Rentrée scolaire : La cantine sera-t-elle un lieu à haut risque pour les élèves face au Covid ?

EDUCATION La pause méridienne sera un moment délicat puisque les élèves ôteront leur masque pour déjeuner

Delphine Bancaud
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Une cantine à Strasbourg le 14 novembre 2017.
Une cantine à Strasbourg le 14 novembre 2017. — G. Varela / 20 Minutes
  • Alors que 12 millions d’élèves reprennent le chemin de la classe ce lundi, l’inquiétude des familles monte concernant leurs pauses méridiennes.
  • Dans de nombreux établissements, il est prévu plusieurs services, moins de places à table, des plateaux tout prêts…
  • Mais certaines recommandations du ministère de l’Education semblent impossibles à respecter en raison du manque de place dans les réfectoires et faute de moyens humains suffisant.

D’habitude, la cantine, c’est un moment de détente et d’insouciance. Mais à cette rentrée, cela pourrait changer. Alors que 12 millions d’élèves reprendront le chemin de la classe ce mardi, l’inquiétude des familles monte concernant leurs pauses méridiennes. « La cantine pose un vrai souci. C’est le moment où les élèves vont multiplier les contacts avec des élèves d’autres classes », s’alarme Guislaine David, porte-parole du SNUipp, principal syndicat des enseignants du primaire. « C’est le lieu où la distanciation physique ne pourra pas toujours être respectée et où les élèves ne porteront pas leur masque », renchérit Philippe Vincent, secrétaire général du SNPDEN, premier syndicat des chefs d’établissements.

Conscient de ce risque, le ministère de l’Education a donné des directives aux collectivités territoriales et aux chefs d’établissements pour organiser la cantine. Le protocole sanitaire précise qu’au réfectoire, « les personnels, ainsi que les collégiens et les lycéens, portent un masque pendant leurs déplacements. Une aération ou une ventilation des espaces de restauration doit être assurée, tout en évitant des flux d’air horizontaux dirigés vers les personnes. » Avant et après le déjeuner, chacun doit aussi se laver les mains. Et les tables devront être désinfectées après chaque service. Des consignes faciles à respecter jusqu’ici.

Prévoir plusieurs services

Là où elles se corsent, c’est lorsque le ministère recommande d’adapter « les plages horaires et le nombre de services » de manière à « limiter les flux et la densité d’occupation ». Une suggestion pas évidente à respecter dans les écoles, selon Agnès Lebrun, porte-parole et référent éducation de l’Association des Maires de France (AMF). « Dans les écoles où les réfectoires sont petits, on a prévu deux services pour réduire le nombre d’élèves à table en même temps. Mais on ne peut pas en prévoir beaucoup plus, car cela oblige à recruter du personnel et cela coûte cher aux communes. D’autant, qu’elles n’ont pas reçu de compensation financière de l’Etat pour assumer ces coûts. Par ailleurs, on ne peut pas trop étaler la pause méridienne sous peine de grignoter du temps scolaire ». Un avis partagé par Guislaine David : « En temps habituel, les cantines sont déjà saturées, il semble compliqué d’organiser beaucoup plus de services ».

Pour gagner du temps sur le déjeuner, les municipalités ont leurs petites combines : « Certaines privilégient les plats uniques pour que le service soit plus rapide. Le fait de précouper les parts fait aussi gagner du temps. D’autres municipalités ont prévu de servir des aliments qui se mangent vite », indique Agnès Lebrun. Dans de nombreuses cantines, pour éviter que les enfants piochent dans les bacs à couverts, les équipes distribueront des plateaux avec la vaisselle nécessaire pour le déjeuner, un morceau de pain…

Limiter le brassage des élèves au réfectoire

Dans le second degré, les principaux et les proviseurs ont eux aussi tendance à rallonger les services de restauration : « Habituellement, les élèves peuvent déjeuner de 11h45 à 13h15. A cette rentrée, beaucoup d’établissements proposent un créneau horaire allant de 11h30 à 13h30 », indique Philippe Vincent. Et exit les bars à salades où les élèves veinaient composer leurs assiettes. « Ils devront se servir des entrées toutes prêtes », poursuit-il. Il est probable qu’on demande aux élèves de passer un peu moins de temps à table qu’à l’accoutumée, afin de permettre une rotation plus grande.

Pour éviter le brassage des élèves, le ministère recommande aussi que « dans la mesure du possible, les élèves déjeunent tous les jours à la même table ». Une consigne difficile à respecter selon Guislaine Davis : « On aura beaucoup de mal à isoler les groupes dans des réfectoires étroits », affirme-t-elle. « Mais dans certaines écoles, on pourra faire déjeuner ensemble les élèves par niveaux pour limiter le brassage d’élèves », ajoute Agnès Lebrun. Et dans le secondaire, Philippe est pessimiste quant au respect de cette recommandation : « En lycée, c’est impossible de faire déjeuner les élèves classe par classe, d’autant qu’avec la réforme du lycée, ils n’ont pas les mêmes spécialités, ni les mêmes options. Et au collège, ce sera difficile, car au self, les élèves se mélangent », estime-t-il.

Loin de moi, tu déjeuneras

Si les élèves doivent prendre leur repas à au moins un mètre de distance les uns des autres, le protocole indique que « la distanciation physique n’est pas obligatoire lorsqu’elle n’est pas matériellement possible ou qu’elle ne permet pas d’accueillir la totalité des élèves. Néanmoins, les espaces sont organisés de manière à maintenir la plus grande distance possible entre les élèves, notamment dans les salles de classe et les espaces de restauration ». Dans l’idéal, les élèves ne devront pas déjeuner à côté ou en face d’un camarade. « Dans les grands réfectoires, on pourra placer les élèves en quinconce. Et certaines municipalités ont anticipé cet été en tentant de gagner de l’espace pour rajouter des tables quand c’était possible », indique Agnès Lebrun. Mais ce ne sera pas possible partout. Idem dans le secondaire « Dans les réfectoires, il y a généralement des tables de huit, et on perdrait trop de places en faisant déjeuner les élèves en quinconce », avance Philippe Vincent.

Ces mesures suffiront-elles pour rassurer les familles ? Ou certaines d’entre elles préféreront ne pas inscrire leurs enfants à la cantine cette année. ? « Je n’y crois pas. Car beaucoup de parents qui travaillent n’ont pas le choix de faire déjeuner leurs enfants à la cantine. Donc s’il y a une baisse de la fréquentation, ce sera à la marge », estime Guislaine David. « Certains lycéens préféreront peut-être déjeuner dehors. Mais ce n’est pas sûr qu’ils respectent davantage les consignes de distanciation sociale dans les cafés ou les parcs », conclut Philippe Vincent.