« Nous aiderons les élèves de l’éducation prioritaire lors de cette rentrée difficile », assure Nathalie Elimas

INTERVIEW EXCLUSIVE La nouvelle secrétaire d’Etat chargée de l’Education prioritaire, Nathalie Elimas, évoque les enjeux de la rentrée scolaire

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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La secrétaire d'Etat en charge de l'Education prioritaire, Nathalie Elimas.
La secrétaire d'Etat en charge de l'Education prioritaire, Nathalie Elimas. — Isa Harsin
  • A la veille de la rentrée scolaire, la nouvelle secrétaire d’Etat chargée de l’Education prioritaire, Nathalie Elimas, accorde sa première interview à 20 Minutes.
  • Au collège, le dispositif « devoirs faits » va monter en régime entre septembre et décembre. Des heures de lecture vont être proposées en plus au collège, ainsi que des heures d’accompagnement personnalisé au collège et au lycée.
  • A la rentrée scolaire, des postes sont créés pour dédoubler les grandes sections de maternelle en REP et en REP +. 

C’est une première : l’Education prioritaire a désormais sa secrétaire d’Etat. Nathalie Elimas a été nommée à ce poste fin juillet. Au côté de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education, elle va devoir accompagner les équipes éducatives et les élèves lors de cette rentrée scolaire complexe, en raison de la crise sanitaire.

Elle a accordé à 20 Minutes sa première interview, à la veille du retour en classe des élèves.

Vous êtes la première secrétaire d’Etat en charge de l’Education prioritaire. Est-ce le signe qu’elle sera un axe majeur du ministère lors des prochaines années ?

La création de ce secrétariat d’Etat à l’Education prioritaire est un signal fort qui a été envoyé par le président de la République et le Premier ministre. Cela montre bien la détermination du gouvernement sur le sujet, pour lutter contre les inégalités scolaires.

Beaucoup d’élèves en éducation prioritaire ont-ils décroché scolairement lors du confinement ?

Sur le plan national, 7 % des élèves ont été considérés comme décrocheurs pendant le confinement, avec des variables entre le premier et second degré. Nous ne disposons pas encore de chiffres pour l’éducation prioritaire. Il est possible que la proportion de décrocheurs ait été un peu plus importante dans les territoires fragilisés, compte tenu de la fracture numérique dans certains quartiers.

Quelle est votre stratégie pour pouvoir les raccrocher ?

Nous aiderons les élèves de l’éducation prioritaire lors de cette rentrée difficile. Ceux qui ont quitté le système scolaire ont vocation à revenir, car l’école n’est pas une variable d’ajustement, elle est obligatoire. Nous avons mis en place cet été le dispositif « vacances apprenantes » pour prendre en charge ces élèves, tant sur le plan social que scolaire. Ainsi, 150.000 enfants ont pu participer à des « colos apprenantes » et 250.000 à « l’école ouverte », où il leur a été proposé des activités de consolidations des apprentissages fondamentaux. C’est un succès. On va poursuivre dès la rentrée, avec une personnalisation de l’accompagnement envers chaque élève en fonction de ses besoins.

La secrétaire d'Etat en charge de l'Education prioritaire, Nathalie Elimas.
La secrétaire d'Etat en charge de l'Education prioritaire, Nathalie Elimas. - Isa Harsin

Quels sont les autres dispositifs d’aide prévus pour les élèves de l’éducation prioritaire qui n’ont pas décroché, mais qui ont accumulé des lacunes scolaires ?

Au collège, le dispositif « devoirs faits » va monter en régime entre septembre et décembre. Les élèves pourront avoir jusqu’à 3 heures par semaine d’aide pour faire leurs devoirs dans leur établissement. Des heures de lecture vont être proposées en plus au collège, ainsi que des heures d’accompagnement personnalisé au collège et au lycée.

Les évaluations nationales qui vont être effectuées en classe de CP, CE1, 6e et seconde, seront des points d’appui pour les équipes éducatives, afin de répondre précisément aux besoins pédagogiques des élèves. Au vu des résultats des élèves, certains d’entre eux se verront par exemple proposer des stages de réussite au moment des vacances de la Toussaint.

Avez-vous prévu des moyens humains supplémentaires en REP et REP + pour cette rentrée ?

Oui, à la rentrée scolaire des postes sont créés dans le premier degré pour permettre notamment à 20.000 élèves de bénéficier de classes de grandes sections de maternelles dédoublées en REP et REP +. Le mouvement s’amplifiera encore en 2021. Et le ministre de l’Education a annoncé 1,5 million d’heures supplémentaires d’enseignement pour le second degré pour l’ensemble des établissements, dont bénéficieront pleinement les collèges et les lycées de l’éducation prioritaire.

Les élèves de l’éducation prioritaire auront-ils droit à des masques gratuits ?

Les familles les plus précaires vont être dotées de masques gratuitement. Logiquement, les territoires de l’éducation prioritaire sont concernés par cette dotation. D’autre part, les établissements vont être dotés de masques. Donc si un élève arrive à l’école sans masque, on lui en fournira un. Enfin, l’allocation de rentrée scolaire vient d’être augmentée de 100 euros par enfant, ce qui permettra aux familles bénéficiaires de faire face à des dépenses de rentrée.

La secrétaire d'Etat en charge de l'Education prioritaire, Nathalie Elimas.
La secrétaire d'Etat en charge de l'Education prioritaire, Nathalie Elimas. - Isa Harsin

Beaucoup d’élèves de l’éducation prioritaire n’ont pas eu les moyens de travailler pendant le confinement, faute d’équipement informatique. Comment allez-vous remédier à ce problème ?

Pendant le confinement, il y a eu une vraie mobilisation des collectivités locales et du tissu associatif, aux côtés de l’Education nationale, pour atténuer le manque d’équipement de ces élèves. Le ministère a aussi constitué une équipe nationale d’intervention numérique rapide qui pourra fournir des ordinateurs à des élèves dont les établissements seraient fermés. Une expérimentation est en cours dans l’Aisne et le Val-d’Oise pour lutter contre la fracture numérique..

Tous les postes des académies de Créteil et de Versailles n’ont pas été pourvus, une fois encore. Les élèves de l’éducation prioritaire doivent-ils s’attendre à avoir encore beaucoup d’enseignants contractuels cette année ?

L’attractivité des territoires est un enjeu en général, cela n’échappe pas à l’éducation prioritaire. Et c’est l’un des enjeux de ma mission, de travailler à l’attractivité de ces territoires pour mieux accompagner les enseignants, mieux les former. Par ailleurs, le ministre de l’Education s’est engagé à une revalorisation des salaires des enseignants. Il va engager des discussions avec les organisations syndicales dans les prochains jours.

La réforme de l’éducation prioritaire aura-t-elle bien lieu cette année ?

Je vais effectuer un tour de France de l’éducation prioritaire. Je vais me déplacer dans toutes les académies pour aller à la rencontre des collectivités, des associations, des organisations syndicales… Plus largement, de l’ensemble des acteurs et partenaires de l’éducation prioritaires. Grâce à ce diagnostic, je définirai ma feuille de route. Et la refonte de l’éducation prioritaire est prévue pour la rentrée 2021.

Le rapport Azéma et Mathiot suggérait de supprimer les REP pour aller vers un accompagnement plus local des établissements en difficultés. Êtes-vous favorable à cette idée ?

Ce rapport préconise un certain nombre d’évolutions. Mais c’est prématuré de répondre à cette question avant d’avoir effectué mon diagnostic. Une chose est sûre : mon objectif, avec cette réforme, est de ne laisser aucun enfant de la République de côté.