Coronavirus : Risque-t-on une amende si on enlève son masque pour fumer ou manger un sandwich ?

REGLES Dans les lieux extérieurs où le port du masque est devenu obligatoire, l’enlever ne serait-ce que pour fumer ou manger une glace expose dans l’absolu à une contravention. Les autorités de leur côté rappellent l’habitude du « discernement » chez les forces de l’ordre

Catherine Abou El Khair

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De plus en plus de villes imposent le port obligatoire de masque à l'extérieur, entraînant contrôles et verbalisations de la police (illustration)
De plus en plus de villes imposent le port obligatoire de masque à l'extérieur, entraînant contrôles et verbalisations de la police (illustration) — SYSPEO/SIPA
  • Le port du masque dans les lieux publics en ville n'en finit pas de s'étendre depuis plusieurs semaines. Après Marseille, c'est au tour de Paris et des départements de la petite couronne d'imposer son port obligatoire, a annoncé ce jeudi le Premier ministre Jean Castex. 
  • Peut-on, dès lors, ôter son masque, le temps de boire de l'eau, de croquer un sandwich ou de fumer une cigarette? Certains passants témoignent de verbalisations.
  • Si le ministère de l'Intérieur rappelle la pratique du «discernement» des forces de l'ordre, ce type de verbalisation n'est pas impossible dans l'absolu. 

Quand il est obligatoire, peut-on ôter son masque le temps de fumer sa cigarette, boire sa canette ou manger son sandwich ? C’est le genre de question inédite qui se pose désormais en ces temps de pandémie, alors que depuis le début du mois d’août, l'obligation du port du masque dans les lieux publics s’est répandue, sur le littoral et dans certaines grandes villes, pour lutter contre le coronavirus.

Mais maintenant que 21 départements sont classés en zone rouge où le Covid-19 circule activement, cette obligation envahit les espaces. Mercredi, Santé publique France enregistrait 5.500 nouveaux cas en 24 heures. A Marseille, depuis mercredi soir, le port du masque est obligatoire dans toute la ville. Sur les ordres de  Jean Castex, cette même règle – jusqu’ici cantonnée à certaines zones - s’appliquera dans tout Paris et dans les départements de la petite couronne à partir de vendredi, 8 heures.

Appel au « discernement »

Quelques heures après l’annonce du Premier ministre, sur Twitter, certains fumeurs ont fait part de leur inquiétude auprès de la mairie de Paris : vont-ils pouvoir continuer à profiter tranquille de leur pause cigarette ?

Sollicitée à ce sujet par 20 Minutes, la Ville de Paris renvoie à la préfecture de Police de la capitale. Laquelle nous répond que, « quand quelqu’un est en train de boire, manger ou fumer, on ne va pas verbaliser ». C’est une question de « discernement », explique la préfecture.

Des activités « pas compatibles avec le port du masque »

« Le discernement fait partie du métier des policiers. Ce n’est pas quelque chose d’écrit, il s’agit d’interpréter les règles, rappelle Grégory Joron, du syndicat Unité SGP Police. Si l’on ne peut plus ôter son masque pour manger une glace, à ce compte-là, il faut aller fermer les glaciers », explique-t-il.

La même logique a été expliquée par la préfecture du Vaucluse, qui a imposé le port du masque dans certaines zones touristiques. « On ne porte pas de masque en mangeant ou fumant. À moins d‘interdire de fumer et de manger dehors, ces activités ne sont, par nature, pas compatibles avec le port d’un masque ».a-t-elle précisé au Dauphiné Libéré.

Manger à sa place, respecter les distances

Histoire de ne pas attirer l’œil des forces de l’ordre, la préfecture de Toulouse a précisé ses exigences : « Les fumeurs doivent s’éloigner de toute personne afin de limiter les risques de transmission du virus et porter le masque avant et après », d'après Actu.fr.

Autre type d’arrangement à Caen, lors d’un match qui sera organisé ce samedi, « les spectateurs seront invités à retourner masqués à leur place, avant de consommer ce qu’ils viennent d’acheter », rapporte cette autre locale d'Actu.fr.

Pareil que l’excès de vitesse

Mais dans l’absolu, « lorsqu’une infraction est constatée, s’il y a arrêté préfectoral, les forces de l’ordre peuvent verbaliser », nous explique-t-on au ministère de l’Intérieur en tentant le parallèle avec l’excès de vitesse, difficilement contestable, même si on peut avoir de bonnes excuses. « On aura toujours l’exemple zélé d’une verbalisation », complète Grégory Joron.

Et ce d’autant qu'« il n’y a pas de texte qui autorise les gens à enlever leur masque pour déjeuner, ou qui dit que les policiers ne peuvent pas verbaliser dans ce cas », rappelle par exemple la préfecture de Paris. « On ne va pas faire des arrêtés de 300 pages pour lister les exemptions », commente Grégory Joron, d’Unité SGP Police.

La seule exception que l’on trouve dans plusieurs arrêtés préfectoraux est d’ordre sanitaire : ainsi, les personnes « en situation du handicap munies d’un certificat médical justifiant de cette dérogation » sont exemptées du port du masque en extérieur.

700 verbalisations par jour depuis le 17 août

Hormis ce cas, il est donc possible de faire verbaliser pour de tels gestes, comme lorsqu’on roule à vélo ou qu’on fait un jogging. En cas de non-port du masque, la contravention s’élève à 135 euros et davantage en cas de récidive (3.750 euros d’amende).

A ce jour, depuis le 17 août en France, il y a eu « environ 700 verbalisations » par jour pour non-respect du port du masque depuis le 17 août, a précisé le Premier ministre.