Chevaux mutilés : « On prie pour que ça n’arrive pas chez nous », s’inquiètent les éleveurs

TEMOIGNAGES Alors que les attaques contre des chevaux se multiplient un peu partout en France, les éleveurs s’inquiètent pour leurs bêtes

Thibaut Le Gal

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Chevaux, illustration.
Chevaux, illustration. — Pascal GUYOT / AFP
  • Une trentaine de chevaux ont été mutilés en France au cours des dernières semaines.
  • Le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, a promis vendredi « la mobilisation de tous les services pour que justice passe ».
  • « 20 Minutes » a interrogé plusieurs éleveurs, inquiets par la multiplication de ces agressions.

« Trouver un cheval décédé de mort naturelle dans un pré, ce n’est déjà pas évident, alors après des actes cruels comme ça, c’est très dur », souffle Julien Blot, propriétaire d’une trentaine de bêtes dans l’Ain. L’inquiétude grandit chez les éleveurs après les nombreuses attaques d’équidés ces dernières semaines. Samedi, une double ponette a encore été retrouvée mutilée, mais en vie, dans un pré de Droiturier, dans l’ Allier.

En quelques semaines, une trentaine de cas a été recensée dans une dizaine de départements différents. Le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, a promis vendredi « la mobilisation de tous les services pour que justice passe », lors d’une visite dans une écurie touchée à Saint-Eusèbe (Saône-et-Loire). En attendant les avancées des enquêtes, les propriétaires de chevaux surveillent davantage leurs bêtes, entre effroi et inquiétude.

« On n’imagine pas que des gens soient capables d’une telle cruauté »

Oreille coupée à Saint-Eusèbe, crâne fracassé et museau tranché à Saint-Vallier (Drôme), cœur poignardé et organes arrachés à Cluny (Saône-et-Loire)… C’est l’atrocité des actes qui interpelle. « C’est un peu difficile à croire, on n’imagine pas que des gens soient capables d’une telle cruauté vis-à-vis d’animaux qui sont proches de l’homme », se désole Olivier Fouque, propriétaire d’une quarantaine de bêtes en Maine-et-Loire. « Bien sûr, on a peur pour nos chevaux. Car au-delà du côté émotionnel, un cheval mutilé est invendable, la seule solution est de l’euthanasier et, pour un professionnel, ça représente une perte d’argent importante. »

« Ce qui paraît étrange, c’est que les agresseurs ont l’air de bien connaître les chevaux. Une personne lambda peut en avoir peur, c’est un animal impressionnant. Là, ils ont l’air de savoir les manipuler, les attraper, les endormir… Même pour poignarder un cœur de cheval, il faut y aller. Il y a les côtes par-dessus, il faut un certain professionnalisme », s’étonne Julien Blot, président du Syndicat des éleveurs de chevaux de sport.

Le ministre a évoqué lui-même vendredi « une certaine technicité » dans les actes commis, évoquant notamment le cas d’une ponette vidée de son sang « sans qu’aucune trace » soit trouvée dans le pré où reposait l’animal. Un « professionnalisme » qui ajoute au mystère de ces mutilations aux quatre coins de l’Hexagone.

« C’est dans toutes les têtes, alors on est un peu plus méfiants que d’habitude »

Face à la menace, les éleveurs font un peu plus de rondes que d’habitude. « Je passe plusieurs fois par jour mais, dans l’idéal, il faudrait surveiller tout le temps, ce n’est pas possible. Certains font d’ailleurs des roulements la nuit car on sait que ça intervient surtout à ce moment-là », indique Julien Blot. « On espère aussi qu’avec la médiatisation le grand public soit sensibilisé, et qu’un voisin ou un promeneur puisse alerter en cas de problème ». « On est plus vigilants, on regarde les traces de pas… Mais on ne peut pas mettre des caméras dans toutes les campagnes françaises… », se désole Olivier Fouque.

Même dépit pour Bernard Lesage, propriétaire d’une écurie de poulinières près de Béthune, dans le Pas-de-Calais. « On n’est pas obsédés mais on en parle beaucoup entre nous. On va voir nos bêtes tous les jours, on prie pour que ça n’arrive pas chez nous. C’est dans toutes les têtes, alors on est un peu plus méfiants que d’habitude, surtout après l’agression d’un éleveur dans l’Yonne ». Le président d’un refuge situé à Villefranche-Saint-Phal a été agressé dans la nuit du 24 au 25 août par des individus qui venaient de mutiler ses animaux. Le portrait-robot d’un des deux agresseurs a été diffusé par la gendarmerie locale.

Satanisme, challenge morbide sur Internet… Aucune piste écartée par les gendarmes

Au niveau national, les autorités indiquent qu’aucune piste n’est pour le moment écartée. « Face à la complexité du phénomène, les enquêteurs évitent de s’orienter sur une seule piste. Toutes les hypothèses sont donc prises en compte : l’angle du satanisme, les règlements de comptes, l’escroquerie à l’assurance, le challenge morbide sur Internet… », dit-on à la gendarmerie.

On précise d’ailleurs que ce type d’attaques « a déjà existé par le passé, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne dans les années 1990, en Belgique ou en Allemagne plus récemment ». La gendarmerie assure par ailleurs que « des moyens conséquents sont actuellement mis en œuvre, notamment sur les réseaux Internet et le Darkweb » afin d’identifier les coupables.