Marseille : Le McDo de Saint-Barthélémy, « machine de guerre de la solidarité », rêve de pérennité

REPORTAGE Le McDonald’s de Saint-Barthélémy distribue désormais des fournitures scolaires aux habitants les plus démunis de Marseille (Bouches-du-Rhône), en plus des colis alimentaires, et voit plus loin pour la fin de l’année

Adrien Max

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Le McDonald's de Saint-Barthélémy, l'épicentre de la solidarité dans les quartiers Nord de Marseille.
Le McDonald's de Saint-Barthélémy, l'épicentre de la solidarité dans les quartiers Nord de Marseille. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Les bénévoles mobilisés au McDonald’s de Saint-Barthélemy, dans les quartiers Nord de Marseille (Bouches-du-Rhône), continuent la distribution d’environ 3.500 colis alimentaires par semaine.
  • En plus des colis alimentaires, les bénévoles se sont diversifiés dans le soutien scolaire et la distribution de fournitures scolaires, notamment.
  • Ils veulent voir plus loin et créer un restaurant pour former les habitants du secteur, et se servir des éventuels bénéfices pour soutenir les associations qui continueraient leurs actions.

« On est passé du ventre au cerveau ». Salim Grasbi, du syndicat des quartiers populaires de Marseille, a toujours la formule qui fait mouche pour décrire le travail que lui et des dizaines de bénévoles abattent chaque jour au McDonald's de Saint-Barthélemy, dans les quartiers Nord de Marseille. Depuis le 6 avril dernier, en pleine période de confinement, des anciens salariés de McDo ont réquisitionné le restaurant pour le transformer en épicentre de la solidarité.

Les bénévoles du McDo, accompagnés par une cinquantaine d’associations implantées dans les quartiers, continuent leur distribution de colis alimentaire : « à peu près 3.500 colis par semaine, soit environ 14.000 personnes sont nourries toutes les semaines, avec un roulement sur chaque quartier effectué en huit jours », détaille l’un des bénévoles. Et depuis cet été, des cordes se sont ajoutées à leur arc.

Soutien scolaire et activités sportives

En plus de la distribution de colis alimentaires, les bénévoles ont proposé du soutien scolaire aux enfants, ils leur ont fait faire des activités sportives, et gèrent la distribution de fournitures scolaires depuis la rentrée. « Ce sont les minots qui ont le plus morflé, avec des frigos vides, des appartements surpeuplés, la fracture numérique, l’ennui. Le confinement a été un vrai carnage pour eux. Si les familles n’ont déjà pas de quoi se nourrir, imaginez pour les fournitures scolaires », relate Salim.

Grâce à l’association Le Grand Bleu, et à une enveloppe d’argent débloquée par la préfecture, 300 petits ont pu découvrir les activités nautiques, comme le kayak, le paddle, des initiations à l’écologie, chaque semaine. « On a aussi fait du soutien scolaire dans les lycées Nord, Simone Veil et Antonin Artaud. Plus de 200 petits décrocheurs ont été accueillis, avec des nouvelles formes de pédagogies, pour leur redonner confiance en eux, avec des profs issus de ces quartiers. Ils ont la tête dans le savoir, et les pieds dans les quartiers, ça crée une dynamique avec ces petits. On a aussi fait intégrer à des lycéens des "écuries" pour préparer médecine », détaille Salim.

Sandrine au milieu des fournitures scolaires collectées le week-end dernier.
Sandrine au milieu des fournitures scolaires collectées le week-end dernier. - Adrien Max / 20 Minutes

« Intelligence collective »

Le week-end dernier, une collecte de fournitures scolaires a été organisée par Sandrine, une habitante du centre-ville mobilisée sur différentes causes, dans le 7e arrondissement de Marseille. « L’objectif n’est pas de mettre en avant telle ou telle association, mais d’être main dans la main, sous forme d’alliance, pour dépasser la fracture nord/sud en aidant tous les Marseillais », explique-t-elle. « On a mis en place une intelligence collective qui est devenue une vraie machine de guerre de la solidarité », ajoute Kamel Guemari, l’ancien directeur adjoint du restaurant. Il a même récupéré un photomaton avec la possibilité de faire 10.000 tirages pour les photos des enfants. « On a déjà fait plus de 50 photos, c’est pour les familles démunies, pour les familles de sans papiers, ils peuvent venir faire leurs photos pour leurs démarches », se félicite-t-il.

Kamel a récupéré un photomaton pour les photos d'identité des plus démunis.
Kamel a récupéré un photomaton pour les photos d'identité des plus démunis. - Adrien Max / 20 Minutes

Si les dons commencent à se raréfier, Salim se félicite de la fourniture de 35.000 serviettes hygiéniques offertes par l’association Règle élémentaire. Mais tous ici souhaitent aller plus loin, malgré la grande fatigue qui les habite depuis le début de la mobilisation. « On ne sait même plus si on a des enfants, une famille, c’est épuisant, nous aussi on aurait parfois besoin d’aide », témoigne Salim.

Salim Grasbi et les bénévoles de McDo viennent de recevoir un don de 35.000 serviettes hygiéniques.
Salim Grasbi et les bénévoles de McDo viennent de recevoir un don de 35.000 serviettes hygiéniques. - Adrien Max / 20 Minutes

Besoin de formation

Et pour aller plus loin, l’essentiel est la formation. « Ce McDo c’était un peu la place du quartier, on voyait pas loin de 100 salariés passer chaque année, on les formait, et s’ils ne faisaient pas l’affaire on les orientait vers des formations, c’était un peu le Pôle emploi de ces quartiers », relate Kamel. « Sans emploi et sans formation, c’est l’échec assuré », pose Salim.

Ils veulent donc voir plus loin, et créer une société coopérative d’intérêt commun afin de trouver un avenir pérenne au restaurant. « On a créé une association de préconfiguration qui s’appelle "Après", nous avons écrit à la nouvelle municipalité et un rendez-vous est prévu avec le consultant juridique de McDonald’s. On a aussi été contacté par des chefs étoilés pour faire de la formation et la mise en place d’un menu. On aimerait que les éventuels bénéfices dégagés par le restaurant puissent être redistribués vers les associations qui continueront à venir en aide aux populations », détaille Salim. Ils ont bon espoir que le projet voit le jour d’ici la fin de l’année.