Coronavirus : Non, les hôpitaux français ne touchent pas une prime de 5.000 € lorsqu’ils déclarent un décès dû au Covid-19

FAKE OFF Une rumeur affirme, à tort, que les hôpitaux français bénéficient d'une prime à chaque décès lié au Covid-19

Alexis Orsini

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Les urgences de l'hôpital de Cannes, dans les Alpes-Maritimes (photo d'illustration)
Les urgences de l'hôpital de Cannes, dans les Alpes-Maritimes (photo d'illustration) — SYSPEO/SIPA
  • Les établissements hospitaliers auraient tout intérêt à mentionner le Covid-19 comme cause de décès de leurs patients, à en croire une rumeur virale sur les réseaux sociaux.
  • La raison ? Chaque mort provoquée par le coronavirus leur ferait bénéficier d’une prime de 5.000 €.
  • Il s’agit toutefois d’une intox, démentie par le ministère de la Santé, qui revient en outre sur l’origine des statistiques de décès relayées par Santé publique France.

Le nombre de décès du Covid-19 à l’hôpital serait-il gonflé artificiellement par des établissements motivés par un intérêt financier évident ?

C’est ce qu’affirment plusieurs internautes en citant, en guise de source, un commentaire Facebook publié en réponse à un post dénonçant la prétendue falsification de la cause du décès d’un patient dans le sud de la France.

« Gling ! Gling ! Un décès Covid-19 déclaré, c’est 5.000 € de prime pour l’hôpital ! Vous avez compris l’intérêt pour le chef de service de tout passer ou presque en Covid depuis mars ! », soutient ce message, devenu viral depuis sa diffusion – sous la forme d’une capture d’écran – sur les réseaux sociaux.

La rumeur n’est pas totalement nouvelle puisqu’elle circulait dès le mois d’août mais sous une autre variante, visant à l’époque la Belgique – ce qui avait amené le ministère de la Santé et les hôpitaux concernés à la démentir auprès de nos confrères de DPA.

FAKE OFF

Contacté par 20 Minutes, le ministère de la Santé « dément formellement cette information, qui ne repose sur aucune information ni données ».

Sur quels éléments les pouvoirs publics s’appuient-il pour communiquer quotidiennement le nombre de décès dus au Covid-19 en France ? A la fois sur les remontées de la base Si-Vic – mise en place après les attentats de 2015 – et sur un système de suivi mis en place dans les Ehpad et les établissements médico-sociaux, comme l’explique Santé publique France sur son site.

Des décès dus au Covid pour des cas confirmés ou suspectés

« La base Si-Vic s’appuie sur une méthodologie recommandée par l’OMS, qui indique qu’un “décès dû [au] Covid-19 est défini, à des fins de surveillance, comme un décès résultant d’une maladie compatible, dans un cas probable ou confirmé de Covid-19, à moins qu’il n’existe une alternative claire à la cause du décès et qui ne peut être liée à la maladie Covid (par exemple, un traumatisme)” », précise le ministère de la Santé.

Dans ses « lignes directrices internationales pour la certification et la classification » des décès dus au Covid-19, l’OMS précise en outre : « Aucune période de rémission complète [du] Covid-19 ne devrait avoir eu lieu entre la maladie et le décès. Un décès dû [au] Covid-19 ne peut pas être imputé à une autre maladie (par exemple, à un cancer) et doit être comptabilisé indépendamment des affections préexistantes qui sont soupçonnées d’avoir déclenché une évolution grave [du] Covid-19. »

Concrètement, comme le détaille le ministère de la Santé, une personne décédée à l’hôpital est considérée comme vicitme du Covid-19 dans la base SI-VIC si « elle présente un diagnostic de Covid-19 confirmé biologiquement (généralement une RT-PCR positive) » et si elle « présente des signes cliniques et des signes visibles en TDM (tomodensitométrie) thoracique évocateurs du diagnostic de Covid-19. »

COVID-19 Coronavirus, HOPITAL DE CANNES
COVID-19 Coronavirus, HOPITAL DE CANNES - SYSPEO/SIPA

Un « travail complexe »

Le ministère de la Santé reconnaît toutefois que « l’imputabilité à une cause de décès est un travail complexe », réalisé « a posteriori au niveau national grâce au suivi épidémiologique des causes de décès par le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc) de l’Inserm et Santé publique France ».

Les données hebdomadaires plus détaillées sur le profil des personnes décédées du Covid-19 s’appuient en effet sur le travail statistique réalisé par le CépiDc à partir des certificats de décès électroniques et papier remplis par les médecins. Son directeur, Grégoire Rey, illustre ce travail d’un exemple à 20 Minutes : « Si le certificat mentionne une infection pulmonaire et, en dessous, le Covid-19, l’enchaînement causal est acceptable et on peut donc retenir le Covid-19 comme cause du décès. »

Le CépidDc a en outre mis au point un « algorithme décisionnel » pour identifier automatiquement les cas de Covid-19 à partir des causes brutes indiquées dans les certificats de décès. « Si la mention "Covid-19" est associée à toute forme de négation ou à la formule "absence de" sur le certificat, l’algorithme ne le considère pas comme cause de décès. A l’inverse, si "Covid-19" est associé aux termes "suspect" ou "avéré", il est considéré comme la cause de décès », conclut Grégoire Rey.