je répète : “Housekeeping!” Je m’apprête à entrer dans la chambre, sur la gauche, quand je vois apparaître cet homme nu. Alors, je m’écrie : “Oh mon Dieu ! Je suis désolée”. Puis tout est arrivé… Et quand cela a été fini, je me suis enfuie en crachant partout. »

Selon elle, son plus grand malheur face à la justice était la position sociale de Dominique Strauss-Kahn, à l’époque patron du FMI. Il « avait de l’argent et du pouvoir ». « Je vous assure que, s’il avait été pauvre, à la rue, un clochard, il serait aujourd’hui en prison », affirme-t-elle.

L’article ne dit pas si elle a pensé à pardonner à son agresseur. Ce qui est certain, c’est qu’elle n’a « rien » à lui dire. « Je n’ai pas envie de savoir ce qui lui arrive. Je ne veux plus penser à lui. » En attendant de créer une fondation « pour aider les femmes qui, comme [elle], sont arrivées en Amérique sans éducation, sans même parler la langue, et qui ont vécu des situations horribles », elle va sortir un livre pour compenser le fait qu’elle a « été privée de justice ».