Obligation de formation jusqu’à 18 ans : Comment les missions locales « vont devoir rattraper très vite les décrocheurs » dès la rentrée

INTERVIEW À partir de la rentrée 2020, l’obligation de se former est prolongée jusqu’à l’âge de 18 ans. Jean-Patrick Gille, le président de l’Union nationale des missions locales, explique ce que va changer cette mesure

Propos recueillis par Catherine Abou El Khair
— 
Deux jeunes hommes à trottinette sur les quais de Seine, à Paris Plages, le 9 juillet 2019.
Deux jeunes hommes à trottinette sur les quais de Seine, à Paris Plages, le 9 juillet 2019. — Clément Follain / 20 Minutes
  • La loi « école pour la confiance » a institué une « obligation de formation » prolongée de l’âge de 16 à 18 ans qui rentre en vigueur en septembre.
  • Associations spécialisées dans l’insertion professionnelle des jeunes de 16 à 25 ans, les missions locales seront en charge de faire appliquer cette obligation en contactant les décrocheurs scolaires et en leur proposant des solutions.
  • On fait le point sur ce que doit changer cette mesure avec Jean-Patrick Gille, le président de l’Union nationale des missions locales.
Jean Patrick Gille, président de l'Union nationale pour les missions locales

« Instruction obligatoire jusqu’à 16 ans ». Cette règle, connue de tous, n’est plus tout à fait exacte. A partir de la rentrée 2020 est instaurée une « obligation de formation » allant jusqu’à 18 ans. Cette nouveauté, issue de la loi «Blanquer» promulguée en juillet 2019, a pour but de renforcer l’action des pouvoirs publics en direction des décrocheurs du système scolaire.

Que changera cette mesure ? Alors que le ministère de l’Education nationale estime à 500.000 le nombre d’élèves ayant perdu le contact avec leurs enseignants, on fait le point avec le président de l’Union nationale des missions locales, Jean-Patrick Gille, sur ce qu’implique cette obligation.

Quel a été l’effet du coronavirus sur le public que vous suivez, à savoir les jeunes sortis du système scolaire et sans solution d’emploi ou de formation ?

Pendant le confinement, nous avons réussi à rester en contact avec les jeunes que nous suivions déjà, à distance. Par contre, beaucoup de jeunes ont perdu le lien avec leurs établissements scolaires. C’est tout le suspens de cette rentrée, car nous aurons à remplir l’obligation de formation de 16 à 18 ans. L’objectif est que personne ne soit sans solution d’emploi, de formation ou de parcours d’insertion.

Hors coronavirus, on estimait que ce public de décrocheurs scolaires représenterait entre 40.000 et 80.000 personnes. Avec la pandémie, on ne sait pas du tout ce qui va se passer. Est-ce que les jeunes vont revenir à l’école, ou est-ce qu’il y aura un décrochage accru, spécifique au Covid-19 ? Nous avons, avec l’Education nationale, un système visant à repérer les décrocheurs. Mais notre dernière liste date du mois de mars. On ne sait pas quelle sera l’ampleur de la tâche. Personne n’est capable de donner par exemple l’ampleur du décrochage dans les lycées professionnels.

Que va changer l’obligation de formation de 16 à 18 ans ?

On va devoir rattraper très vite les décrocheurs, quand l’Education nationale aura perdu leur trace. C’est d’autant plus important dans le contexte du Covid-19. Jusqu’ici, nous étions une sorte de second recours de l’Education nationale, qui nous envoyait les jeunes qu’elle ne parvenait à réintégrer dans le système scolaire.

On va avoir un pouvoir d’injonction, c’est-à-dire que nous dirons à ces jeunes que s’ils ne viennent pas nous voir, nous les signalerons à la protection de l’enfance [services gérés par les départements]. Ce signalement peut faire peur, mais il y aura des rappels avant. Par ailleurs, l’obligation de formation sera respectée, dès lors que le jeune se sera engagé dans un dispositif d’accompagnement par les missions locales ou Pôle emploi.

En revanche, pour les jeunes qui ne nous répondront pas et pour qui il faudra faire un signalement, il va falloir construire un lien qui, jusqu’ici, n’a pas été toujours établi entre les missions locales et les départements.

Les missions locales sont-elles en mesure de trouver des solutions à ces jeunes ?

A mon sens oui. La boîte à outils est large. Le gouvernement a déployé un plan jeunes qui va apporter des solutions. Les jeunes auront six mois pour trouver un contrat d’apprentissage, en étant inscrits en centre de formation. Des emplois aidés sont aussi prévus. Il y a, enfin, les dispositifs habituels tels que les écoles de la deuxième chance, les Epide [établissements pour l’insertion dans l’emploi], ou les microlycées.

Mais ce qui m’inquiète, c’est que nous n’avons pas de pouvoir d’injonction sur l’Education nationale. On aurait souhaité que le gouvernement passe davantage ce message de reprendre les études. Il peut y avoir un effet paradoxal du jeune qui quitte l’école et parvient à trouver un travail, mais c’est un calcul de court terme. Dans la situation actuelle, il faut être en formation.