Coronavirus : Comment le masque obligatoire bouleverse-t-il les relations sociales au travail ?

COMMENT ? A partir de ce mardi, le masque est rendu obligatoire en entreprise. Un accessoire qui risque d’affecter vos relations plus que vous ne le pensez

Jean-Loup Delmas

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Folle ambiance dans les entreprises françaises
Folle ambiance dans les entreprises françaises — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Le masque est rendu obligatoire en entreprise à partir de ce mardi, rendant invisibles les sourires, les expressions faciales, les joues qui se déforment au gré des émotions.
  • Cette absence de communication non-verbale risque fort d'avoir un impact sur nos relations au travail.
  • Des discussions plus froides, plus courtes, plus susceptibles… Voici le charmant programme de vos futures semaines de travail.

Depuis l’annonce de l'obligation du port du masque en entreprise, Covid-19 oblige, c’est la bérézina dans nos cœurs. Au-delà du côté fortement désagréable d’avoir ce bout de tissu sur le visage toute la journée, c’est le changement dans les relations entre collègues qui nous inquiètent. C’en est fini de voir les mimiques de Rachel, la bouille juvénile de Maureen ou le sourire colgate de Manon. Place à des visages orphelins de toutes expressions et ce, de la machine à café à l’open space.

Et ce n’est pas Olga Ciesco, synergologue et experte en communication non verbale, qui nous remonte le moral : « Tout le monde est pénalisé dans la communication. Il est plus difficile de transmettre ses propres émotions. L’interlocuteur ne va pas capter les sentiments lorsque sont masquées les expressions faciales. Les mêmes mots, avec des visages différents, ne vont pas du tout avoir le même sens. »

Un seul sourire vous manque et tout est désarmé

Depuis que ces masques ont envahi nos vies et nos visages, notre champ d’expression s’est donc nettement diminué. « D’autant plus que le masque couvre la bouche et les joues, soit les zones les plus expressives, bien plus que les yeux », appuie la chercheuse. Marie-Nathalie Jauffret, docteure au sein de l’International University of Monaco, et travaillant sur les expressions faciales non verbales, nous assure qu’on peut sourire avec les yeux, en les plissant. Pourtant, elle ne se voile pas la face : « Avec le masque, on perd l’arme positive et charmante du sourire, on se retrouve désarmé face au stress, aux critiques, aux remarques. Le sourire est un dispositif social. Nous avons l’habitude de montrer nos émotions sur le visage et nous interprétons un visage sans émotion, notamment masqué, comme étant froid, snob ou hautain. »

Voilà pourquoi, dès ce mardi, les petites piques entre collègues qui provoquaient jadis l’hilarité risquent soudainement de lancer des dramas au sein des open spaces. Charmant programme, auquel il faut ajouter le fait que la parole masquée a tendance à faire perdre aux vois leurs intonations, rendant là aussi la captation des émotions plus complexe.

« Les voix sont plus fades, moins claires, plus robotiques », énumère Olga Ciesco. Et puis tout le monde finit par se confondre. On perd l’impression d’avoir, au sein du travail, des relations personnelles. »

L’adaptation humaine

Dernier clou dans le cercueil de nos amitiés de travail, avec les premiers problèmes de communication qui risquent d’arriver, « on va se limiter à des phrases plus simples, plus claires, plus concises, plus informel, afin d’éviter les malentendus et les efforts inutiles », prophétise Olga Ciesco.

Pour illuminer un peu ce tableau plus sombre qu’un épisode 9 d’une saison de Game of Thrones, finissons quand même sur la note d’espoir de Marie-Nathalie Jauffret : « Je crois à l’adaptabilité de l’humain. On voit déjà des clins d’œil se multiplier*, des plissements d’yeux, des gestes de la main, des haussements de sourcil. Et puis, il est déjà prouvé que le sourire s’entend dans notre voix quand on parle. Alors sourions malgré le masque ! »

*Evitez d’en faire à votre N + 3 quand même, un conseil.