Après la mort d’Ulysse, ses proches réclament une loi pour encadrer les stages de survie

FAITS DIVERS Le jeune homme de 25 ans est décédé tragiquement le 11 août après avoir ingéré une plante toxique lors d’un stage de survie dans le Morbihan

Jérôme Gicquel

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Ulysse est décédé le 11 août après avoir ingéré une plante toxique lors d'un stage de survie dans le Morbihan.
Ulysse est décédé le 11 août après avoir ingéré une plante toxique lors d'un stage de survie dans le Morbihan. — Minh Ha Duong
  • Un jeune homme de 25 ans est mort intoxiqué le 11 août après avoir ingéré une plante toxique lors d’un stage de survie dans le Morbihan.
  • Ses proches ont lancé une pétition pour alerter les pouvoirs publics sur la nécessité d’encadrer ce secteur d’activité en plein boom.
  • Certains encadrants réclament également un cadre législatif.

« Ulysse n’est pas mort à cause d’une plante sauvage mais de l’incompétence de son encadrant. » Trois semaines après le décès tragique d’Ulysse Ha Duong, ses proches sont toujours sous le choc. Le 8 août, le jeune homme de 25 ans participait avec une dizaine de personnes à un stage de survie dans la forêt de Kernaven à Kervignac, tout près de Lorient. Pendant ces 72 heures d’immersion, les stagiaires devaient « apprendre à vivre en harmonie avec la nature », selon le site de l’organisateur.

A la lecture du programme, le stage, ouvert à tous dès 7 ans, n’avait rien de la mission commando avec des ateliers pour apprendre à faire du feu ou des nœuds. « Ulysse était en pleine forme et il n’y avait pas matière à s’inquiéter, c’était un peu comme du scoutisme », témoigne son oncle Duc.

Un secteur qui attire « de nombreux charlatans »

Le stage a pourtant viré au drame au moment de la découverte des plantes comestibles. Pensant consommer des carottes sauvages, le jeune homme a ingéré de l’oenanthe safranée, une plante toxique de la famille de la ciguë. Intoxiqué, il décédera le 11 août après trois jours dans le coma. « On a d’abord pensé à un accident, indique Duc Ha Duong. Mais plus on découvrait de nouveaux éléments, plus on se rendait compte que l’encadrant avait menti. Et surtout que ce type de stage n’était pas du tout encadré ».

Aucun cadre réglementaire ne régit en effet ces stages de survie qui sont pourtant en plein boom ces dernières années, surfant sur la vague du survivalisme et sur le succès d’émissions de télévision comme Koh-Lanta. Résultat, « le secteur a vu débarquer de nombreux charlatans plus attirés par l’argent que par la sécurité », assure l’oncle d’Ulysse.

Pour éviter un nouveau drame, la famille du jeune homme a mis en ligne une pétition, déjà signée par près de 23.000 personnes, pour alerter les autorités sur la nécessité d’encadrer ces stages de survie. « On exige bien des compétences pour diriger une colonie de vacances, enseigner la voile ou être guide de montagne », souligne Duc Ha Duong.

Les encadrants réclament eux aussi un cadre législatif

Leur réputation mise à mal après ce drame, plusieurs instructeurs appellent également de leurs vœux à une grande réflexion sur la pratique de la survie et de son enseignement. « Il s’agit d’un champ de compétences au même titre que les premiers secours », indique David Manise. Encadrant des stages de survie depuis 2003, il a vu la demande pour cette activité exploser. Beaucoup d’anciens militaires se sont alors engouffrés dans la brèche pour proposer leurs services. « Mais tous ne sont pas calés en survie, ils s’improvisent instructeurs après avoir lu quelques livres » souligne David Manise.

Certains s’aventurent également sur des terrains extrêmes en enseignant « des choses illégales comme le braconnage ou des techniques de combat au couteau ». Conscient des dérives de certains de ses confrères, il suggère l’instauration d’un code de déontologie au sein de la profession et l’ouverture d’un cursus pour former les futurs encadrants. Mais comme la famille d’Ulysse, il réclame aussi et surtout un vrai cadre législatif. « Pas pour nous dédouaner de nos responsabilités, mais plutôt pour que tous les instructeurs soient obligés de prendre des précautions », indique-t-il.